Archives de septembre 2011

30
Sep
11

Les madones d’Echo Park

Un roman (adulte) de Brando Skyhorse

À mille lieues du terrier de Federico, il y a une ville qui s’appelle Los Angeles, la Cité des anges. Cette grande ville abrite de nombreux humains aux origines multiples : les blancs aisés, les noirs du ghetto, les nouveaux arrivants asiatiques et les latinos. Ce sont ces derniers qui sont au cœur de l’histoire des Madones d’Echo Park, et plus précisément les immigrés mexicains.

Dans ce livre, nous trouvons une communauté qui nous semble violente et impitoyable envers elle-même, qui se sent à la fois confinée dans un quartier et rejetée de ses terres. Ses habitants sont en recherche constante de leur identité : sont-ils mexicains ou bien américains ? Doivent-ils parler espagnol ou bien anglais ? Peuvent-ils fréquenter des « étrangers » ?

Sur trois générations, le lecteur découvre les parcours d’une famille éparpillée. Parents et enfants peinent à tisser des liens avec leur proches, ils se croisent sans se connaitre dans ce pays qui les renie et les refoule. Il y a le travailleur clandestin qui risque chaque jour de trouver un mauvais boulot ; le chauffeur de bus qui traverse chaque quartier de la ville et les ethnies qui les peuplent ; la femme de ménage qui nettoie les saletés de la vie morne des riches blancs des beaux quartiers sécurisés ; le caïd qui revient en ville après plusieurs années en prison. Et il y a aussi la jeunesse, surtout, particulièrement féminine, qui nous semble avancer plus vaillamment, et qui est peut-être plus chanceuse ? Une jeunesse qui tente à son tour de vivre librement, en quête d’une identité personnelle et non communautaire, tout en restant malgré tout irrémédiablement attachée à son quartier, Echo Park, où tous se côtoient quotidiennement, sans vouloir y faire attention…

Federico a été happé par ces personnages énergiques, attachants ou détestables, et leurs destinées bien souvent tragiques mais empruntes d’une espérance confiante et salutaire. L’écriture de Brando Skyhorse donne véritablement à voir la réalité de l’âme de chacun, ses défauts et ses doutes, ses souhaits et ses plaisirs. La lecture est vraiment captivante, en raison de la richesse à la fois stylistique et thématique dont le roman regorge, mais aussi pour l’intérêt qu’il y a à découvrir la peinture d’une ville et de ses habitants qui se trouve si loin, mais si proche entre nos mains…

 Les madones d’Echo Park, Brando Skyhorse, L’Olivier, 2010, 300 pages, 22 €

28
Sep
11

Lettres d’amour de 0 à 10

Un roman (jeunesse) de Susie Morgenstern

Pendant toute sa lecture, Federico s’est demandé « mais c’est quoi ce titre qui n’a aucun rapport avec l’histoire ? ». À la fin du livre il s’avère que si en fait, il y a un lien. Mais vous n’enlèverez pas de la tête de notre ami lapin que ce titre donne une fausse image du roman. Et c’est tant mieux car Federico aura ainsi eu le plaisir d’être surpris tout au long de sa lecture. Lui, qui s’attendait à une simple histoire d’amour entre un garçon un peu triste et une nouvelle arrivante dans sa classe, a en réalité assisté à la renaissance du premier grâce à la seconde.

Élevé par sa grand-mère dans une atmosphère assez monotone et carrément triste, Ernest vit parce qu’il le faut bien sans même se douter qu’autre chose est possible. Jusqu’au jour où Victoire débarque dans sa vie. Et quand Federico dit « débarque » c’est un euphémisme. Comme les Alliés en 1944, la jeune fille investit son quotidien sans vraiment lui demander son avis et avec toute une armée derrière elle. Parce que, contrairement à Ernest qui vit dans une grande solitude, Victoire a grandit très entourée : elle est la 13e enfant d’une famille qui en compte 14. C’est donc un véritable choc des cultures que décrit Susie Morgenstern avec humour et tendresse.

Ernest et Victoire se rencontrent pour le meilleur et… que pour le meilleur, en fait. Sous l’influence de sa nouvelle amie, le garçon va découvrir que le monde ne s’arrête pas à sa cage d’escalier. Il ouvre son cœur à des sentiments qui lui étaient jusque là inconnus. La bonne humeur et les bons sentiments sont de rigueur dans ce roman très sympathique où les personnages n’ont qu’à tendre la main pour toucher le bonheur. Mais c’est parfois ce premier geste qui est le plus difficile.

Lettres d’amour de 0 à 10, Susie Morgenstern, École des Loisirs, Paris, 1997, 210 p. (Collection « Neuf »)

18
Sep
11

Vango

Un roman (ado) de Timothée de Fombelle

Paris, 1934. Le jeune Vango est sur le point d’être ordonné prêtre. Dans l’assemblée qui assiste à la cérémonie, plusieurs personnes s’apprêtent à passer à l’action. C’est le début d’une course poursuite semée de mystères.

Vango a offert à Federico un véritable voyage dans le temps. En disséminant habilement les éléments historiques, Timothée de Fombelle plonge le lecteur dans l’Europe des années 30. Cette époque charnière du XXe siècle où le totalitarisme était de plus en plus tendance joue un rôle capital dans le récit. En effet, l’énigmatique Vango ainsi que tous les autres personnages, sont entraînés dans les rouages de l’histoire en marche. Ce roman est très complexe mais il est si bien construit que l’intrigue se déroule avec une grande fluidité. Federico compare le récit à une toile d’araignée. En effet, les parcours des personnages sont autant de fils liés entre eux qui tendent tous vers un même point, une même énigme : qui est réellement Vango ?

Pour y répondre, l’auteur met les petits plats dans les grands et nous embarque dans une aventure sans frontière. Sur terre, en mer, dans le ciel : il souffle sur ce roman un vent d’aventure à vous ébouriffer un lapin à poils ras.

L’ensemble est parfaitement calibré : complexe mais limpide et surtout emprunt de beaucoup de poésie. Timothée de Fombelle façonne les mots de manière à faire oublier le texte et donner vie au personnages : la 3D sans les lunettes !

En un mot : formidable.

En plusieurs mots : Federico attends le tome 2 (prévu pour début octobre) avec impatience. En effet, il reste beaucoup de zones d’ombres sur la toile d’araignée…

Vango, Timothée de Fombelle, Gallimard Jeunesse, mars 2010, 370 p., 17 €.

15
Sep
11

En moins bien

Un roman d’Arnaud Le Guilcher.

Avant de le lire, Federico s’attendait à un livre loufoque à l’humour noir désopilant. C’était bien ça, mais en moins bien…

On ne connait pas le nom du héros et narrateur. C’est un homme un peu looser d’une quarantaine d’année qui vient de se marier avec la jeune et belle Emma. Comme voyage de noce, il la conduit à Sandpiper, une petite ville balnéaire de la côte Pacifique des États-Unis. Le prospectus était alléchant, mais la réalité des bungalows, du restaurant et de l’équipe de l’intendance est bien fade, à tendance minable, et un peu sale dans les coins. Pour la nuit de noce, le narrateur ne trouve rien de mieux à faire que de rester boire quelques verres d’une pissette infâme en écoutant les histoires du coin, pendant que sa nouvelle épouse l’attend dans la chambre. Lorsqu’il la rejoint enfin, elle s’est cassée (« elle a eu raison » ne peut s’empêcher de penser Federico). Le bougre déprime sec, mais finit par se reprendre, notamment face à ce qui agite Sandpiper : voilà plusieurs jours qu’un touriste allemand va et vient comme un zombie sur la plage en murmurant le nom de sa femme Frida, partie avec un surfeur. Beaucoup de monde se déplace pour « voir ça », et le narrateur décide de prendre en charge l’organisation de cette nouvelle affluence…

Un peu bizarre cette histoire qui semble tourner autour du thème du « départ de l’être aimé », mais dans le cadre minable d’une bourgade apathique et avec des personnages vraiment à la ramasse. Si l’intrigue est quelque peu plaisante au début, elle s’enlise assez rapidement, tout comme ses personnages qui ne savent pas ce qu’ils font, et ne font d’ailleurs pas grand chose. On s’ennuie un peu car ce n’est pas très intéressant, on s’exaspère de l’inertie du héros qui persiste à rester dans cette situation et dans cette ville peu reluisante. Notre ami lapin a eu un regain d’intérêt pour ce roman lorsque les choses bougent enfin, mais cela ne se passe pas très bien il faut le dire : tout part en cacahouète, une sorte d’apothéose de la pagaille qui s’installait alors à Sandpiper.

À ce moment là (vers la fin donc), l’intrigue prend vraiment son importance, puisque auparavant l’intérêt de la lecture résidait davantage dans l’écriture d’Arnaud Le Guilcher. Avec un vocabulaire foisonnant, riche et truculent, la narration est joyeusement cynique, pleine de références et d’expressions jubilatoires. C’est en effet ce qui fait essentiellement l’attrait du roman : l’humour noir. Mais, très vite, Federico en a été lassé, les éclats de rires ne sont pas au rendez-vous. Ce style se révèle lourd et agaçant, c’est trop.

C’est pourquoi En moins bien ne récolte que deux carottes : contrairement aux attentes, le roman n’est pas si fun que ça.

En moins bien, Arnaud Le Guilcher, Stéphane Millon éditeur, 2010, 288 pages, 17 €

11
Sep
11

Les secrets de l’immortel Nicolas Flamel. Tome 1 : L’Alchimiste

Un roman (jeunesse) de Michael Scott

Imaginez que les différents mythes qui ont accompagné l’histoire de l’humanité soient basés sur des faits et des personnages réels. Imaginez ensuite que ces divinités reviennent au XXIe avec pour but de reprendre leur place à la tête du monde, au détriment de l’espèce humaine.

Maintenant vous savez ce qui s’est passé dans l’esprit fertile de Michael Scott et ce qu’il raconte dans sa saga Les Secrets de l’Immortel Nicolas Flamel. Comme vous l’aurez deviné grâce à votre grande perspicacité, le célèbre alchimiste est au centre de cette histoire. Quand elle débute, il est plusieurs fois centenaire et après des siècles de tranquillité, il se retrouve plongé dans une course contre la montre pour empêcher les anciens dieux, appelés Aînés (parce qu’ils sont vachement vieux), de détruire tout ce qui bouge. Il va entraîner avec lui les jumeaux Josh et Sophie qui n’étaient pas vraiment là par hasard.

L’histoire est plutôt bien ficelée (recycler la mythologie peut être risqué quand on ne sait pas s’y prendre), les personnages ambigus juste ce qu’il faut pour être intéressants et l’écriture, si elle n’est pas épatante, sait se faire discrète au profit de l’intrigue.

Pourtant Federico ne lira pas les autres tomes de cette saga. Malgré ses qualités, ce premier opus n’a pas piqué sa curiosité, probablement parce qu’il est trop bavard. L’intrigue est concentrée sur deux jours et, comme Josh et Sophie, le lecteur bascule dans un univers où tout semble imaginable. Pourtant Federico a eu le sentiment que le livre ne laissait pas assez de place à cet infini de possibilités en nous livrant trop de réponses tout de suite. Ainsi, avec autant de détails sur les différents mythes présents, la curiosité de Federico était rassasiée avant même d’être suscitée. Notre ami lapin a donc frôlé l’indigestion et il lui a semblé que les deux journées passées en compagnie de Nicolas Flamel avaient duré des semaines. Le livre paie donc ce trop plein d’informations par une note moyenne au Cac Carottes. Heureusement, cela ne devrait pas avoir une trop grande influence sur les marchés mondiaux.

Dans le même esprit univers parallèle, Federico a préféré Eugénia et la bouche de la vérité (pour le coup c’était même carrément l’inverse) chroniqué ici, et Alcatraz contre les infâmes bibliothécaires, pas chroniqué mais franchement génial.

Les Secrets de l’Immortel Nicolas Flamel, tome 1 : L’Alchimiste, Michael Scott, Pocket Jeunesse, juin 2008, 360 p., 19 €

10
Sep
11

8tracks

Avis aux amateurs de découvertes musicales ! Federico veut vous parler d’un site Internet fort intéressant : 8tracks (prononcez… comme vous voudrez). Il s’agit d’un espace dédié à la musique qui permet de créer des playlists et d’écouter celles des autres.

Pour découvrir ce site, première étape : aller y faire un tour ; deuxième étape : lire cet article qui présente très bien 8tracks avec ses atouts et ses limites (le fait que le site soit entièrement en anglais n’est pas mentionné, pourtant cela peut rebuter).

Quelques minutes plus tard…

À présent vous savez que le principe du site est de se laisser guider parmi des milliers de sélections fort éclectiques. Il ne faut pas se connecter avec l’envie d’écouter l’album d’un artiste (pour cela, d’autre sites existent) mais plutôt de se plonger dans une atmosphère musicale grâce aux différents outils de recherche. Inutile de vous préciser que les (grandes) oreilles de notre ami lapin frémissent régulièrement de plaisir en écoutant les morceaux proposés sur 8tracks.

Attention, événement : parce que Federico aime ses lecteurs, découvrez en exclusivité planétaire la playlist que notre rongeur préféré à composée… rien que pour vos oreilles !




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