Archives de octobre 2012

19
Oct
12

Les apparences

Un roman policier de Gillian Flynn

Autant vous le dire tout de suite : il n’y a pas grand chose à dire sur le livre de Gillian Flynn.

Ce serait en effet criminel de révéler l’intrigue de cet hallucinant polar ! On peut juste dire que l’histoire de ce roman fort bien nommé commence le jour où Nick rentre chez lui et découvre la maison sans dessus dessous. Détail supplémentaire : sa femme, Amy, a disparu. Cet événement perturbateur est tout d’abord prétexte à une dissection sans complaisance de la vie de couple. Pendant ce temps, l’auteur en profite pour bâtir le labyrinthe dans lequel elle prévoit de nous embarquer. Et puis soudain, paf ! le roman bascule dans le délire paranoïaque et entraîne tout le monde avec lui : les personnages et Federico, qui déjà ravi, continue de se faire mener par le bout du museau !

Mené d’une main de maître, l’intrigue déroule tranquillement ses rebondissements et ménage une délectable tension. Federico s’est régalé à la lecture de ce roman qui allie une chronique sociale pertinente et un thriller psychologique implacable.

Intelligent. Original. Surprenant. Tordu.

Génial.

Gillian Flyn, Les Apparences, Sonatine, août 2012, 400 p., 21,30 €.

14
Oct
12

Pyongyang & Chroniques de Jerusalem

Deux bandes dessinées de Guy Delisle.

Ce n’est pas parce qu’il ne vous parle pas beaucoup de bande dessinée que Federico n’aime pas ça. Bien au contraire, il adore la BD ! Votre serviteur lapin va donc se rattraper sans délai et vous parler de cases et de bulles, en spéciale dédicace à son cousin Fredo car ici l’auteur est québécois !

Pyongyang et Chroniques de Jérusalem sont deux récits de voyage, ou plutôt de séjour car Guy Delisle est resté un petit bout de temps dans ces villes bien particulières : deux mois à Pyongyang en Corée du Nord, dans le cadre de son travail dans l’animation de dessins animés, et une année à Jérusalem, accompagnant sa femme qui œuvre pour une ONG.

Fin observateur, l’auteur livre pour chacune de ces expériences un portrait étonnant de la vie quotidienne d’un étranger sur un territoire assez spécial… La Corée du Nord et l’Israël combinent tous deux divers taux d’horreur, d’obscurantisme, d’injustice et d’absurde. Le non-sens de la dictature nord-coréenne et des pratiques des colonies israéliennes se révèle avec force. Dans Pyongyang, la réalité de ce régime totalitaire est dure à croire tant l’on se croit dans un livre de science-fiction : la propagande, la surveillance, les camps de détention, tout ça existe bel et bien, et c’est hallucinant… Dans Chroniques de Jérusalem, l’engrenage dans lesquels les peuples juifs et palestiniens ont été pris est tout aussi effrayant : l’avancée constante des colonies qui s’installent par la force et en toute impunité sur les quelques restes des territoires palestiniens, mais aussi la multitude de communautés religieuses différentes qui cohabitent plus ou moins bien dans cette ville phare, c’est hallucinant pareil.

La lecture de ces récits hautement documentaires est donc fortement conseillée par votre dévoué lapin. Avec énormément de curiosité et un détachement assez marqué, Guy Delisle parvient à porter très peu de jugements personnels sur les faits et les gens qu’il rencontre ; sa désapprobation est peu mise en avant, la priorité étant davantage à la découverte et la tentative de compréhension de ces villes altières. La curiosité de l’auteur a vivement piqué celle de Federico, qui n’a désormais plus qu’à se précipiter sur les autres chroniques du voyageur réalisées en Chine et en Birmanie

Pyongyang, Guy Delisle, L’Association, 2003, 180 pages

Chroniques de Jérusalem, Guy Delisle, Delcourt, collection « Shampooing », 2011, 336 pages

06
Oct
12

Voyage en bas du monde

Il est des voyages qui resteront certainement du domaine du rêve. Par exemple, Federico n’ira certainement jamais en Patagonie. Parce que c’est loin et qu’il n’a pas le sens de l’orientation. C’est moche.

Repassons dès à présent en mode optimiste : Federico n’ira peut-être jamais faire des bonds auprès des gauchos de Patagonie mais qu’à cela ne tienne, son esprit vagabond y va régulièrement. Et quelle est la meilleure façon d’aller se balader sans risquer de se perdre ou de tomber dans une embuscade ?

Les liiiivres !!!! (répondez-vous, hystérique)

Oui mais pas que. Le cinéma et Internet sont aussi d’excellents voyagistes. C’est d’ailleurs dans une salle obscure que Federico a fait la connaissance avec cet étonnant morceau de continent. Il ne vous en parlera pas ici car malheureusement il ne se rappelle d’aucune information sur ce documentaire consacré aux hommes et aux femmes qui vivent dans le Grand Sud. Il ne lui reste qu’un formidable sentiment de liberté et un immense respect pour ses personnes humbles et attachées à leur terre.

Du coup, notre ami lapin va vous parler de… livres. (évanouissements dans la foule en liesse)

Le premier voyage

En Patagonie, publié en 1977 fait de Bruce Chatwin un des piliers de la littérature de voyage du XXe siècle. Parti de Buenos Aires, l’auteur nous entraîne jusqu’à Ushuaïa, THE bout du monde, et ça, ça fait rêver notre ami lapin. Mais quand on n’a pas de boussole, il s’avère difficile de suivre le parcours de Chatwin dans ce territoire méconnu. Heureusement, au XXIe siècle, n’importe quel rongeur connecté peut, en quelques clics, réaliser un petit itinéraire, comme ceci :

(Note du lapin : pour connaître les différentes étapes, cliquer sur les petits machins bleus.)

Évidemment, il ne s’agit pas de l’itinéraire exact emprunté par les augustes souliers de Bruce Chatwin. C’est plutôt un bricolage effectué à partir des indications données dans l’ouvrage. Pour notre ami lapin, cela aura eu le mérite de l’aider à prendre la mesure de cet étonnant voyage.

En Patagonie ne se contente pas de nous décrire un chemin et ne reste jamais centré sur son auteur-voyageur. C’est un roman résolument tourné vers les gens, ce qui le rend passionnant. Lire ce livre, c’est rencontrer les habitants de la Patagonie et écouter leurs histoires. Bruce Chatwin nous parle aussi bien de ceux qu’il a croisé en chemin que de ceux qui ont vécu sur cette terre il y a plus ou moins longtemps. C’est alors que le voyageur devient conteur, déployant sous nos yeux des histoires plus ou moins légendaires. Federico a tout particulièrement apprécié la partie consacrée à Butch Cassidy, le bandit flamboyant, qui a libéré un vrai souffle d’aventure dans son terrier.

Le retour

Il y a quelques mois, ce même air un peu rude mais terriblement agréable a de nouveau soufflé sur le museau de Federico. Pour ce deuxième voyage, notre ami lapin a embarqué avec Luis Sépulveda et Daniel Mordzinski. Leur virée en Patagonie a eu lieu dans les années 1990. Ces deux amis, l’un écrivain et l’autre photographe, sont partis vers le Cap Horn et ont avancé au gré de leurs rencontres. Le roman né de cette joyeuse aventure a su se faire attendre. Publié en France en avril 2012, cet ouvrage tient moins du récit de voyage que de l’hommage rendu à une terre souillée au nom de l’argent et à ceux qui la défendent. On sent la révolte et l’impuissance des deux explorateurs face à la situation (désespérée?) de ce Grand Sud majestueux. À partir des émouvantes photos de Daniel Mordzinski, Luis Sépulveda nous fait partager ses souvenirs avec une délicieuse malice : à sa façon de parler de tous ceux qu’il a rencontré, Federico avait l’impression d’avoir fait partie du voyage. C’est une véritable déclaration d’amour que signe l’auteur du Vieux qui lisait des romans d’amour, vive comme l’air patagon. Dernières nouvelles du sud est un beau livre, d’une grande simplicité, évident comme l’amitié.

À présent, il ne vous reste plus qu’à ranger vos valises, à vous précipiter chez votre libraire et à vous vautrer dans votre canapé (parce qu’en ce moment il pleut et que s’allonger dans l’herbe mouillée, ça mouille) avec une botte de carottes.

Bon voyage, et n’oubliez pas d’envoyer une petite carte postale !

Bruce Chatwin, En patagonie, Grasset, Paris, 2002 (édition d’origine parue en 1977), 290 p. (Collection « Cahiers rouges »)

Luis Sepulveda, photographies de Daniel Mordzinski, Dernières nouvelles du Sud, Métailié, Paris, 2012, 160 p., traduit de l’espagnol (Chili) par Bertille Hausberg.




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