Archive pour septembre 2014

30
Sep
14

Où se cache Mømo ?

Parce que le livre est toujours le plus classe de tous les supports, il n’est pas rare de voir des contenus s’évader du web pour rejoindre les soyeuses pages d’un livre. La moitié des blogs bd atterrissent en librairie et même des trucs franchement pas utiles sont publiés (on pense à Boo le plus ridicule des chiens, mais également à Grumpy Cat, qui a fait la joie des cartons de retours).

Le livre dont Federico va vous parler fait résolument partie de la dernière catégorie mais en fait il est super cool.

Andrew Knapp est un monsieur qui a un chien nommé Mømo et qui fait des photos (le monsieur, pas le chien).

Momo and Andrew Knapp. Photo courtesy of Andrew KnappUn jour (ou une nuit, on ne sait pas, on suppose) il s’est dit : « et si je prenais des photos de mon chien et que je les mettais sur Instagram ? ». Comme Mømo est un border collie et qu’il aime jouer à cache-cache, inutile de vous détailler le capital sympathie qui se dégage des clichés : c’est juste adorable. Dans des paysages bien cadrés mais plutôt anonyme, on aperçoit soudain la tête docile et curieuse de ce chien qui se prend pour Charlie. D’ailleurs, après Instagram, Andrew Knapp a ouvert un site Internet dédié à son chien et l’a nommé… Find Mømo !

©Andrew KnappAlors évidemment, le concept va peut-être vous sembler un peu fumeux (surtout qu’on ne passe pas vraiment trois plombes à chercher Mømo) et vous vous demandez peut-être pourquoi Federico trouve cela génial. Le comique de répétition joue beaucoup. Notre ami lapin a senti son sourire s’élargir à mesure qu’il parcourait le livre, grâce à l’apparition de cette tête ingénue dans des endroits où on ne l’attend pas. Le voir attendre bien docilement à plusieurs dizaines de mètres de son maître est un spectacle très attendrissant. Au vu des portraits qui parsèment le livre et sont très présents sur la page Instagram, Mømo est le king of self control. La preuve :

©Andrew KnappN’est-il pas absolument trop mignon ? Une bonne pâte pure race.

Quand notre ami lapin a fini de s’extasier sur le chien, il ne peut que constater la beauté du décor dans lequel il est dissimulé. Le photographe semble s’intéresser à tout les cadres, du chemin forestier à la friche industrielle.

©Andrew KnappAndrew Knapp, Où se cache Mømo ?, Prisma, septembre 2014.

P. S. : si vous allez sur le site Internet Find Momo, ne cliquez surtout pas sur « Get the book », c’est un lien malin qui va faire fondre votre ordinateur, avant de brûler votre bibliothèque et couler votre libraire habituel. Il risque aussi de tuer votre poisson rouge.

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25
Sep
14

Constellation

noté 3 sur 4

Le 28 octobre 1949, l’avion Constellation d’Air France s’écrase dans l’archipel des Açores. Aucun des passagers ne survit. Parmi eux, on trouve le boxeur Marcel Cerdan mais aussi des anonymes. L’auteur retrace l’histoire de ces passagers victimes du destin et alterne avec le récit du crash et de ses suites. Il s’attarde sur ces ruses du destin qui font que, pressé par Édith Piaf de le rejoindre au plus vite, Marcel Cerdan a piqué leur place à des passagers qui finalement n’auront pas regretté de ne pas avoir pris ce funeste vol.©Stock..

Pour son premier roman, Adrien Bosc réussit parfaitement l’exercice de redonner vie aux victimes tout en nous captivant avec l’enquête qui a suivi l’accident. Les équipes envoyées sur place après le crash ont tenté de comprendre comment l’avion avait pu à ce point dévier de sa trajectoire pour aller se cogner à une montagne, sur une île où il n’avait rien à faire. Ce roman très émouvant et très joliment écrit a beaucoup touché Federico. On découvre un épisode méconnu de l’histoire de l’aviation ainsi que le destin fascinant de la violoniste Ginette Neveu. Les plus jolis passages sont ceux consacrés à l’étonnant parcours du violon de la musicienne. Disparu lors de l’accident, des débris en seront récupérés bien plus tard et après être passés entre plusieurs mains ils seront finalement identifiés par le luthier de Ginette Neveu. Au détour d’une réflexion sur l’art et le destin, l’auteur s’égare parfois dans des digressions lyriques un peu obscures mais cela n’entache pas le plaisir de lecture.

Adrien Bosc, Constellation, Stock, août 2014, 198 pages

23
Sep
14

Les adieux à la reine

Un roman de Chantal Thomas.

noté 2 sur 4

C’est rare chez Federico de chroniquer un livre moins de dix minutes après l’avoir fini. Comme ça, c’est fait !

Vous souvenez-vous de L’échange des princesses de Chantal Thomas et de Marie-Antoinette de Stefan Zweig ? Eh bien Federico a choisit de jumeler les deux et de lire un roman de Chantal Thomas parlant de Marie-Antoinette. Bim ! notre ami lapin a nommé : Les adieux à la reine.

En gros, c’est l’histoire d’Agathe-Sidonie, une groupie de M-A, qui ne vit que pour la croiser dans les couloirs et lui faire la lecture (quand il prend l’envie à Sa Majesté qu’on lui fasse la lecture, il y a les lectrices de la reine qui sont là pour ça, tout comme il y a la « porte-chaise d’affaires de la reine », pour quand elle a besoin de faire ses royaux besoins…) L’action se déroule du 14 au 16 juillet 1789, période un peu chahutée pour le royaume de France. Au terme de ces quelques jours d’incertitude, nombre de nobles prendront la fuite, et avec eux Agathe-Sidonie…

Alors que Federico avait kiffé L’échange des princesses, il a été un peu déçu par Les adieux à la reine. C’est peut-être une overdose marie-trotinettale ? Il n’en est pas si sûr, car les passages où apparait la reine sont ceux qu’il a préférés. En fait, c’est l’errance d’Agathe-Sidonie dans le château de Versailles, parmi la Cour en déroute, qui a ennuyé notre ami lapin. La narration lente et le caractère très effacé de l’héroïne l’ont empêché de véritablement trembler dans cette atmosphère pourtant pleine de doute et de panique ! Il faut dire que Federico ne craint pas pour sa tête, et Agathe-Sidonie non plus finalement, mais il n’est pas très fun d’y entrer dans la sienne, de tête, tant elle ne vit que pour M-A et Versailles. Attention, ne faites pas dire à notre ami lapin ce qu’il n’a pas dit ! L’héroïne est tout à fait crédible, tout comme la relation des prémices de la chute de la monarchie, mais Federico n’était pas super emballé et un peu endormi, voilà tout…

Chantal Thomas, Les adieux à la reine, 2002, Seuil (collection Points), 244 pages

(Ndl : Federico n’a pas vu le film de Benoît Jacquot adapté du roman, peut-être bientôt.)

10
Sep
14

À l’orée de la nuit

Un roman de Charles Frazier

noté 3 sur 4

Si Federico avait lu ce livre sans en connaître l’éditeur, il l’aurait aveuglément classé chez Gallmeister, l’éditeur spécialisé dans les romans américains âpres et sauvages. En effet, À l’orée de la nuit flotte, difficilement classable, entre le nature writing, le thriller et le western.

©GrassetFinalement, c’est Grasset qui nous offre cette histoire au rythme lent, aux personnages crépusculaires et aux montagnes imposantes (les Appalaches, ça prend de la place dans un paysage, oui madame). Si le récit tourne autour de plusieurs personnages en leur confiant la narration à tour de rôle, c’est Luce qui, aux yeux de notre ami lapin est l’héroïne de ce roman. Cette jeune femme a choisi de quitter la compagnie des hommes pour vivre au rythme des saisons dans une maison dont elle est la gardienne. Le jour où sa sœur est assassinée par son compagnon, Bud, elle se retrouve chargée de ses neveux, des jumeaux mutiques et pyromanes. Ce petit changement de programme va évidemment bouleverser son quotidien bien réglé. Elle va devoir essayer d’entrer en contact avec ces enfants traumatisés tout en les empêchant de faire de très grosses bêtises (comme mettre le feu à la maison ou se noyer dans le lac). Les choses vont se compliquer encore plus quand Bud, innocenté du meurtre de sa femme, va se mettre en tête de récupérer son argent, persuadé que ce sont les jumeaux qui le planquent.

Ce roman n’est pas hyper captivant, les personnages ne sont pas hyper attachants et la confrontation entre tout ce monde ne crée pas un hyper-suspense (si, ça se dit). Mais contrairement à ce qu’on pourrait penser en lisant la phrase précédente, À l’orée de la nuit a plutôt plu à Federico. Il a beaucoup aimé cette sensation étrange que l’histoire n’est pas là pour séduire un lecteur mais plutôt pour s’imposer à lui. On se laisse mener par le rythme lent et on subit le caractère difficile des héros. Même s’il ne se sentait pas passionné par l’histoire, notre ami lapin avait toujours du plaisir à reprendre sa lecture et à entrer à nouveau dans son ambiance sombre. En plus de cette étrange sensation, il restera marqué par l’empreinte de la philosophie de vie de Luce et sa réflexion autour du sens de l’existence.

Charles Frazier, À l’orée de la nuit, Grasset, septembre 2014, 384 p.

05
Sep
14

Marie-Antoinette

noté 4 sur 4

Vous qui vous précipitez sur le livre de Valérie, Federico vous conseille plutôt ce livre : là, vous en aurez du croustillant, des secrets intimes ou d’état, du scandaaale !

Marie-Antoinette en jogging.

Marie-Antoinette s’apprêtant à sortir chercher du pain.

Marie-Antoinette, c’est l’histoire d’une jeune héritière autrichienne, prénommée Marie-Antoinette, qui est mariée à un flanby au dauphin du Royaume de France. Le jeune homme n’est pas le meilleur compagnon avec qui pump’n up, alors elle se console avec ses potos et ses robes en rideau. Quelques années plus tard, il se décoince grâce à l’intervention de son beauf qui lui fait remarquer que sept ans d’abstinence, c’est pas très bon pour la com’, et qu’un héritier ça ne se recrute pas sur les bancs de l’ENA ou de Sciences Po, non, il faut le fabriquer soi-même. Pendant tout ce temps-là, Marie-Antoinette dansait, jouait au théâtre ou à la ferme, s’achetait des bijoux, des plumes, des robes (et des amis aussi), bref, carpe diem ! Et là, paf ! trois gamins qui lui tombent sur les bras, finito la belle vie, surtout qu’après, paf ! la Révolution ! Alors là c’est la loose totale, la taille du logement de Marie-Antoinette rétrograde d’années en années, de mois en mois ; tous ses amis ont pris la poudre d’escampette, sauf son plan cul avec qui elle échange des textos enflammés. Son mari, devenu obèse, ne sait pas quoi faire, donc il ne fait rien. C’est à en perdre la tête toute cette histoire !

Federico a littéralement dévoré cette biographie romanesque, instructive et trépidante, où l’on suit les pas de cette poupée frivole qui se transforme en héroïne tragique. C’était le premier ouvrage de Stefan Zweig qu’il lisait, et il a été plus que ravi de découvrir ce génie de l’écriture, fin psychologue et narrateur hors pair !

Maintenant, notre ami lapin doit lire toute l’œuvre de Zweig, ainsi que tout plein de livres qui parlent de l’histoire de France, il voudrait aussi revoir le film de Sofia Coppola (qui dit s’être inspirée du livre de Zweig, mais dans son souvenir, ce n’est pas vraiment la même personnalité que nous décrit la cinéaste…), et retourner à Versailles bien sûr… y a plus qu’à !

Marie-Antoinette, Stefan Zweig, Grasset, 1933, 460 pages

02
Sep
14

Le règne du vivant

Un roman d’Alice Ferney

noté 3 sur 4

Dans un premier temps, Federico a été assez déconcerté par ce roman au ton résolument journalistique. Et pour cause le narrateur en est un, de journaliste. Il s’engage aux côtés de militants écologistes qui luttent contre les pêches intensives et le massacre des baleines, requins et autres animaux marins.©Actes Sud À la tête de cette organisation, se trouve un homme déterminé et jusqu’au-boutiste : Magnus Wallace. Depuis des années il sillonne les mers du monde à la barre de l’Arrowhead, un brise-glace, et traque les pêcheurs qui contreviennent à des lois que personne ne semble pressé de faire appliquer. Dans ce monde cynique où la vie d’un cétacé et les merveilles des fonds marins ne pèsent rien face aux intérêts financiers, il est le seul à s’élever et à agir réellement. Ses moyens sont pour le moins expéditifs : il poursuit les pêcheurs et n’hésite pas à endommager les navires. Résultat des courses, sa tête est mise à prix dans bien des pays et les autres organisations écologistes lui tournent le dos. Il garde sans cesse à l’esprit que la planète où il vit est l’héritage de ses enfants et rien ni personne ne le détournera de sa dangereuse mission.

Si notre ami lapin était fort troublé au début de sa lecture, c’est que ce portrait d’un écologiste hors du commun ressemble à s’y méprendre à celui-ci :

©Long cours

Cette belle page est la première d’un article de Natacha Calestrémé consacré à l’écologiste Paul Watson, publié dans la revue Long Cours n°7. Si vous n’êtes pas encore en possession de cette merveilleuse publication, précipitez-vous chez votre libraire, commandez-les, abonnez-vous, faites quelque chose ! (Mais quoi que vous fassiez, merci de ne pas le faire sur Amazon).

Loin de ne pas apprécier ce parallèle, Federico craignait plutôt que ce style soit lassant à la longue. Fort heureusement, on s’habitue vite à cette narration qui est mêlée à des réflexions très introspectives sur l’engagement, de beaux moments de contemplation et des passages d’action très tendus.

Par-dessus tout, ce roman met en avant la tragédie écologique qui se joue depuis plusieurs décennies et la violence inouïe avec laquelle l’homme traite les animaux. De quoi en faire culpabiliser plus d’un !

Alice Ferney, Le règne du vivant, Actes Sud, août 2014, 208 p.




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