Posts Tagged ‘Elizabeth Gaskell

14
Nov
13

Les amoureux de Sylvia

Un roman d’Elizabeth Gaskell, traduit par Françoise du Sorbier

noté 3 sur 4

La fièvre Gaskellienne a encore frappé ! Mais Margaret Hale peut dormir tranquille, Nord et Sud n’est pas détrôné dans le cœur de Federico.

©PointsAprès l’Angleterre ouvrière, après le thé et les dentelles de Cranford, Elizabeth Gaskell a tendu sa plume victorienne vers notre ami lapin et l’a entraîné dans un nouvel univers. Federico a cette fois-ci découvert la côte sauvage et les villes qui vivent de la chasse à la baleine. Ancré à la fin du XVIIIe siècle, alors que la guerre fait rage avec la France (comme d’hab’), Les amoureux de Sylvia utilise ce contexte tourmenté pour bousculer son héroïne et lui arracher ses proches.

Federico a eu quelques difficultés à entrer dans sa lecture car Sylvia lui apparaissait dans les premières pages comme une coquette un peu vaniteuse. Mais le regard de notre ami lapin a évolué en même temps que l’héroïne et il a bientôt été emporté dans les tourbillons de joies et de peines qu’elle va connaître toute sa vie. Ne vous fiez pas au titre : il ne s’agit pas d’une bleuette sentimentale mais de la tragique destinée d’une femme trop aimée. Fougueuse et passionnée, Sylvia va subir de plein fouet la condition des femmes à l’époque et dans un milieu où l’indépendance n’était pas une option. Les épreuves morales (on sent ici la forte influence de la religion dans l’écriture de Gaskell, qui était femme de pasteur) vécues par les personnages sont narrées de telle façon qu’elles n’alourdissent pas le récit mais lui donnent le souffle des grandes tragédies.

Si Les amoureux de Sylvia ne surpasse pas Nord et Sud, il confirme cependant encore une fois le talent d’Elizabeth Gaskell et la qualité de son approche sociale.

Elizabeth Gaskell, Les amoureux de Sylvia, Points, juin 2013, 684 p.

Parution initiale en anglais : 1863. Première parution française : 2012.

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24
Mai
13

Cranford

Un roman d’Elizabeth Gaskell

noté 3 sur 4

Il y a peu de temps, Federico vous avait parlé avec un enthousiasme exubérant de Nord et Sud. Cette lecture a marqué le début d’une histoire d’amour entre Federico et Elizabeth Gaskell. Bon, techniquement, c’est une relation à sens unique puisque Federico ne l’a jamais rencontrée et qu’en plus elle est sacrément décédée. Mais qui s’en soucie avec des romans aussi délicieux ?

Nord et Sud avait donné lieu à une séance de dévoration livresque : Federico a l’a lu presque d’une traite, au mépris des lois du sommeil et du réveil matin. Point de ce genre d’excès pour Cranford, et pour cause : ce livre n’est pas emprunt de la même passion que son prédécesseur.©Points

Cranford est une petite ville d’Angleterre où les femmes sont largement majoritaires. Veuves ou demoiselles, elles partagent – en plus de leur goût pour les ragots – deux caractéristiques : leurs jeunes années sont derrières elles et elles sont toutes plus ou moins fauchées. C’était le lot de bien des femmes au XIXe siècle : l’absence de mari allait de pair avec l’absence d’un revenu conséquent. Heureusement pour elles et le lecteur, nos héroïnes savent ménager les apparences et s’accommodent avec beaucoup d’imagination de leur situation. L’important c’est que ça ne se voie pas trop et es ruses déployées pour y parvenir sont toutes plus amusantes les unes que les autres.

Federico a adoré picorer ce livre fait de micro événements – tel que l’arrivée d’un nouveau voisin et ses filles – et de délicieux moments de quotidien. Il a découvert une autre facette de la plume d’Elizabeth Gaskell : malicieuse et pleine d’une tendre ironie. On est tenté de se moquer de ces personnages aux manies risibles mais l’auteur est suffisamment maître de son sujet pour nous éviter cet écueil. On s’attache à ces héroïnes loin des modèles romanesques que sont Margaret Hale ou Elizabeth Bennet. Pour elles point d’émois amoureux ni de longues marches sous la pluie. À Cranford, l’aventure c’est d’aller voir un théâtre ambulant et le cœur est tourné vers les amis et la famille.

De cette chronique de la vie à Cranford, Federico ne garde qu’un seul regret et il concerne la narratrice. Celle-ci, au petits soins pour ses vieilles amies est trop discrète et reste une inconnue pour le lecteur. Notre ami lapin a été assez frustré de ne pas en savoir plus sur cette femme extrêmement sympathique. Pourtant elle aussi aurait mérité son heure de gloire : c’est à travers son regard amusé et indulgent qu’Elizabteh Gaskell nous fait entrer dans ces maisons bien rangées et nous régale de très très bons moments de lecture.

05
Jan
13

Nord et Sud

Un roman d’Elizabeth Gaskell

noté 4 sur 4

On entend souvent les gens soupirer d’aise en évoquant le doux souvenir de nuits passées à dévorer un livre qui ne voulait résolument pas se fermer. Cela laisse Federico très pensif : il lui est en effet impossible de poursuivre une lecture, aussi passionnante soit-elle, à partir du moment où son horloge biologique le somme d’aller au dodo. Cela arrive en général avant minuit et se traduit par des grincements inquiétants au niveau de la nuque, des picotements dans les yeux et des lettres qui se mélangent. Malgré son envie de connaître la suite, Federico est donc obligé d’obéir à son petit corps et d’abandonner son livre, qui trépigne jusqu’au lendemain.

Pour maintenir notre lapin en éveil la moitié d’une nuit il faudrait donc du très très lourd, du plus que passionnant, du gros choc littéraire qui donne la fièvre du vendredi soir. Ne cherchez plus, nous avons trouvé. Il lui faut Nord et Sud de Elizabeth Gaskell.

Hier soir, notre ami lapin a repris la lecture de ce roman débuté la veille et croyez le ou non, la nuit fut courte. Pourtant, entre deux larmichettes, Federico s’est souvent dit que le chapitre en cours était le dernier, parce que bon, quand même demain il faut se lever (oui, Federico travaille le samedi). Mais c’était sans compter sur son horloge biologique totalement détraquée par cette nouvelle passion littéraire qui l’a maintenu dans une forme olympienne et lui a ainsi permis de venir à bout de ce chef d’oeuvre de 670 pages.

Federico s’est donc couché dans un improbable état d’excitation à 2 h 00 du matin, ce qui n’est pas sage du tout quand on est un lapin aux gros besoins en sommeil, et vers 2 h 30, son estomac a commencé à s’indigner d’avoir été oublié.

D’un point de vue spirituel, on peut donc considérer que cette lecture a permi à Federico de quitter son corps et d’en oublier les contingences matérielles.

Nous reviendrons plus tard sur le parrallèle qu’on peut (mais qu’on ne doit pas) dresser entre Elizabeth Gaskell et le bouddhisme.© Points

Nord et Sud est un peu l’ancêtre victorien de Bienvenue chez les Cht’is dans le sens où il raconte le choc culturel entre le nord industriel et le sud verdoyant de l’Angleterre du milieu du XIXe siècle. Arrêtons là les comparaisons oiseuses (nous vous rapellons que Federico n’a que trois heures de sommeil à son actif, ce qui n’est pas du tout, mais alors pas du tout suffisant !) et passons à l’histoire. Margaret Hale, fille d’un pasteur anglican, a grandi à Helstone, un charmant village du sud où l’air est pur et les arbres touffus. Cette vie idylique à l’abri des soucis bascule le jour où son père, tourmenté par le doute, décide de quitter son ministère. Il choisit d’aller s’établir comme instituteur à Milton, une ville du nord qui s’est développée grâce aux filatures de coton. Pour Margaret le choc est violent : les gens de Milton et leurs manières un peu rudes la prennent totalement au dépourvu. Elle va néanmoins se lier avec plusieurs personnes. Son amitié se déclare bientôt pour une famille d’ouvriers, les Higgins. Le père, virulent syndicaliste, incarne la lutte entre la main d’oeuvre et les patrons. Par ailleurs, Margaret se voit contrainte de fréquenter le nouvel ami de son père : John Thornton, patron d’usine fier et tenace qui, malgré sa fortune, ne correspond en rien à l’idée que la jeune femme a d’un gentleman. Confrontée à ces deux milieux que rien ne semble pouvoir concilier, Margaret va voir s’éveiller sa conscience sociale. Sa franchise l’entraine alors dans des discussions animées avec Mr Thornton qui lui devient de plus en plus anthipatique. Ce sentiment n’est pas du tout partagé : John tombe bientôt éperduement amoureux de Margaret.

Ce roman pourrait, selon Federico, se résumer d’une autre manière : on peut le voir comme un mélange parfait de certains aspects de Jane Eyre, de Germinal et d’Orgueil et Préjugés.

Le côté Jane Eyre. Margaret est une héroïne de la même trempe que Jane : son naturel, son goût pour les choses simples et sa franchise on fait fondre notre ami lapin. Il s’est ainsi pris d’une grande affection pour cette jeune femme qui se tient toujours droite malgré les malheurs qui l’accablent et la tristesse qui la ronge. L’omniprésence de Dieu dans la vie de Margaret la rapproche également de Jane Eyre : toutes deux agissent dans le respect de leur conscience et de Son jugement.

Le côté Germinal. Elizabeth Gaskell est connue pour avoir choqué la société anglaise à la sortie de ses livres. Son implication sociale et son avant-gardisme étaient en effet très mal vus. Elle prouve avec Nord et Sud à quel point elle connaît bien la vie de ceux qui donnent leur énergie aux usines, qu’ils soient patrons ou empoyés, et son regard sur les conflits sociaux est d’une grands acuité. Si ce livre est présenté avant tout comme une histoire d’amour, il va bien plus loin dans l’étude de la société, ce qui le rend encore plus passionnant.

Le côté Orgueil et Préjugés. Évidemment, comment ne pas voir les similitudes entre la relation Thornton-Margaret et le mythique duo Darcy-Elizabeth ? Les circonstances et les caractères sont bien différents mais le lecteur tremble de la même manière face aux nœuds inextricables de leur histoire d’amour. Les malheurs qui semblent s’acharner sur Margaret on fait couler les larmes sur les joues soyeuses de Federico. Les luttes sociales ont fait frissonné ses moustaches. Mais plus que tout, ce sont les élans de romantisme qu’Elizabeth Gaskell a su faire germer çà et là, qui ont le plus ému notre lapin. Ces moments de grâce font passer l’ouvrage de formidable à magnifique. Concernant le style, Elizabeth Gaskell a fait le choix judicieux de la discrétion. Le narrateur, omniscient, plonge le lecteur au cœur des pensées des personnages, inspirant beaucoup de bienveillance à Federico. A contrario, Jane Austen (à laquelle Federico compte consacrer une série d’articles prochainement) s’impose en tant que conteuse complice et instaure ainsi une distance entre les personnages et le lecteur.

Pour l’anecdote, Federico est actuellement dans une période de boulimie « roman d’amour en jupon exigeant » qui l’a frappé suite à la lecture de plusieurs ouvrages de Jane Austen. Souhaitant trouver des auteurs similaires, notre ami lapin a ainsi découvert l’existence d’Elizabeth Gaskell. Ayant commandé Nord et Sud chez son libraire et n’en pouvant plus d’impatience, il se disait que peut-être il serait déçu. C’est tout le contraire qui a eu lieu : ce livre l’a frappé droit au cœur. Malgré le fait qu’il connaissait en partie le fil de l’intrigue (merci Internet), Federico n’a pu abandonner sa lecture que lorsqu’il y était absolument, affreusement obligé et il a été transporté par un tourbillon d’émotions tel qu’il n’en avait pas connu depuis Jane Eyre. Nord et Sud est donc devenu, en l’espace de deux jours, l’un des livres les plus aimés par notre ami lapin.

Pour fêter ça, Federico vient de vous livrer un long et maladroit article (la fatigue le rend affreusement bavard), souhaitant de toutes ses oreilles vous avoir donné envie de découvrir ce trésor littéraire.

Une prochaine fois, il vous parlera de l’adaptation BBC de Nord et Sud, avec le chatoyant Richard Armitage (qui quand il n’est pas nain, interprète des grands bruns ténébreux). Federico ne l’a pas encore vu et, il ne va pas vous le cacher, il a un peu peur…

Elizabeth Gaskell, Nord et Sud, première parution (hors feuilleton) en 1855. L’édition que Federico a dans sa bibliothèque est la suivante : Points, 2010, 673 p. Traduction de Françoise du Sorbier.

Si par hasard quelqu’un connaît la date de la première parution française de l’ouvrage, Federico serait très curieux de la connaître. Merci et bonne nuit.




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