Archives de octobre 2013

30
Oct
13

L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea

Un roman de Romain Puértolas

noté 3 sur 4

Pour économiser des frais de quatrième de couverture à son éditeur (les temps sont durs !) l’auteur  choisi©Le Dilettante de résumer son livre dans le titre. Et c’est plutôt réussi puisqu’on suit effectivement un fakir enfermé dans une armoire Ikea. Rassurez-vous, il n’y passe pas tout le livre ! Quand il en sort, il n’est plus au chaud dans le magasin suédois de Paris (sacrée mondialisation…) où il pensait passer la nuit, mais dans un camion en partance pour la Grande-Bretagne. Il va se retrouver mêlé malgré lui au flot des immigrés clandestins et partir dans un voyage rocambolesque à travers l’Europe, toujours à son corps défendant. Ce fakir de pacotille, arnaqueur professionnel va découvrir le difficile quotidien des clandestins et à leur contact, va décider de tout faire pour devenir un homme meilleur.

À cette trame ajoutez des jeux de mots audacieux, des retournements de situation fantaisistes et des aventures improbables. Vous obtiendrez un roman au ton très léger qui a pas mal fait pouffé notre ami lapin. Sans jamais se prendre au sérieux, l’auteur déroule une véritable fable humaniste dont les véritables héros sont ces clandestins coincés entre la misère de leur pays d’origine et l’absurdité des politiques d’immigration. Tel un Candide des temps modernes, ce fakir ne change pas la face du monde mais invite à réfléchir, c’est déjà pas mal, non ?

Romain Puértolas, L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, Le Dilettante, août 2013, 256 p.

25
Oct
13

La Casati

Pfiou, que de retard notre ami lapin a dans ses critiques en bande dessinée ! Et encore, comme vous devez vous en douter, il ne vous parle pas de tout ce qui lui passe sous le museau… Car il faut dire que Federico n’a pas eu de grandes révélations bédéesques, mais il y en a toutefois quelques unes qu’il a eu plaisir à lire, et il va de ce pas vous conter fleurette de l’une d’entre elles.

La Casati, la muse égoïste

noté 3 sur 4

Cette BD a pas mal étonné Federico, parce qu’elle changeait un peu de ce qu’on a pris l’habitude de nous faire lire à tout va. D’un côté il y a le dessin, coloré, libre et sans manières. D’un autre côté, il y a le ton du reportage qui a été adopté pour raconter l’histoire. Et d’un troisième côté (oui, cette BD est un triangle), il y a la vie étonnante de cette marquise pas comme les autres, sorte de « Lady Gaga de la Belle Époque ».

© Dargaud, 2013La bande dessinée enquête donc sur l’excentrique marquise italienne Luisa Casati Amman qui vécut pendant la première moitié du xxe siècle entre l’Italie, son pays natal, et Paris. Luisa et sa sœur Francesca perdent leurs parents lorsqu’elles sont adolescentes et deviennent alors toutes deux l’une des plus grandes fortunes italiennes. Au fil de ses rencontres et voyages, celle qu’on surnomme « La Casati » entre dans le milieu de l’art en devenant à la fois muse et mécène. Loin des convenances et grande adepte de la démesure, elle dilapide sa fortune en multipliant les réceptions mondaines, les dépenses luxueuses en châteaux, ameublements et vêtements, et autres frasques en tout genre. Se considérant elle-même comme une œuvre d’art, elle se teint les cheveux en rouge ou vert, se maquille les yeux de plus en plus noirs, et se promène dévêtue dans les rues, escortée de guépards et de serpents… quoi, vous ne faites pas ça, vous ? Dans les années 1930, endettée et démodée, la marquise voit ses biens vendus et se terre à Londres jusqu’à sa mort en 1957, un peu la loose quoi.

La Casati a fait le buzz, mais a été un peu oubliée (Federico lui-même ne la connaissait pas avant de lire cette BD), ne laissant de traces que dans les peintures dont elle fut modèle. C’est sûr qu’aujourd’hui, Google et Facebook auraient conservé bien plus qu’une dizaine de tableaux sur ses serveurs. Ce sont donc les trois côtés du triangle qui ont plu à notre ami lapin, car ils permettent de mettre un peu de légèreté et d’originalité dans une biographie dessinée, en résonance à l’exubérance d’une femme hors norme.

La Casati, la muse égoïste, Vanna Vinci, Dargaud, 2013

Ndl (note du lapin) : La bande dessinée est l’adaptation d’une biographie romancée écrite par Camille de Peretti et parue chez Stock.

22
Oct
13

La fabrique du monde

Un roman de Sophie Van der Linden.

noté 3 sur 4

« Petit mais costaud », voici ce que pense Federico du premier roman de Sophie Van der Linden (bien connue par les aficionados du livre jeunesse, mais ici ce n’est pas un livre pour enfants…). La Fabrique du monde raconte en effet une histoire courte et assez simple, mais bigrement dense de messages et de ressentis.

© Buchet Chastel, 2013Mei est une chinoise de dix-sept ans qui, comme des milliers d’autres jeunes filles de son pays, travaille comme couturière dans une usine. Les vêtements qu’elle manipule mécaniquement viennent grossir les commandes express des clients européens. Les journées sont longues et éreintantes ; les bols de nouilles sont engloutis vite fait, debout dans la file indienne, avant de retourner au travail jusqu’à la tombée de la nuit ; les courtes soirées sont consacrées à la toilette et aux discussions entre filles dans les dortoirs. Mei trouve le moyen de s’échapper de cet abrutissant quotidien dans son sommeil et ses rêves. Et, lorsqu’ils deviennent réalité, lorsque la beauté de la nature, de l’amour et de la liberté s’offrent à elle pendant quelques jours dans l’usine désertée pour les fêtes, Mei s’y jette corps et âme.

Sous la plume fine et sensuelle de l’auteure, notre ami lapin a découvert un roman à double facette : celles de la romance et du livre engagé. Pour le côté « love », il y a cette adolescente qui apprivoise ses sens et ses émotions avec le désir farouche de s’en remettre totalement à eux. Mais il demeure le côté « dark » (non non, pas de vampires mystérieux, ni d’anges dangereux, ni de loups garous ténébreux), celui de la dure réalité des vêtements « Made in China » vendus en Europe (c’est moins sexy). Autant vous dire tout de suite qu’ils ne vécurent pas heureux ni eurent beaucoup d’enfants.

Une fois refermé, ce petit livre résonne encore longtemps dans la tête de Federico : la paie misérable et les usines-dortoirs, le travail incessant et répétitif de l’usine qui anesthésie la pensée et les sens, l’état totalitaire de la République populaire de Chine, les perspectives d’avenir restreintes pour les jeunes chinoises des campagnes… et la fin aussi, pas si étonnante mais particulièrement radicale.

La Fabrique du monde, Sophie Van der Linden, Buchet Chastel, 2013, 160 pages

15
Oct
13

Le purgatoire des innocents

Un roman de Karine Giebel

noté 2 sur 4

Bon. On ne va pas s’étaler sur l’intrigue parce que ce serait un peu méchant pour ceux qui n’ont pas lu le livre et qui veulent garder la surprise. Pour paraphraser le résumé, disons que quatre braqueurs de banque vont se réfugier chez une vétérinaire en pleine campagne. Très mauvaise idée…

Il semblerait que l’expression « page turner » ait été inventée pour l’écriture de Karine Giebel. Jamais Federico n’avait vu une lecture passer aussi vite. Non pas que l’histoire soit passionnante au point que notre ami lapin oublie la notion du temps : il s’agit plutôt de la fluidité du style qui fait que les yeux glissent sur les pages. Des phrases courtes, des paragraphes de cinq lignes maxi, beaucoup de dialogues et une mise en page indécemment aérée : la recette est simple et pourtant Federico ne l’avais jamais expérimentée à ce point. Signalons que notre ami lapin n’a pas une culture polar très étendue, ceci expliquant certainement cela.©Fleuve Noir

Ceci explique également que Federico soit tombé dans le panneau à chaque révélation renversante, là où les adeptes du genres auront tout vu venir. Mais ce n’est pas des rebondissements de l’enquête que dépendent les nerfs des lecteurs de ce livre, puisqu’il n’y a pas d’enquête. Pendant 600 pages, Karine Giebel nous plonge au cœur du jeu pervers d’un psychopathe. On sait rapidement à quoi s’en tenir sur ce(tte) dernier(e) (voyez comme nous essayons de maintenir son identité top secrète), par conséquent, il ne s’agit pas savoir comment des enquêteurs vont découvrir qui est le-la psychopathe puis le-la mettre hors d’état de nuire, mais de savoir si ses victimes vont s’en sortir et dans quel état. Federico n’a que moyennement apprécié cette tournure du récit et s’il avait hâte de terminer le livre, c’était surtout pour en finir avec la perversion du-de la psychopathe et éventuellement assister à son dépeçage par des crabes.

Vous l’aurez deviné, cette histoire – fort heureusement exempte de détails insoutenables sur les tortures entreprises – n’a pas franchement passionné Federico. Les personnages dont il aurait du avoir pitié et espérer la survie, tout comme le-les-la psychopathes (maintenant, semons le doute sur la quantité) n’ont fait que l’agacer. Heureusement que Karine Giebel maîtrise parfaitement son style : c’est la qualité qu’il faut retenir de cette lecture.

Le purgatoire des innocents, Karine Giebel, Fleuve Noir, mai 2013, 600 p.




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