Posts Tagged ‘enfance

30
Mar
12

L’avalée des avalés

Un roman de Réjean Ducharme.

Difficile de parler de L’avalée des avalés, premier texte publié par le québécois Réjean Ducharme et lecture incontournable des lycéens de la province. Lui-même, Fredo a eu du mal à définir s’il avait apprécié ou non ce livre. Au vu des trois carottes, la réponse est donc plutôt positive.

Chose étrange que ce roman dont un court épilogue – de la main de l’auteur – résume la totalité de l’histoire… Chose étrange que cette narration décousue et profonde de la petite Bérénice Einberg, héroïne du roman.

Les parents Einberg, une mère catholique polonaise et un père juif, exilés dans une abbaye sur une île québécoise, ont décidé de se partager l’éducation de leurs enfants. Le premier né, Christian, suit l’enseignement catholique de sa mère, et la seconde, Bérénice, l’enseignement juif de son père. À cette étape, il est difficile pour Fredo de vous en dire plus, car il y a peu et tant à dire… Le cœur même de l’histoire réside dans l’esprit de Bérénice : comment elle voit l’univers qui l’entoure, fillette puis adolescente.

Si notre ami écureuil a premièrement été déboussolé par ce long discours déroulé par la jeune narratrice, alimenté de ses mots inventés, il a très rapidement compris qu’il devait s’immerger totalement dans ce récit pour qu’il l’avale à son tour…

Il a alors compris que ce n’est pas un long monologue verbeux, mais davantage le déroulement du fil de la pensée de Bérénice, qui appréhende et combat le monde dès son plus jeune âge. Enfant privée de l’amour de ses parents, nourrie avec la haine qu’ils se vouent entre eux, Bérénice accuse les adultes de ne pas savoir vivre. Elle voue une admiration sans faille à son frère Christian, garçon taciturne, et à son amie Constance Chlore. Ambiguë, éprise de folie et d’exubérance, elle veut mordre à pleine dent dans l’intensité des moments qu’elle s’octroie avec force. Le personnage de Bérénice est le portrait surnaturel d’une enfant haute en couleurs, qui dérange et séduit le lecteur par tant de liberté. Elle n’est pas facile à oublier…

Ce roman dispose donc d’une narration intense qui a réussi à capter l’intérêt de notre écureuil, sans qu’il s’en aperçoive. Trois carottes pour cette prouesse !

L’avalée des avalés, Réjean Ducharme, Gallimard, 1966, 378 pages

Publicités
29
Fév
12

Lucille

Une bande dessinée de Ludovic Debeurme.

noté 4 sur 4

Lucille a été une de ces lectures qui vous retournent un lapin comme une crêpe… Ce pavé de papier (500 pages) a été englobé par Federico d’une seule traite, et c’est comme cela qu’il se déguste : sans reprendre son souffle, impossible de toute façon.

C’est l’histoire de Lucille, auparavant une enfant boulotte, aujourd’hui une adolescente souffrant d’anorexie. C’est également l’histoire d’Arthur, fils de marin qui ne souhaite pas suivre les traces de son père. L’une habite au fond des bois, l’autre sur la falaise. Après leur dures épreuves solitaires, c’est l’histoire de leur rencontre, une découverte amoureuse à la fin de l’adolescence qui les fera renaître pour qu’ils puissent enfin prendre goût à la vie. Mais ces âmes combattantes pourtant longtemps éprouvées n’ont peut-être pas droit au bonheur…

Federico a été véritablement touché par la lecture de ce roman graphique qui se démarque en bien des points de ce qu’on peut avoir l’habitude de lire. Tout d’abord, pas de cases : le dessin de Ludovic Debeurme occupe la page comme bon lui semble mais avec ordre et logique, la lecture demeurant fluide et naturelle. Ainsi, une grande place est donnée aux espaces vides, laissant alors libre court aux décors et aux personnages qui se libèrent. De plus, le dessin défie les lois de l’anatomie, de la beauté et de la perfection : les têtes sont parfois disproportionnées, les corps chétifs, comme les héros ballotés par la vie.

La première partie du roman graphique développe un univers très onirique, qui vous transporte entre forêts, falaises et mer menaçante, les esprits de la nature ne semblent pas loin et le dessin torturé les suggère parfois… Le trait de Ludovic Debeurme est en effet déconcertant, pouvant faire penser aux dessinateurs américains. Si le lecteur peut être réticent au début, on apprend à apprécier ce trait épuré et libre à travers lequel les émotions passent avec force.

Oui, Lucille est une histoire triste et dure, mais la violence et la défaite n’empêchent pas la bande dessinée de faire passer une très belle et poignante histoire d’amour qui ne laisse pas indifférent…

Si vous appréciez Lucille, lisez la suite, Renée. Plus dure, elle a tiré une larme à Federico…

Lucille, Ludovic Debeurme, Futuropolis, 2006, 512 pages, 30 €




pause carotte
Pause carotte