Archives de avril 2012

23
Avr
12

Reste avec moi

Un roman (ado) de Jessica Warman

Les préjugés c’est mal.

Cette incontestable vérité, Federico la connaît bien et c’est pour cette raison qu’il lutte perpétuellement contre ces vilaines idées préconçues qui influencent ses opinions. Malheureusement, les erreurs de jugement touchent même les meilleurs et notre ami lapin va de ce pas vous le démontrer.

Voici les causes du préjugé qui a moisi la dernière lecture de Federico. La couverture du livre, tout d’abord :

Laissons reposer et envoyons la deuxième cause, le résumé de quatrième de couverture (Quoi ?! Tout cela ne serait qu’affaire de marketing ? Peut-être… Federico vous laisse en juger) :

« Quand la perfection et la beauté cachent une monstrueuse vérité…
Elizabeth avait tout pour être heureuse : belle, riche et un petit copain parfait. Pourtant, le matin de ses dix-huit ans, elle se réveille sur le bateau où elle a fait la fête avec ses amis. Et elle voit un corps flotter à la surface de l’eau : le sien…
Pourquoi est-elle encore là, spectatrice de sa propre mort ? Et pourquoi Alex, un garçon de son lycée disparu un an plus tôt, est-il avec elle ? Accident ou meurtre ? Ensemble, ils vont découvrir de terribles secrets trop longtemps enfouis… »

En voyant tout cela, Federico a commencé à regarder ce roman de haut. Un calcul s’est fait dans sa tête. Montage fantastico-romantico-toc + nuages électriques et verts (?!) + titre tout nul qui pue l’amour paranormo-impossible + champ lexical de l’atrocité insoutenable ET secrète + fille superficielle transformée en fantôme + guide mystérieux ET mort (rrrho, on ne devine pas du tout ce qu’il va advenir…) = Gossip Girl chez Black Moon.

Pour résumer, Federico s’attendait à subir une romance impossible chez les macchabées, mitonnée tout exprès pour les adolescentes qui trouvent que les mecs vivants, ça manque de mordant. Quelque chose comme ça en fait.

Alors qu’en réalité, ce n’est pas ça du tout. Mais alors pas du tout. Sauf que Federico a mis les 3/4 du livre à s’en rendre compte. Et ça lui a bien gâché sa lecture. Parce qu’à attendre quelque chose qui n’arrive pas, on passe à côté du récit et on s’ennuie. Avec le recul, cette longueur n’est pas à imputer qu’à l’erreur de jugement de notre ami lapin : Reste avec moi aurait mérité d’être moitié moins long. La première partie traîne beaucoup en longueur et brasse un peu d’air, trop occupée à planter le décor pour la deuxième partie. L’écriture, très ordinaire, ne parvient pas à relever la situation.

Malgré cela, il faut rendre justice à ce roman très sensible, sur un sujet assez douloureux (le résumé en fait un peu trop dans le genre « affreux et terrible », mais quand même, ça rigole passouvent) qui a profité des dernières pages pour émouvoir Federico. L’auteur sonde l’âme des personnages, toute en ambiguïtés, entre zones d’ombre et moments de grâce. Alors que la fourbe couverture nous vend une histoire fantastique et effrayante, Federico y a surtout vu le portrait désabusé de quelques gamins pourris gâtés. Elizabeth est un fantôme assez intéressant qui n’a rien de mieux à faire que de dresser le bilan de son existence doré et de gratter le vernis pour percer le mystère de sa mort. L’auteur joue le jeu du fantôme jusqu’au bout : ses spectres sont incapables de la moindre action ce qui les condamne à observer les vivants et à aller puiser les réponses dans leurs souvenirs. D’où une intrigue qui n’avance pas très vite.

Reste avec moi n’est donc pas un excellent roman mais il vaut bien mieux que ce que Federico en pensait. Notre ami lapin aurait dû écouter la personne qui le lui a mis entre les pattes en lui promettant un ouvrage original et surprenant.

Et pour être surpris, il a été surpris !

Jessica Warman, Reste avec moi, Fleuve Noir, avril 2012, 477 p. (Collection « Territoires »)

10
Avr
12

Quand j’étais déesse

Un roman (jeunesse) d’Irène Cohen-Janca

Rashmila est une déesse déchue. Pourtant ce n’est pas l’héroïne d’un conte mythologique : cette jeune népalaise de 12 ans est bien réelle. À l’âge de 4 ans, elle a été choisie pour devenir la Kumari, représentante vivante de la déesse hindoue Durga. À l’instar des fillettes qui l’ont précédée et de celles qui lui succéderont, elle a été vénérée et couverte d’offrandes jusqu’à ce qu’elle soit chassée de son palais. Redevenue une simple mortelle, Rashmila refuse de dévoiler la raison qui l’a obligée à quitter sa cage dorée. C’est autour de ce secret que Quand j’étais déesse s’articule.

Dans ce (trop) court roman, Irène Cohen-Janca met deux vies en parallèle : celle de la Kumari et celle de la jeune fille qui doit réapprendre à vivre après avoir passé son enfance à regarder le monde du haut de son trône. Si l’auteur nous en apprend beaucoup sur le quotidien contraignant des Kumaris, elle insiste surtout sur le difficile retour à une vie ordinaire.

Tombé par hasard sur un documentaire télé à propos du Népal, Federico avait ainsi découvert l’étonnant destin de ces fillettes. Il s’est donc plongé avec intérêt dans la lecture de Quand j’étais déesse. Hélas, notre ami lapin s’est senti frustré tout au long du livre. Irène Cohen-Janca a réussi à l’émouvoir avec l’histoire de Rashmila mais Federico aurait aimé voir le récit s’étoffer un peu.

Pour la défense de l’auteur et de son ouvrage, rappelons qu’il s’adresse à de jeunes lecteurs et qu’il est publié dans une collection, Dacodac (très intelligente, au demeurant), qui favorise les textes courts mais percutants.

La note de deux carottes est donc un peu dure, mais comme vous le savez, Federico est un lecteur intransigeant qui ne rigole pas avec le cours du Cac Carotte ! Cela ne l’empêchera pas de conseiller ce roman aux lapereaux qui sont curieux d’autres cultures et qui veulent un livre facile à lire.

Irène Cohen-Janca, Quand j’étais déesse, éditions du Rouergue, janvier 2011, 95 p. (Collection « Dacodac »)

06
Avr
12

Les enfants moroses

Une recueil de nouvelles de Fannie Loiselle.

Comme la plupart des humains, Federico n’est pas un grand lecteur de nouvelles. Bien mal lui en a pris jusque-là de bouder ce genre littéraire ; grâce à Fredo, il peut maintenant lire Les enfants moroses.

Première publication d’une jeune québécoise de 26 ans, ces textes sont qualifiés de nouvelles, mais ils ont tous les airs d’un roman. Chaque histoire s’attache à un petit moment, un fait dans la vie de jeunes adultes désorientés, désabusés, désenchantés, taciturnes, à l’humeur ombragée… moroses quoi.

Ainsi, dans les rues de Montréal, on croise Camille, Christophe, Sarah, Audrey… Parfois nommés dans le titre de la nouvelle (« Le voisin d’Audrey »), parfois non identifiés, on recroise plus tard l’un ou l’autre, en se demandant si Audrey est bien la sœur d’unetelle, celle qui avait adopté un serpent, qui coure la nuit et qui trouve une lettre de rupture au verso d’une recette de pain à la banane. Mais les liens entre ces historiettes ont finalement très peu d’importance, ces moments fugaces et anecdotiques nous emportent et nous rappellent les nôtres, lorsque nous avons l’humeur triste ou pensive.

On se laisse guider très facilement par l’écriture de Fannie Loiselle qui peint avec finesse et simplicité le quotidien d’une jeunesse un peu paumée. On songe beaucoup, la tête dans la lune, comme ces êtres moroses qui èrent, un peu perdus, dans leur vie qui stagne un instant avant de repartir.

Avec la très agréable surprise de cette lecture aérienne et émouvante, Fredo a découvert un éditeur québécois qui mérite son attention : les éditions Marchand de feuilles, dont le soin apporté à la fabrication et au graphisme enchante les mains et les yeux de notre écureuil.

Pour finir, il faut noter qu’on trouve dans ce livre une histoire de lapin, celui qui n’a pas d’oreille. Pour être comme tout le monde, on lui conseille « d’arracher les oreilles d’un autre lapin et de se les coller sur la tête ». Le lapin va-t-il oser faire ça ? Moralité de l’histoire : « Dans la vie, on n’a pas tout ce qu’on veut, mais ce n’est pas une raison pour arracher des oreilles. » À méditer.

Les enfants moroses, Fannie Loiselle, Éditions Marchand de feuilles, 2011, 152 pages




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