Posts Tagged ‘policier

15
Oct
13

Le purgatoire des innocents

Un roman de Karine Giebel

noté 2 sur 4

Bon. On ne va pas s’étaler sur l’intrigue parce que ce serait un peu méchant pour ceux qui n’ont pas lu le livre et qui veulent garder la surprise. Pour paraphraser le résumé, disons que quatre braqueurs de banque vont se réfugier chez une vétérinaire en pleine campagne. Très mauvaise idée…

Il semblerait que l’expression « page turner » ait été inventée pour l’écriture de Karine Giebel. Jamais Federico n’avait vu une lecture passer aussi vite. Non pas que l’histoire soit passionnante au point que notre ami lapin oublie la notion du temps : il s’agit plutôt de la fluidité du style qui fait que les yeux glissent sur les pages. Des phrases courtes, des paragraphes de cinq lignes maxi, beaucoup de dialogues et une mise en page indécemment aérée : la recette est simple et pourtant Federico ne l’avais jamais expérimentée à ce point. Signalons que notre ami lapin n’a pas une culture polar très étendue, ceci expliquant certainement cela.©Fleuve Noir

Ceci explique également que Federico soit tombé dans le panneau à chaque révélation renversante, là où les adeptes du genres auront tout vu venir. Mais ce n’est pas des rebondissements de l’enquête que dépendent les nerfs des lecteurs de ce livre, puisqu’il n’y a pas d’enquête. Pendant 600 pages, Karine Giebel nous plonge au cœur du jeu pervers d’un psychopathe. On sait rapidement à quoi s’en tenir sur ce(tte) dernier(e) (voyez comme nous essayons de maintenir son identité top secrète), par conséquent, il ne s’agit pas savoir comment des enquêteurs vont découvrir qui est le-la psychopathe puis le-la mettre hors d’état de nuire, mais de savoir si ses victimes vont s’en sortir et dans quel état. Federico n’a que moyennement apprécié cette tournure du récit et s’il avait hâte de terminer le livre, c’était surtout pour en finir avec la perversion du-de la psychopathe et éventuellement assister à son dépeçage par des crabes.

Vous l’aurez deviné, cette histoire – fort heureusement exempte de détails insoutenables sur les tortures entreprises – n’a pas franchement passionné Federico. Les personnages dont il aurait du avoir pitié et espérer la survie, tout comme le-les-la psychopathes (maintenant, semons le doute sur la quantité) n’ont fait que l’agacer. Heureusement que Karine Giebel maîtrise parfaitement son style : c’est la qualité qu’il faut retenir de cette lecture.

Le purgatoire des innocents, Karine Giebel, Fleuve Noir, mai 2013, 600 p.

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23
Mar
13

L’année du volcan

Un roman de Jean-François Parot

noté 3 sur 4

Nicolas Le Floch est classe : il est dans les petits papiers de Marie-Antoinette, Louis XVI lui fait confiance et en plus il résout des affaires super compliquées tout en mangeant des plats trèèès mauvais pour ses petites artères. Federico s’est décidé à faire sa connaissance lors de la sortie du dernier opus de ses enquêtes. Ce n’était pas l’idée du siècle car, si les enquêtes sont indépendantes d’un livre à l’autre, l’auteur aime bien faire des privates jokes que seuls les lecteurs fidèles depuis le début peuvent comprendre. Par conséquent, notre ami lapin s’est parfois trouvé bien perdu parmi tous les personnages de cette saga.©JC Lattès

Le deuxième point qui a freiné la lecture de Federico est la langue employée par Jean-François Parot. En effet, en plus des innombrables détails qui nous immergent dans cette fin de XVIIIe siècle, l’auteur se plaît à utiliser des mots et des tournures de phrases très usitées à l’époque et totalement désuètes aujourd’hui. Il aura donc fallu quelques dizaines de pages à notre chroniqueur pour surmonter ses petits problèmes linguistiques et se retrouver embarquer dans une passionnante enquête.

Nicolas Le Floch est informé par la reine elle-même (qu’il rencontre à Trianon, ô délice suprême) qu’un courtisan, le vicomte de Trabard, a été retrouvé mort, atrocement piétiné par un de ses chevaux. La souveraine lui demande de mener l’enquête. Le commissaire comprend bien vite que l’affaire ne se résume pas à une fâcherie entre le vicomte et son cheval, mais qu’elle est au cœur d’une sombre histoire qui concerne les plus hautes sphères du pouvoir.

Sans avoir suivi l’évolution de Nicolas Le Floch depuis les débuts de la série, Federico a apprécié de suivre ses réflexions de plus en plus désillusionnées sur les temps troublés dans lesquels l’enquête se déroule. En effet, nous sommes en 1783, les nobles font n’importe quoi, le clergé fait n’importe quoi et les pauvres font les pauvres. Bref, ça commence sérieusement à sentir la guillotine et Le Floch (ainsi que ceux qui l’entourent) perçoivent une sourde colère monter dans le peuple. Sans avoir idée de la révolution qui approche, ils ont conscience que la révolte pourrait bien éclater si les dirigeants du pays continuent à se comporter de façon inconséquente et irrespectueuse.

Incapable de juger de la qualité de cet opus par rapport aux autres, Federico se contentera de dire que c’est un très bon roman policier parfois un peu trop complexe pour notre ami lapin, mais les arcanes du pouvoir sont de bien sombres dédales. Sans être un spécialiste de l’histoire, Federico n’a pas eu l’impression qu’on se moquait de lui. Une fois entré dans l’intrigue, il s’y est trouvé plutôt bien et c’est le principal.

Jean-François Parot, L’année du volcan, JC Lattès, février 2013, 470 p.

19
Oct
12

Les apparences

Un roman policier de Gillian Flynn

Autant vous le dire tout de suite : il n’y a pas grand chose à dire sur le livre de Gillian Flynn.

Ce serait en effet criminel de révéler l’intrigue de cet hallucinant polar ! On peut juste dire que l’histoire de ce roman fort bien nommé commence le jour où Nick rentre chez lui et découvre la maison sans dessus dessous. Détail supplémentaire : sa femme, Amy, a disparu. Cet événement perturbateur est tout d’abord prétexte à une dissection sans complaisance de la vie de couple. Pendant ce temps, l’auteur en profite pour bâtir le labyrinthe dans lequel elle prévoit de nous embarquer. Et puis soudain, paf ! le roman bascule dans le délire paranoïaque et entraîne tout le monde avec lui : les personnages et Federico, qui déjà ravi, continue de se faire mener par le bout du museau !

Mené d’une main de maître, l’intrigue déroule tranquillement ses rebondissements et ménage une délectable tension. Federico s’est régalé à la lecture de ce roman qui allie une chronique sociale pertinente et un thriller psychologique implacable.

Intelligent. Original. Surprenant. Tordu.

Génial.

Gillian Flyn, Les Apparences, Sonatine, août 2012, 400 p., 21,30 €.

27
Juin
11

Les enquêtes d’Enola Holmes

Tome 5 – L’énigme du message disparu

Roman ado de Nancy Springer

En 2006, Nancy Springer a eu la formidable idée de donner vie à la petite sœur du célèbre détective Sherlock Holmes. Pourtant, il aura fallu attendre 5 ans avant que Federico ne fasse la connaissance d’Enola en mettant son nez (par hasard) dans le cinquième tome de ses aventures. Que de temps perdu ! La découverte d’un tel univers aurait mérité d’avoir lieu plus tôt !

Pourtant le pari de départ est très risqué : marcher dans les traces du grand Conan Doyle en prétendant ouvertement que le plus grand détective d’Angleterre n’est pas Sherlock Holmes mais sa petite sœur, il fallait oser. Nancy Springer a osé et aurait pu se casser toutes les dents.

Eh bien il faut croire que cet auteur a une dentition de première qualité car elle relève le défi avec audace et respect pour le modèle. Celui-ci n’est pas envahissant ou convoqué à outrance. Ici Sherlock Holmes n’est plus un détective infaillible mais un frère dont Enola doit se cacher si elle ne veut pas se retrouver engoncée dans un corset au sein d’une institution pour jeunes filles comme il faut. Enola multiplie donc les couvertures afin de passer incognito et de mener ses enquêtes en toute tranquillité dans ce XIXe siècle où la place des femmes était plutôt à la maison à faire la popotte et à mourir en couches que sur la piste de dangereux criminels.

Dans ce tome 5 des aventures de la jeune détective (qui se lit tout à fait indépendamment des autres), Enola remue ciel et terre (discrètement) pour retrouver sa logeuse et éclaircir le mystère qui plane autour de son enlèvement. Cette enquête est d’autant plus importante pour elle que, sa mère ayant disparu quelques temps auparavant, elle considère sa logeuse comme une mère de substitution.

C’est cette profondeur psychologique qui donne sa force au récit. Enola Holmes est une jeune femme qui doit composer avec ses faiblesses pour résoudre ce mystère. Et elle va avoir du travail car Nancy Springer a concocté une intrigue très complète, riche en rebondissements et en personnages ambigus. En plus, elle écrit très bien et ne prend pas son lectorat pour un banc d’huîtres : le style est soigné et le vocabulaire assez recherché pour une série adressée initialement à un public de collège. Et pour couronner le tout, elle a créé un personnage attachant et drôle, ce qui ne gâte rien !

Un livre à recommander aux lecteurs de 11 à 111 ans (si votre mamie à 112 ans elle peut le lire aussi, ça lui rappellera son jeune temps…).

Les enquêtes d’Enola Holmes – Tome 5 – L’énigme du message disparu, Nancy Springer, Nathan, avril 2010, 191 p, 13 € 90.




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