Archive for the '4 carottes' Category

05
Sep
14

Marie-Antoinette

noté 4 sur 4

Vous qui vous précipitez sur le livre de Valérie, Federico vous conseille plutôt ce livre : là, vous en aurez du croustillant, des secrets intimes ou d’état, du scandaaale !

Marie-Antoinette en jogging.

Marie-Antoinette s’apprêtant à sortir chercher du pain.

Marie-Antoinette, c’est l’histoire d’une jeune héritière autrichienne, prénommée Marie-Antoinette, qui est mariée à un flanby au dauphin du Royaume de France. Le jeune homme n’est pas le meilleur compagnon avec qui pump’n up, alors elle se console avec ses potos et ses robes en rideau. Quelques années plus tard, il se décoince grâce à l’intervention de son beauf qui lui fait remarquer que sept ans d’abstinence, c’est pas très bon pour la com’, et qu’un héritier ça ne se recrute pas sur les bancs de l’ENA ou de Sciences Po, non, il faut le fabriquer soi-même. Pendant tout ce temps-là, Marie-Antoinette dansait, jouait au théâtre ou à la ferme, s’achetait des bijoux, des plumes, des robes (et des amis aussi), bref, carpe diem ! Et là, paf ! trois gamins qui lui tombent sur les bras, finito la belle vie, surtout qu’après, paf ! la Révolution ! Alors là c’est la loose totale, la taille du logement de Marie-Antoinette rétrograde d’années en années, de mois en mois ; tous ses amis ont pris la poudre d’escampette, sauf son plan cul avec qui elle échange des textos enflammés. Son mari, devenu obèse, ne sait pas quoi faire, donc il ne fait rien. C’est à en perdre la tête toute cette histoire !

Federico a littéralement dévoré cette biographie romanesque, instructive et trépidante, où l’on suit les pas de cette poupée frivole qui se transforme en héroïne tragique. C’était le premier ouvrage de Stefan Zweig qu’il lisait, et il a été plus que ravi de découvrir ce génie de l’écriture, fin psychologue et narrateur hors pair !

Maintenant, notre ami lapin doit lire toute l’œuvre de Zweig, ainsi que tout plein de livres qui parlent de l’histoire de France, il voudrait aussi revoir le film de Sofia Coppola (qui dit s’être inspirée du livre de Zweig, mais dans son souvenir, ce n’est pas vraiment la même personnalité que nous décrit la cinéaste…), et retourner à Versailles bien sûr… y a plus qu’à !

Marie-Antoinette, Stefan Zweig, Grasset, 1933, 460 pages

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27
Juin
14

Le voyage de Robey Childs

Un roman de Robert Olmstead, traduit de l’anglais (États-Unis) par François Happe

noté 4 sur 4

Un matin la mère de Robey lui demande de partir à la recherche de son père : elle le sent, il court un grave danger. Nous sommes en 1863 et le jeune garçon s’apprête à partir pour un voyage des plus périlleux au travers des États-Unis déchirés par la guerre de Sécession. Le voilà donc en route avec sa vieille jument et une chemise réversible : un côté pour chaque armée. Lors de la première étape, Robey se voit remettre les rênes d’un cheval noir magnifique, puissant et d’une intelligence troublante. Sur©Gallmeister son chemin, le jeune garçon va découvrir un monde qu’il ne connaissait pas et qu’il n’aurait jamais imaginé aussi cruel. Ses pas vont le mener sur le charnier de Gettysburg, mythique bataille qui, si elle n’est pas nommée, est aisément reconnaissable au vu du désastre humain, décrit avec un réalisme qui pourrait émouvoir les lecteurs sensibles.

Dans un article précédent, Federico s’était un peu étalé sur les titres français qui changent totalement de sens vis-à-vis de l’original. Avec ce roman c’est encore le cas : nos amis anglo-saxons ont eu la joie de lire Coal Black Horse, soit « un cheval noir comme le charbon ». L’accent est donc mis sur la relation étonnante entre le garçon et l’animal. Ce dernier semble veiller sur son cavalier et a évoqué à Federico ces animaux mythologiques qui accompagnent les héros dans leur voyage. Le VOYAGE de Robey Childs. Ah ! Tout est lié ! C’est diabolique !!

Ahem…

En fait on s’en moque un peu de savoir qui du cheval ou du garçon est au centre de l’histoire. Le plus important est de souligner la beauté de ce récit d’apprentissage qui voit le jeune Robey parcourir les routes ensanglantées des États-Unis et devenir peu à peu un homme. La barbarie de la guerre, dont on ne voit que les conséquences, est décrite de façon assez crue, sans complaisance. Âmes sensibles, s’abstenir. Pour les autres, délectez vous de la poésie qui marque chaque phrase et donne sa portée mythologique au texte. Entre le comportement étrangement sage du cheval, la beauté lumineuse de la nature, les parts d’ombre des hommes et les réflexions prophétiques de Robey, tout est en place pour nous envelopper dans un récit hors du temps. Robey est un personnage fascinant : sa façon de penser et de regarder le monde en font un personnage solaire, unique et inoubliable.

Tout comme son voyage.

Et son cheval.

Robert Olmstead, Le Voyage de Robey Childs, Gallmeister, avril 2014, 240 p.

21
Avr
14

Les règles du jeu

Un roman d’Amor Towles traduit par Nathalie Cunnington

noté 4 sur 4

Après une période de disette littéraire, le coeur de Federico s’est enfin remis à palpiter pour un livre. C’est à la délicieuse ambiance du livre Les règles du jeu que notre ami lapin doit cette émotion.©10/18

Nous sommes à New York, à la fin des années 1930, la grande Dépression est presque finie, la nouvelle guerre arrive bientôt. Katey, fille d’imigrés russes et Eve, débarquée du Midwest, sont bien décidées à rejoindre la bonne société locale, les wasp. Quand elles rencontrent Tinker, un jeune banquier sur la bonne voie de la fortune, leur énergie communicative fait des étincelles et le nouveau trio va faire les quatre cents coups dans la ville qui ne dort jamais. Entre les folles nuits new-yorkaises arrosées de champagne et les dures journées au bureau, la transition est parfois difficile. C’est dans cette ambiance mi-figue mi-raisin, où l’on passe de l’euphorie à l’amertume que les héros évoluent.

Régulièrement, Federico a interrompu sa lecture devant quelques phrases génialement tournées. À l’image de ces héroïnes indépendantes et audacieuses, ce roman est plein d’esprit et d’ironie. Pourtant, quand les sentiments s’en mêlent, le masque tombe et le ton devient beaucoup plus doux. Parce qu’elle est racontée sur le ton du souvenir par une Katey qui a laissé les jours de vache maigre derrière elle, cette histoire porte l’empreinte de la nostalgie et de la lucidité face aux folles espérances de la jeunesse.

Le titre original du livre est Rules of civility, une référence au recueil de bonnes manières écrit par le jeune George Washington, Rules of Civility & Decent Behavior in Company and Conversation, qui fait un peu office de fil rouge dans l’histoire. À cet égard, le titre français est un peu à côté de la plaque.

Ce roman a reçu le prix Scott Fitzgerald et même pour Federico, qui n’a jamais lu cet auteur ni vu aucune des adaptations de ses romans, la référence est assez évidente.

Amor Towles, Les règles du jeu, 10/18, octobre 2013, 473 p.

 

21
Mar
14

Les enfants sauvages

Un roman de Louis Nowra, traduit par Arnaud Baignot et Perrine Chambon, lu dans le cadre de Masse critique de Babelio.

noté 4 sur 4

Voilà un roman qui a chamboulé notre ami lapin, à tel point qu’il lui a fallu des semaines avant de parvenir à mettre des mots sur cette lecture !

Mais voici les mots qu’il a trouvé : intense, sauvage, viande, mélancolie…

Avant, lorsqu’il entendait « enfant sauvage », Federico voyait tout de suite débouler Victor et le docteur Itard, Truffaut et même Gotlib. À cause de ses cours de philo. Désormais, notre ami lapin aura en tête la Tasmanie, les tigres, Hannah et Becky, et ce n’est pas plus mal.

© Denoël, 2014Au XIXe siècle, Hannah a 6 ans et vit en Tasmanie avec sa mère et son père qui passe de longs mois en mer sur un baleinier. Un jour, le voisin (qui n’habite pas non plus la porte à côté), veuf, part en vadrouille en leur laissant sa fille de 7 ans, Becky. La petite famille et son invitée partent en barque pique-niquer dans le bush. Une tempête se lève, la barque se retourne, les parents se noient, les fillettes se retrouvent complètement seules… Mais des yeux les observent, et c’est là qu’elles trouveront leur salut.

Pour survivre dans la nature, les fillettes vont tout simplement vivre comme les tigres qui les ont recueillies : marcher à quatre pattes, vivre la nuit, nues, chasser leur nourriture et la manger sur place, dormir au chaud dans la tanière, migrer avec les saisons… pendant quatre année, jusqu’à ce qu’on les retrouve. Mais sont-elles des petites filles ou bien des tigres ?

Si Federico est un rongeur de carotte, il n’en a pas moins ressenti le goût du sang dans les pages de ce bouquin : lorsque les fillettes se jettent sur leur proies qu’elles dévorent goulument, faisant fi des convenances, ce qui ne donne plus trop envie de manger du steack, même hâché. Le lien entre les deux enfants est également surprenant : de camarades de jeu, Becky devient plus qu’une sœur pour Hannah, un membre de sa meute. Quant aux tigres de Tasmanie, *point wikipédia* sachez que l’espèce est considérée comme éteinte depuis 1936, donc bonne chance pour survivre si un jour vous vous perdez dans le bush, ne comptez pas sur les diables de Tasmanie. Il est aussi question de baleines dans ce livre (pas encore décimées celles-ci), ainsi que de l’ambre gris, ce qui rajoute un goût de sel à celui du sang, un régal.

Mais surtout, l’histoire de Hannah et Becky nous ramène aux fondamentaux de la vie. On se demande pourquoi on se prend la tête avec le métro, les rolex et la béchamel, alors que vivre c’est avant tout manger ce qu’on trouve et dormir où on peut. L’histoire des fillettes est tellement puissante et en dehors de tout repère qu’elle n’a pas laissé notre ami lapin indifférent, loin de là. Pour dire, avec ce livre, Federico a atteint des niveaux de questionnements comme « l’être humain est un animal comme les autres », « qu’est-ce que la vie ? », « dans quel état j’erre ? » (finalement la philo n’est pas très loin, nature/culture, toussa). Une réponse qui est certaine, c’est que Les enfants sauvages va y rester sur l’étagère de Federico !

Les enfants sauvages, Louis Nowra, Denoël, mars 2014, 176 pages

11
Mar
14

Le royaume de Tobin

Un roman de Lynn Flewelling, traduit par Jean Sola

noté 4 sur 4

Notre ami lapin s’est récemment retrouvé dans une situation que les humains appellent un arrêt de travail et s’est vu contraint de rester dans son terrier, sur son canapé, à lire des livres. Ouh le pauvre. Bon, il avait quand même un peu mal aux dents. C’est le moment que Lynn Flewelling a choisi pour entrer dans son existence, et ce, pour le meilleur.

Avant de nous égarer dans les superlatifs, résumons, résumons.

Le Royaume de Tobin se tient dans un royaume (et oui, étonnant non ?), Skala, petit pays ©J'ai Luparcouru par toutes sortes de magiciens. Une prophétie veut que tant qu’une femme en sera reine, le territoire sera en sécurité. Heureusement pour le lecteur, l’antagoniste, en la personne du roi Erius, s’empare du trône après la mort de sa mère, la folle Agnalain, et se lance dans une croisade sanglante contre les héritières potentielles. Renonçant à ses prétentions, sa sœur Ariani est épargnée. Malgré les efforts d’Erius pour supprimer les opposants et réduire l’influence des magiciens, ces derniers continuent de croire en la prophétie. L’une d’elle, Iya a une vision : Ariani est enceinte de jumeaux et sa fille doit devenir la reine qui sauvera Skala de la maladie, de la famine et des envahisseurs. Pour empêcher l’assassinat de l’enfant, elle recrute une sorcière qui va utiliser une magie interdite afin de la transformer en garçon. Le prix à payer est la mort du frère jumeau de celle qui va grandir sous le nom de Tobin, dans un corps de petit garçon. Mais au fil des années, les conséquences de cette transformation vont s’avérer plus graves et dangereuses que prévu.

Trop parler de la structure du livre exposerait Federico à des fuites d’informations capitales. Disons simplement que le récit se concentre sur l’adolescence de Tobin, jeune noble appelé à devenir un chevalier membre de la prestigieuse garde du r©J'ai Luoi. À une époque où Erius a interdit aux femmes le droit de prendre les armes, on devine le problème que pourra poser la révélation de la vraie nature de Tobin. Son enfance nous est contée dans les moindres détails et ses émois nous sont tous révélés. Malgré l’apparente insignifiance de certains moments, décrits aussi longuement de les évènements les plus cruciaux, Federico n’a jamais cessé d’être captivé par l’histoire. Au contraire, cela crée une grande proximité entre ce personnage, ses compagnons, et le lecteur. Dans le même temps, la construction du récit donne parfois d’être plongé dans un roman de chevalerie écrit pour rendre compte de l’histoire légendaire de Skala. En effet, grâce à une habile insertion de textes ultérieurs à l’histoire en cours, l’auteur nous fixe rapidement sur le destin de Tobin. Ainsi, l’important n’est plus de savoir ce qu’il va advenir d’elle/de lui, mais comment il/elle va y parvenir et de quelle façon son entourage va se comporter. Avec les chapitres consacrés à Iya et son élève Arkoniel, la magie se trouve placée au centre du récit, ce qui n’a eu de cesse de titiller l’imagination et la curiosité de notre ami lapin. La présence d’un démon vindicatif tapi dans l’ombre de Tobin apporte son grain de mystère et de suspens, particulièrement dans le tome un. Quant aux batailles offertes par les tomes deux et trois, elles ont laissé notre ami lapin sur le p©J'ai Luompon ! Bien d’autres choses ont fait vibrer notre Federico dans cette histoire, mais on ne va quand même pas tout vous raconter !

Le Royaume de Tobin est rapidement devenu le genre de livre qu’on ne laisse de côté qu’à regret et qui vous fait passer l’envie de travailler, manger, dormir, se laver… Bref, Federico y aurait bien passé ses journées et au moment de lire la dernière phrase du dernier chapitre du dernier tome, notre ami lapin a bien failli tomber dans la déprime. Comme il aurait aimé rester à Skala encore quelques tomes ! Quelques semaines après sa lecture, il s’en émeut encore.

Si comme Federico vous ne savez plus quoi inventer pour vous distraire en attendant que George R. R. Martin écrive le tome 6 du Trône de Fer (et accessoirement que les comptables de chez Pygmalion le déchiquettent en trois tomes), lisez donc Le Royaume de Tobin. C’est un peu moins génial certes et il n’y a pas de gros dragons, mais c’est surtout moins éprouvant car il y a moins de personnages, moins de complots, moins de morts brutales et moins d’inceste.

Lynn Flewelling, Le Royaume de Tobin, L’intégrale 1, J’ai Lu, septembre 2011, 704 p.

Lynn Flewelling, Le Royaume de Tobin, L’intégrale 2, J’ai Lu, mars 2012, 698 p.

Lynn Flewelling, Le Royaume de Tobin, L’intégrale 3, J’ai Lu, septembre 2013, 695 p.

10
Fév
14

Marathon critique à la bourre

Federico a eu une fin d’année 2013 très riche en belles découvertes littéraires. Malheureusement, notre ami lapin a un peu trainé de la patte pour les chroniquer. Il est aujourd’hui bien décidé à réparer cette erreur, mais ces lectures datant un peu, il opte pour cette formule que vous connaissez bien : le marathon critique !

Après la salve de zéros carottes pour des bandes dessinées toutes nulles, voici une botte de trois, voire quatre carottes pour des romans, tous genres confondus, qui valent le détour !

Les chroniques de Wildwood

©Michel LafonPrue vit à Portland avec ses parents et son petit frère Mac. Tout va très bien jusqu’au jour où Mac est inexplicablement enlevé par un groupe de corneilles ! Ces dernières l’emmènent vers le territoire interdit, une partie de la ville recouverte d’une forêt où nul n’ose s’aventurer, de crainte de ne jamais en revenir. Se sentant terriblement coupable de cet enlèvement, Prue cache la vérité à ses parents et décide de braver le danger : elle part à la recherche de son frère, accompagnée par un camarade d’école, Curtis.

Ce roman est très rafraichissant, surtout pour un lapin qui a un peu perdu l’habitude de lire des romans jeunesse. L’imagination débordante de Colin Meloy a donné naissance à un univers plein d’aventures et de créatures étonnantes. L’auteur sait suivre les codes du roman d’apprentissage tout en s’éloignant des schémas vus et revus. Son histoire regorge de bonnes surprises. Les deux héros sont très crédibles, absolument normaux face aux dangers et aux responsabilités qu’ils doivent affronter. Les illustrations naïves de Carson Ellis complètent très bien le récit et renforcent le côté « bel objet » du livre. Federico a trouvé certains passages un peu simplistes, mais l’histoire est prenante et il a passé un excellent moment. Notre ami lapin lira très probablement la suite un jour (il disait la même chose avec Sublutetia, qui en compte déjà deux et qui n’ont toujours pas rejoint ses étagères !)

La terre fredonne en si bémol

Voici un très joli roman qui a entraîné Federico sur les terres galloises dans les années 1950. L’héroïn©10-18e, Gwenni, est une fille de 12 ans qui parvient à concilier une imagination débordante et une famille tristement terre à terre. Quand un homme disparaît, tout le petit village est en émoi et chacun y va de son commérage. Malgré les barrières qui se dressent devant elle – parmi elles, la folie grandissante de sa mère – Gwenni décide de mener l’enquête à sa façon, ce qui va l’amener à sonder les secrets de chacun.

Aussi rafraichissant qu’une promenade dans les vertes contrées galloises, ce roman est un petit bijou de simplicité narrative et de fantaisie, tout en étant emprunt d’une certaine complexité cachée dans les non-dits. Cette complexité est celle du monde des adultes et tout au long de sa lecture Federico espérait qu’elle n’affecte pas l’univers de Gwenni. Conte, roman d’apprentissage, chronique familiale, ce roman est un peu tout cela à la fois. Il est surtout un petit trésor de littérature qui est passé assez inaperçu. Courrez chez votre libraire pour réparer cette erreur !

Un intérêt particulier pour les morts

Ce roman vaut surtout pour son contexte – Londres en pleine ère victorienne –  et son héroïne – une jeune femme dont le manque de ressources financières est compensé par une grande vivacité d’esprit. Elizabeth Martin débarque à Londres pour y prendre la place de demoi©10-18selle de compagnie d’une veuve. Celle qu’elle remplace s’est honteusement enfuie avec un homme (gourgandine !), mais elle n’est pas allée bien loin puisqu’on retrouve bientôt son cadavre sur le chantier de la future gare de Saint Pancras. Sentant bien qu’elle vient d’arriver en terrain miné, Elizabeth décide d’anticiper sur de futurs ennuis en menant sa propre enquête. Inutile de préciser qu’elle va s’en attirer plein de nouveaux, des ennuis. Heureusement, Benjamin Ross, le sympathique commissaire de Scotland Yard chargé de l’enquête officielle garde un œil sur elle. Le lecteur suit parallèlement les investigations d’Elizabeth et Benjamin, narrées de leur point de vue, ce qui est une bonne façon de tenir en haleine car on a toujours une petite longueur d’avance sur les personnages.

L’enquête, menée avec les moyens de l’époque et dans le strict respect des convenances (ce qui limite pas mal la marge de manœuvre), se tient très bien, jusqu’à la résolution finale qui flirte un peu avec la facilité. Mais les personnages sont tellement charmant qu’au final, Federico n’en a pas tenu rigueur à l’auteur. La bourgeoisie hypocrite et coincée en prend pour son grade, plus préoccupée à sauver les apparences que par la résolution du crime. Heureusement, quelques personnages plus nuancés empêchent le récit de tomber dans la caricature. Notre ami lapin a pris beaucoup de plaisir à cette lecture. Un intérêt particulier pour les morts est un roman qu’on a pas envie de lâcher, moins grâce à l’intrigue policière qu’aux intrigues romantiques qui brouillent les pistes en filigrane et apportent un peu de piment à l’histoire.

La dernière fugitive

Federico a décidément un truc avec les héroïnes parties de rien qui bravent les dangers d’une nature sauvage et des hommes à peine moins sauvages. Après La veuve et Sous la terre, voici La dernière fugitive. Le dernier roman de Tracy Chevalier est le premier que notre ami lapin réussit à finir. Jamais vraiment attiré par La jeune fille à la perle il s’était cassé les incisives sur ©Quai VoltaireProdigieuses créatures.

Honor Bright, jeune quakeresse, quitte sa confortable Angleterre et le cocon familial pour suivre sa sœur vers l’Ohio pas complètement civilisé de cette moitié de XIXe siècle. Frappée de plein fouet par un drame à peine arrivée aux États-Unis, elle va apprendre à s’affirmer à contre courant du carcan de sa communauté, tout en respectant les valeurs égalitaristes de cette dernière. Ainsi, dans le pays de la liberté, elle va se mettre en danger pour venir en aide à des esclaves en fuite. Perpétuellement tiraillée entre ses convictions, ses émotions et sa peur d’une loi injuste, Honor (à ne pas confondre avec Hodor, du Trône de fer) va malgré tout prendre son existence en main, ce qui, pour une femme de cette époque était en soi un sacré défi. Cette quête est décrite de telle façon, en s’attachant aux détails et aux impressions de l’héroïne que Federico a été emporté dans son sillage. Honor est de ces personnages qu’il est passionnant de voir évoluer dans l’adversité. L’écriture de Tracy Chevalier est belle, et les ellipses sont très bien amenées grâce aux lettres échangées par les personnages. Un excellent roman dont on sort grandi… et avec une furieuse envie de faire du patchwork (le sport national quaker).

Sous la glace

Federico a adoré ce policier qui s’éloigne radicalement de la tendance actuelle des polars glauques et tourmentés. Sous la glace ne se consacre pas à disséquer les noirceurs de l’âme humaine mais plutôt à en extraire toute la lumière. Cette histoire – deuxième volet des enquêt©Actes Sudes d’Armand Gamache après Nature morte – nous emmène dans le village typiquement Québécois de Three Pines pour tenter d’élucider le mystérieux assassinat d’une femme mégalomaniaque détestée de tous. L’ambiance de Noël est extrêmement agréable : Federico avait envie de se blottir dans un plaid bien chaud et de ne jamais cesser sa lecture ! L’enquêteur est un homme charismatique, intuitif et très humain qui s’attache aux détails qui font des gens ce qu’ils sont.

L’enquête au cœur du roman ne nous plonge pas dans un insoutenable suspens mais donne lieu à une trame plus classique, proche du whodunit, axée sur l’observation attentive des personnages et des interrogatoires plein d’empathie, plutôt que sur la crainte liée à la présence du criminel dans les parages. Louise Penny relie ses romans entre eux grâce à une menace qu’elle fait planer sur Armand Gamache depuis Nature Morte et qui, à la fin de Sous la glace semble encore plus présente. Le mystère qui entoure les collègues de l’enquêteur semble encore plus opaque. Pour Federico, qui n’a pas lu le premier opus, l’absence de certains éléments a quelque peu manqué à la compréhension totale de la situation, mais Louise Penny a su construire son roman de façon à ce que le lecteur qui prend la série en cours de route ne soit pas du tout perdu. Ce côté flou renforce au contraire l’aura très particulière qui se dégage d’un livre dans lequel il est beaucoup question de poésie, d’art, de mysticisme et de degrés en dessous de zéro. Intrigant et unique !

Récap’ :

Collin Meloy, Carson Ellis, trad. Jean-Noël Chatain, Les chroniques de Wildwood, Michel Lafon, novembre 2012, 520 p.

Mari Strachan, trad. Aline Azoulay-Pacvon, La terre fredonne en si bémol, 10/18, décembre 2013, 357 p.

Ann Granger, trad. Delphine Rivet, Un intérêt particulier pour les morts, 10/18, juin 2013, 379 p.

Tracy Chevalier, trad. Anouk Neuhoff, La dernière fugitive, Quai Voltaire, octobre 2013, 373 p.

Louise Penny, trad. Michel Saint-Germain, Sous la glace, Actes Sud, septembre 2013, 455 p. [Collection Babel Noir]

27
Jan
14

Saison brune

Une bande dessinée de Philippe Squarzoni.

noté 4 sur 4

Federico a trouvé cette bande dessinée au festival d’Angoulême.

Comment ça « le festival n’a pas encore eu lieu » ? Ah mais notre ami lapin vous parle de l’édition de l’année dernière ! Eh oui, il a mis un an à lire Saison brune. Pour être précis : 6 mois à s’y mettre, et 6 mois pour le lire. Pourquoi ?

Trois choses simples :

1. cette BD est un pavé : 480 pages, en noir et blanc.

2. cette BD est une enquête scientifique, économique et sociétale, sur le climat. Pointu donc.

3. cette BD est déprimante. Et oui, le changement climatique et la fin du monde, c’est déprimant.

Federico va avoir du mal à disserter sur cette bande dessinée, car il n’est pas un lapin savant, il aurait peur de dire des bêtises, et parbleu, 6 mois c’est long, on en oublie des trucs !

Quoi qu’il en soit, il FAUT que vous lisiez Saison brune ! Il s’agit d’un recueil condensé et un peu romancé des recherches et bilans sur le changement climatique (et une parfaite synthèse des documentaires d’Arte). On y parle du GIEC et de ses rapports, des ères climatiques, de l’activité humaine et de ses impacts, de la crise énergétique (et donc des énergies renouvelables et des énergies fossiles), des climato-sceptiques, des lobbys, de la hausse du niveau de la mer et ses conséquences, des mouvements de population, de l’ouragan Katrina, des gaz à effet de serre, des 4×4, de la surconsommation, des seuils critiques et des points de non retour, etc., etc. Toutes ces choses formidables et gaies qui donnent la banane à Federico !

© Delcourt, 2012Après avoir creusé à fond son sujet et esquissé les solutions promues par les défenseurs du climat, Squarzoni a une triste conclusion, avec laquelle malheureusement Federico est d’accord… Elle se résume en 3 points. 1. On sait ce qu’il faut faire pour éviter le point de non retour, 2. La porte de sortie est très étroite, 3. Mais on ne va pas prendre cette porte et foncer dans le mur, le changement de nos sociétés aura alors lieu, mais sous la contrainte et dans un climat d’inégalités aggravées entre les peuples. Youpi.

Néanmoins, notre ami lapin est très content d’avoir lu Saison brune, car il aime bien être au courant, et parce que c’est une bande dessinée de qualité : elle est extrêmement documentée, donc très sérieuse, mais certes ardue, donc il faut se concentrer. C’est autre chose que ça. Bon d’accord, ç’a n’est pas comparable !

En plus, le ton de l’auteur est nostalgique et parfois poétique. Et si le lyrisme est parfois trop éparpillé, cela reste bienvenue dans un livre politique et engagé (où on a parfois des pages entières de retranscription d’entretien…), et le message n’en est que plus fort : la beauté du monde que l’on connait actuellement est éphémère… et c’est nous qui en sommes le destructeur.

Il faut aussi compter avec les dessins qui gèrent agréablement le noir et blanc, d’un réalisme minutieux, à la fois figés et vivants… on dirait des photos en fait.

Pour notre ami lapin, cette bande dessinée est un pavé de chevet, un livre de référence, une source de questionnement et de réflexion. Et maintenant, il va lire le dernier Astérix.

Saison brune, Philippe Squarzoni, Delcourt, 2012, 480 pages




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