Archives de juin 2012

23
Juin
12

Dragonville, tome 1 : Porcelaine

Un roman (adulte) de Michèle Plomer.

Agréable découverte que ce roman de vie et d’aventure, entre la Chine et le Québec, entre 1910 et 2010. Notre ami écureuil vous conseille vivement ce roman, premier tome d’une trilogie, un nouveau titre de l’éditeur Marchand de feuilles dont il a déjà parlé ici, une belle fable pour votre été.

Dragonville alterne donc entre deux époques et deux pays. Nous suivons d’un côté les pas de Sylvie, québécoise revenue dans sa ville natale après de longues années passées en Chine. Sylvie rachète une ancienne blanchisserie et entreprend de la rénover afin d’y ouvrir pour la saison touristique une boutique de chinoiseries. Mais, pendant les travaux, les murs dévoilent d’innombrables inscriptions calligraphiées et d’étonnantes fresques représentants de majestueux dragons… Sylvie se lance dans la recherche de l’histoire de ces mystérieux idéogrammes incrustés dans les murs de ce modeste local situé aux abords d’un lac comme on en trouve des centaines au Québec.

De l’autre côté du globe, cent ans auparavant, c’est l’histoire de la ville de Hong-Kong qui nous est racontée. Celle du jeune Li à la beauté ravageuse et de sa mère, celle du commissaire de police écossais qui tente de déjouer les mystères de la ville, et surtout celle de Jung, le dragon protecteur de la cité, qui, en cachette, règne depuis des siècles sous les traits d’une femme.

Le destin de Sylvie semble lié à celui de la ville chinoise du début du siècle. De retour chez elle après le décès de sa mère, l’héroïne est désorientée par les responsabilités et les choix auxquels elle doit faire face. La rêverie de la boutique de chinoiserie qu’elle souhaite ouvrir sur la rue Principale se heurte à la réalité immobilière de la région : la vieille maison de son grand-père est la dernière demeure encore en place sur la rive près du lac, entourée par les nouvelles constructions modernes, futures résidences secondaires des citadins les plus fortunés.

Fredo a été emporté par cette lecture à la fois réelle et exotique, dont l’écriture franche se permet, avec naturel, quelques fantaisies et, bien sûr, quelques québécismes. Plus que l’histoire d’amour qui traverse les siècles, c’est la quête de Sylvie qui a le plus touché notre ami écureuil : l’héroïne est à un tournant de sa vie et recherche les valeurs et les projets qui pourraient l’emmener plus loin dans son parcours. Un « Qui suis-je ? Où vais-je ? » un peu plus ancré dans le quotidien, et qui nous emporte dans une agréable aventure.

Dragonville, tome 1 : Porcelaine, Michèle Plomer, éditions Marchand de feuilles, 2010, 314 pages.

17
Juin
12

La fille de l’archer

Un roman de Serge Brussolo

Serge Brussolo a beau être un auteur très productif et surtout, très reconnu, Federico aura attendu qu’on lui mette son dernier ouvrage dans les mains pour faire sa connaissance.

Enchanté de cette rencontre, notre ami lapin va de ce pas vous en dire plus sur ce roman qui l’a tenu en haleine jusqu’à la fin.

S’il y a une leçon à retenir de La fille de l’archer, c’est que le Moyen-Âge est résolument une époque où il ne fait pas bon vivre. Non seulement on était un vieillard à 40 ans (quand on était pas mort avant de pleins de morts douloureuses et purulentes) mais en plus les maisons étaient mal isolées et par dessus tout, les gens étaient franchement crades. Federico vous fera grâce des détails triviaux mentionnés par l’auteur, mais une chose est sûre : à cette époque, en France, il valait mieux ne pas avoir l’odorat trop fin.Voire pas d’odorat du tout. Car, 8 siècles plus tard, cette puanteur émane encore des pages du roman de Serge Brussolo qui nous immerge avec brio dans cette ambiance de début de guerre de cent ans.

C’est donc tout naturellement que Federico s’est retrouvé à suivre les pas de Wallah, 15 ans, fille d’un imposant guerrier Viking, Gunnar. Elle survit avec ce dernier au sein d’une troupe de saltimbanques menés par Bézélios, baratineur professionnel et montreur de fausses créatures fantastiques. Contrairement aux autres membres de ce groupe très bigarré, Wallah n’a aucun talent particulier :  elle est donc considérée comme une bouche inutile à nourrir par Bézélios, qui envisage même de la prostituer. C’est alors que tout bascule pour la troupe et surtout pour Wallah. Une succession d’événements tragiques et inattendus – dont on ne vous révélera rien ici, z’avez qu’à lire la quatrième de couverture – va métamorphoser la frêle jeune fille en une impitoyable guerrière. Fine archère – un don empoisonné ? – l’héroïne devient alors la meneuse d’une chasse qui va l’entraîner dans les coins les plus noirs de l’âme humaine.

Serge Brussolo orchestre cette quête avec un grand talent. Il balade son lecteur dans ce roman d’aventure à l’ambiance légèrement fantastique, distillant un suspens qui a souvent fait se dresser les poils de Federico sur son petit dos. Notre ami lapin a été absolument emballé par ce roman qui ne s’échappe jamais de l’intrigue principale pour mieux la détailler et la rendre vivante.

Serge Brussolo, La fille de l’archer, Fleuve Noir, juin 2012, 304 p.

11
Juin
12

Federico au far west

Le saviez vous ? Federico aime les westerns. Ouaip.

Il n’y connaît pas grand chose, mais du peu qu’il ait vu, tout est dans l’ambiance. Notre ami lapin aime la poussière du désert, la musique des saloons, les silences qui en disent long, les duels méchant vs gentil qui suspendent le temps, le clic d’un revolver qu’on arme, le sifflement des balles qui ricochent sur rien, Clint Eastwood, Steeve McQueen… Il ne manque plus qu’un lapin à éperons qui font « kling » et on approcherait la perfection.

La plus grosse dose d’ambiance western euphorisante qu’a goûté Federico se trouve dans… un livre ! Ce même livre s’étant transformé en un formidable film, il était temps que votre chroniqueur aux longues oreilles vous fasse part de son enthousiasme.

Étape 1 : True Grit, le (génial) roman de Charles Portis, publié en 1968

Mattie Ross a 14 ans quand son père est assassiné par son contremaître Tom Chaney. Ce dernier prend la fuite vers les territoires indiens. Mais Mattie est bien décidée à ce que justice soit rendue, quitte à aller chercher Chaney par la peau des fesses. La jeune fille, loin d’être une gourde, sait pourtant qu’elle n’y parviendra jamais seule. Elle entreprend donc d’embaucher le marshall le plus coriace du secteur, Rooster Cogburn. Pourquoi lui ? Parce qu’il a du cran. Et au fil du livre, on découvre que Mattie n’en manque pas non plus, qu’il s’agisse de négocier des poneys (preuve de plus que le far west est coolissime : il y a des poneys) ou de tenir la dragée haute à un Texas ranger (non, ce n’est pas Chuck Norris) également à la poursuite de Chaney.

Dès les premières lignes, Federico était prêt à prendre la direction du fan club de Mattie Ross. Charles Portis a eu la merveilleuse idée de lui confier la narration de son livre. Il en résulte un ton très franc et un regard sans concession sur les différents protagonistes. Mattie est une fille droite dans ses principes, réfléchie, parfois un peu naïve mais jamais stupide et dotée d’un sens acéré de la répartie. Ce fut un délice pour notre ami lapin de la voir évoluer dans l’univers brut et sauvage des territoires indiens.

L’écriture de Charles Portis est rêche et terriblement efficace : elle donne vie en quelques mots à des personnages qui ont, à l’instar de Mattie et de Cogburn, marqués notre ami lapin. Il n’y a aucun temps mort dans l’action et le final, littéralement explosif, a laissé Federico tout chose.

Étape 2 : True Grit, l’épatant film réalisé par Joel et Ethan Cohen en 2010

True Grit est un livre tellement formidable qu’un an après sa sortie, il était déjà adapté au cinéma avec John Wayne dans le rôle de Rooster Cogburn. Ça calme. Mais Federico il s’en moque car il n’a jamais vu ce film (qui est très bon, paraît-il). Par conséquent, en allant voir la version des frères Cohen, il n’avait que le livre pour référence, ce qui place la barre assez haut.

La bande annonce (que voici) laissant présager du meilleur, c’est un Federico frétillant d’impatience qui s’est rendu au cinéma un soir de février, en 2011.

Une heure et cinquante minutes plus tard, c’est un lapin aux yeux émerveillés par tant de westernitude qui est sorti de la salle obscure.

Malgré quelques écarts nécessaires à l’adaptation cinématographique, ce film reste très fidèle au livre dont il est tiré. Les frères Cohen (non cela ne désigne pas une bande de voleurs) ont réussi à extraire l’atmosphère de sa maison de papier et à lui donner son indépendance.

Les acteurs, les dialogues, la musique (plus discrète que dans la BA), les décors… Federico n’arrive pas à mettre la patte sur un défaut. Tout s’articule avec un naturel qui enveloppe le spectateur et l’embarque dans le mythe du western. Alors qu’il regardait True Grit pour la seconde fois sur son petit écran, Federico ne cessait de se dire « nom d’un pâté de carottes, ce film est formidablement génial ! ». Notre ami lapin est à chaque fois ému par cette ébouriffante aventure, et surtout par Mattie, personnage littéraire passionnant, interprétée avec beaucoup d’aplomb par Hailee Steinfeld. Au cœur d’un casting aux petits oignons, c’est elle qui retient le plus l’attention de Federico : très naturelle, elle parvient à donner vie aux différentes facettes de Mattie.

Il va sans dire que la prochaine fois que vous ne saurez pas quoi faire de votre argent, suivez les conseils de votre dévoué chroniqueur et investissez dans du divertissement de qualité. Ce sera toujours plus fiable que les actions Tête de Livre…

01
Juin
12

Lointain souvenir de la peau

Un roman de Russel Banks

Désireux de découvrir cet auteur majeur de la littérature étasunienne, Federico s’est attaqué à son dernier roman Lointain souvenir de la peau. Il y a fait l’étonnante rencontre du Kid, un jeune homme condamné pour délinquance sexuelle. Sa peine de prison purgée, il se retrouve en liberté surveillée. Le terme de liberté est un peu fort quand on sait que le Kid à l’interdiction de quitter la ville de Calusa et de s’approcher des lieux fréquentés par des enfants. Le seul endroit qu’il lui reste alors est un viaduc où d’autres délinquants sexuels ont élu domicile. Bientôt le Kid attire l’attention du Professeur, un homme venu étudier les sans abris, qui va l’entraîner dans ses mystérieux projets.

Federico a trouvé ce roman long et la première partie ne l’a pas captivé, si bien qu’il l’a lue par toutes petites bouchées. Erreur : notre ami lapin n’en a éprouvé que plus de difficultés à entrer dans l’histoire, devant à chaque fois se remettre dans la peau très inconfortable des deux protagonistes. En réalité, Lointain souvenir de la peau n’est pas un divertissement immédiat et facile, c’est un roman exigeant envers son lecteur qui doit être considéré dans sa globalité. De ce fait, c’est en lisant la deuxième partie de l’ouvrage puis après l’avoir refermé définitivement que Federico a compris la portée de cet ouvrage magistral.

À travers le parcours de ces deux personnages, c’est toute une partie de la société qu’a approché Federico : les marginaux. Ceux qui ne répondent pas aux codes de la normalité et que la communauté cherche – plus où moins consciemment – à effacer de la carte. Notre ami lapin est resté perplexe face au personnage du Professeur, qu’il a eu beaucoup de mal à cerner et à ne pas considérer plus comme un ordinateur que comme un humain. En revanche, au cours de sa lecture, il a ressenti une empathie grandissante pour le Kid, constamment rappelé à sa « déviance » et qui en souffre dans sa chair et dans sa tête.

Comme on peut le lire ici, Russel Banks montre comment l’ère virtuelle a déconnecté les gens de leur propre corps. Pourtant, ce n’est pas ce qui a le plus frappé Federico. En terminant ce livre, notre lecteur aux longues oreilles est resté très pensif face à la description d’un système qui stigmatise les condamnés et les oblige à vivre en marge de la société. Comme si contraindre ces hommes à se cacher sous l’ombre du viaduc pouvait permettre de les faire disparaître définitivement.

Alors pour une fois, ce n’est pas en se basant sur son plaisir de lecteur que Federico attribue sa note. Il donne 3 carottes à la complexité et l’intelligence d’un roman aux multiples niveaux de lecture qui n’a eu de cesse de le questionner.

Russel Banks, Lointain souvenir de la peau, Actes Sud, mars 2012, 448 p.




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