Posts Tagged ‘SF

18
Août
14

Marathon critique BD, in 2014 we trust

La honte… Federico vous promettait de chouettes lectures le mois dernier, mais il est lâchement parti en vacances, vous laissant vous morfondre des semaines sans savoir quelles bandes dessinées lire sur la plage/montagne/couette/glacier/parapluie/pirogue/métro (choisissez le bon lieu de villégiature)… Pour se faire pardonner, voilà de la BD cru 2014, qui, elles, ne vous décevront pas. C’est parti mon kiki !

Adrastée

Commençons par un coup de cœur !

© Ankama, 2013Un roi immortel se réveille après mille ans passés immobile sur son trône ; son palais de l’ancien royaume d’Hyperborée est désert, envahi par la végétation. L’homme retrouve peu à peu ses souvenirs sur sa naissance, son règne et la femme qu’il a aimé mais dont il ne se rappelle ni le visage ni le nom. En colère sur sa condition d’immortel, il décide de se rendre au mont Olympe pour questionner les dieux. Au cours de son voyage, il rencontre géants, sphinges, nymphes, mais aussi des soldats querelleurs, des cités orgiaques et une reine toute puissante et maudite…

Pour Federico, Adrastée est une fable étonnante et singulière sur l’immortalité, mais demeure avant tout une ode au monde mythologique. À travers les pas de ce roi mélancolique, l’auteur nous offre une réflexion poétique sur ce qui fait le mythe, sa source et sa propagation, entre le fantastique et le réel.

© Ankama, 2014Cette bande dessinée magnifique est un véritable voyage sur la terre des dieux, mortels et autres créatures fantastiques ; la nature luxuriante et indomptée ainsi que les ruines abandonnées et autres palais somptueux, sont dessinés avec une minutie déconcertante. À chaque page, les couleurs explosent et se renouvèlent, conférant aux deux tomes complémentaires une unité maîtrisée. C’est ce dessin, ces couleurs et cette fable poétique qui ont emmené notre ami lapin dans ce voyage, au premier abord confus et incertain, mais qui ne perd jamais le nord… Chapeau bas !

Adrastée, tomes 1 & 2, Mathieu Bablet, 2013 & 2014, Ankama, 80 pages chacun

Moderne Olympia

Federico adore Catherine Meurisse lorsqu’elle nous parle de ses hommes de lettre ; et même s’il a été un peu étouffé par le frénétique enthousiasme de son dernier né, c’est encore sa copine. Car oui, Moderne Olympia, c’est quand même un beau boxon !

© Futuropolis, Musée d'Orsay, 2014Imaginez le musée d’Orsay comme un mix entre une grande foire très animée et un plateau de tournage… La grande star en est Vénus (celle de Cabanel), accompagnée de ses chérubins, elle est de tous les tableaux. Et il y a Olympia qui, fidèle à l’œuvre de Manet, se balade à poil ! Elle aimerait percer dans le showbiz, mais enchaîne gaffe sur gaffe, s’attirant les foudres de Vénus. Mais cela ne l’empêchera pas de rencontrer Romain sur le tournage de Romains de la décadence, et de rejouer West Side Story dans l’ancienne gare parisienne…

Ça part donc dans tous les sens, c’est bien rigolo, et notre ami lapin s’est amusé à reconnaître les tableaux de ce musée qu’il apprécie particulièrement… mais qu’est-ce que c’est épuisant par tant de désordre ! Federico a pu reprendre son souffle une fois la bande dessinée refermée, et s’est tourné vers quelque chose d’un peu plus reposant, comme Kanopé par exemple.

Moderne Olympia, Catherine Meurisse, 2014, Musée d’Orsay-Futuropolis, 72 pages

Kanopé

© Delcourt 2014Voilà une bande dessinée sympa, juste sympa. Dessin agréable, scénario qui tient debout, personnages attachants, morale gentille. Federico ne voit pas trop ce qui aurait pu être retiré ou ajouté pour faire de cette bande dessinée sympa une bande dessinée extraordinaire, intense ou mémorable. Mais ce n’est pas grave, car il a eu beaucoup de plaisir à la lire ; et si elle est un peu idéaliste, elle n’est pas non plus stupide.

Kanopé est donc une histoire de science-fiction post-apocalyptique assez classique : sur Terre, dans la forêt amazonienne, des anciens rebelles appelés « éco-martyrs » vivent séparés de la civilisation restante rongée par la surtechnologie, la pollution et une terrible maladie radioactive. L’héroïne, Kanopé, vit seule dans sa cabane, jusqu’à ce que débarque Jean, un hacker en fuite. Les premiers contacts sont rudes, mais bien vite Jean se rendra compte qu’il aura besoin de Kanopé pour survivre, et plus si affinités… Ouais, c’est love !

Notre ami lapin a aimé le ton sincère, sensible et prometteur de l’auteure. Rien de plus à ajouter.

Kanopé, Louise Joor, 2014, Delcourt, collection Mirages, 124 pages

Délices, ma vie en cuisine

C’est la mode des blogs BD, certes, et le rayon cuisine est lui aussi bien fourni. Mais en avez-vous lu beaucoup des bandes dessinées qui parlent d’alimentation, bouffe et autres joyeuses ripailles ? Pas des masses… et bien maintenant, il y a Délices, et quel délice ! (oui, c’est facile)

© DelcourtEt c’est une américaine qui nous parle de ses plaisirs des papilles, à travers ses souvenirs d’enfance, d’adolescence et de jeune femme. Pour Lucy Knisley, manger, c’est aussi cuisiner et surtout partager. Passer un bon moment, donc, dans la confection du repas et dans sa dégustation, se créant ainsi des souvenirs tout aussi savoureux. Il faut dire que sa mère fut cuisinière puis maraichère, et son père fin gastronome… Sa sensibilité à la nourriture et aux saveurs se fit tôt, dans les cuisines de restaurants new-yorkais, puis dans la campagne du New Jersey, aux grands repas de famille, au cours de voyages au Mexique, au Japon et en Europe, dans une coloc’ étudiante à Chicago, etc.

Federico a littéralement savouré ce récit autobiographique : d’une part parce que le ton de l’auteure est touchant de franchise et de naturel, et d’autre part parce que la bande dessinée fait la part belle au plaisir décomplexé de bien manger, que ce soit varié, équilibré, gras, innovant, banal, simple, compliqué, tout seul, à plusieurs, bref, tant qu’on suit ses envies !

Tout ça donne la patate… et faim ! Ça tombe bien, Lucy nous donne quelques recettes !

Délices, ma vie en cuisine, Lucy Knisley, traduction de Margot Negroni, 2014, Delcourt, 176 pages

Beta… civilisations

Beta civilisationsL’entreprise de Jens Harder est ambitieuse : raconter l’histoire de l’humanité en bande dessinée ! Dans Alpha… directions, paru en 2009, il exposait 40 milliards d’années de vie, du Big Bang à la création de la Terre, jusqu’à l’apparition des premiers hommes (Federico ne l’a pas lu, mais il n’a plus qu’à trouver ce premier opus afin d’en faire son quatre heure !). Cinq ans plus tard, avec Beta… civilisations (première partie), il démarre 80 millions d’années avant notre ère, juste après l’extinction des dinosaures, pour nous raconter l’histoire de l’être humain… rien que ça !

L’auteur s’attèle donc à l’évolution des mammifères, des premiers singes puis des hominidés, inextricablement liée à celle des animaux, de la flore et des différents changements climatiques (mouvements des eaux et de la végétation, réchauffements, glaciations). Il retrace les nombreux flux migratoires et le peuplement progressif de la planète, avant d’embrayer sur 30 000 ans d’histoire des civilisations humaines, jusqu’à notre ère, marquée par l’an 0. Ouf !

Beta… civilisations est une encyclopédie imagière pléthorique et passionnante reflétant la vision personnelle de l’auteur. Elle est construite de rapprochements visuels inattendus qui forment un kaléidoscope d’images, comme des échos à travers l’histoire : tableaux, photos, événements, célébrités, films, bandes dessinées, d’hier et d’aujourd’hui, sont mis en parallèle avec l’évolution humaine. Federico a véritablement été bluffé par ce travail titanesque, et cette longue et grandiose aventure lui rappelle qu’il n’est qu’un pauvre petit lapin à l’existence éphémère…

Beta… civilisations (volume 1), Jens Harder, traduction de Stéphanie Lux, 2014, Actes Sud, collection l’An 2, 368 pages

21
Nov
13

Le cycle de Fondation (2/2)

Suite et fin de la lecture de Fondation par Federico, le début ici.

Fondation foudroyée & Terre et Fondation

noté 3 sur 4

© FolioAvec ces deux tomes, le cycle de Fondation se clôt sur une seule et unique histoire (c’est-à-dire pas de bonds dans le temps). Golan Trevize est un jeune et fringuant conseiller au sein de la Première Fondation (maintenant que l’on sait qu’il y en a deux). L’avenir de la galaxie se déroule pour le mieux, au plus près du plan Seldon. Mais Trevize doute. Son tempérament aventureux et de « perturbateur de l’ordre établi » va l’amener à sillonner la galaxie à la recherche de réponses, et accessoirement de la planète Terre. Et oui, car après 20 siècles de conquête spatiale, l’humanité a complètement oublié d’où elle vient !

Notre ami lapin a vraiment préféré cette ultime histoire du cycle de Fondation car :

1. c’est une plus longue histoire dans laquelle on peut vraiment se plonger, s’attacher aux personnages et comprendre la galaxie dans laquelle ils évoluent,

et 2. des problématiques de science-fiction y sont abordées ou développées, et elles sont plutôt intéressantes et donnent matière à réflexion.

© FolioSi ces deux derniers tomes ont été écrits des dizaines d’années après les premiers, ils datent tout de même encore des années 1980. Ce qui est fou, c’est donc de voir l’imagination et la vision qu’Asimov pouvait avoir de l’avenir il y a déjà 30 ans. Sur les sujets SF abordés, en vrac, Federico peut mentionner le principe des planètes « terraformées » (avec modification de l’atmosphère et implantation d’écosystèmes pour permettre la vie humaine) mais aussi le principe d’une planète vivante et harmonieuse (comme repris dans Pocahontas Avatar) sans parler des ordinateurs, de la miniaturisation technologique, des robots et de plein de choses très techniques sur la typologie des systèmes solaires et le voyage spatial. Notre ami lapin a également beaucoup apprécié les questionnements sur les possibilités d’évolution de l’être humain et/ou de la civilisation humaine, entre planètes administratives/politiques ou planètes agricoles, entre vie en communauté utopique mais hostile aux étrangers, ou vie en solitaire d’hermaphrodites…

Très savant, donc, mais parfois trop verbeux… En effet, l’histoire se déroule presque essentiellement à travers les dialogues entre les personnages qui se racontent tel événement, telle réflexion, telle déduction… Pour dire, Federico était estomaqué de lire des scènes d’action lorsqu’elles survenaient ! Sans compter les questionnements internes des héros lors desdites scènes, heureusement qu’elles étaient là pour leur permettre de reprendre leur respiration avant le chapitre suivant !

Outre ces dialogues incessants, ce sont aussi les nombreuses répétitions qui parsèment tout le cycle de Fondation qui ont agacé notre ami lapin. Lorsque vous lisez le cycle d’une traite, aucune chance d’oublier en quoi consiste le plan Seldon ! C’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle Federico a préféré les deux derniers tomes : on oublie un peu Hari Seldon, la Fondation et la Seconde Fondation, pour ce concentrer sur une vraie épopée stellaire et la quête de héros plutôt attachants.

Fondation foudroyée, (version originale parue 1982), Folio SF, 640 pages

Terre et Fondation, (version originale parue 1986), Folio SF, 688 pages

20
Nov
13

Le cycle de Fondation (1/2)

Cinq romans d’Isaac Asimov.

Après s’être délecté de La Horde du contrevent, Federico s’est lancé dans la lecture du pilier de la littérature de science-fiction qu’est le cycle de la Fondation de l’incontournable Isaac Asimov.

Eh bien c’était cool, et en effet « incontournable » pour qui s’intéresse à la science-fiction. Mais notre ami lapin doit toutefois préciser que son intérêt pour ces livres a été progressif, vous pouvez en juger par la notation du Cac Carotte : seulement 1 carotte pour le premier tome, 2 carottes pour les deux suivants, et 3 carottes pour les deux derniers.

Fondation

noté 1 sur 4

© FolioFondation, le premier tome, a été une lecture un peu laborieuse pour Federico, et ce pour une seule raison : notre ami lapin venait de terminer La Horde du contrevent, une intense et magnifique épopée à l’écriture extrêmement travaillée. Il est passé d’une perfection littéraire (oui oui) à un recueil de nouvelles SF publiées en feuilleton dans des magazines des années 1950. Autant dire un grand écart.

Federico sait qu’il ne doit pas être trop dur (Asimov était à ses débuts un vulgarisateur scientifique, pas un écrivain, et on n’attend pas de la grande littérature dans la « pulp fiction ») mais voici ce qui est : le premier volume du cycle de Fondation est vraiment très mal écrit. Sujet-verbe-complément. Du coup, ce n’est pas très facile à lire (étrangement) pour peu qu’on soit un grand lecteur. Pour tout dire, notre ami lapin était sur le point d’abandonner, mais la personne incitatrice de cette lecture a planqué tous les autres livres alentours, donc Federico s’est accroché, et il en est content aujourd’hui.

Mais de quoi ça parle au fait ?

© Folio20 000 ans après notre ère, l’être humain a conquis la galaxie. Il existe des millions de mondes habités régis par l’Empire qui siège sur la ville-planète Trantor. Un érudit, Hari Seldon, crée la science de la « psychohistoire » qui consiste à prévoir l’avenir de la galaxie à travers l’étude des comportements humains à l’échelle de milliers d’individus. C’est ainsi que Hari Seldon prévoit la chute de l’Empire dans les siècles à venir, et une période sombre de conflits et de barbarismes pour les 10 000 ans qui suivront. Afin de réduire cette période à 1 000 ans seulement, il crée la Fondation, une congrégation de scientifiques envoyés sur Terminus, une planète isolée aux limites de la galaxie, afin qu’ils y rédigent l’Encyclopedia Galactica qui rassemblera toutes les connaissances humaines.

Ceci est le pitch de base, mais l’histoire évolue au fil des tomes, de mieux en mieux selon Federico. Mais on va dire que, pour les trois premiers tomes, c’est d’actualité. Au passage, il faut préciser que, dans tout le cycle, chaque histoire fait un bond dans le temps, parfois de 30 ans, parfois de plusieurs siècles.

Fondation et Empire & Seconde Fondation

noté 2 sur 4

Notre ami lapin a davantage apprécié ces tomes car : 1. ils sont mieux écrits, et 2. deux des héros sont des héroïnes.

© FolioEn effet, l’évolution de l’écriture est flagrante : les phrases sont plus longues et il y a davantage de descriptions des décors, des situations et des personnages. Ainsi, l’intrigue tient davantage en haleine, car on s’attache mieux aux personnages, mais aussi parce que l’univers des livres nous apparait alors plus dense et plus complexe, et tout simplement parce qu’il y a du suspens, c’est tout bête.

Il y est toujours question de la Fondation, mais aussi de la chute progressive de l’Empire, puis d’un individu perturbateur qui n’était pas prévu dans les prédictions de Hari Seldon (également appelées « plan Seldon ») : le Mulet, un être difforme doué de pouvoirs psychiques. Enfin, on en apprend peu à peu davantage sur la Seconde Fondation, un autre groupe créé par Hari Seldon qui semble œuvrer dans l’ombre. Parmi les personnages principaux, on trouve donc Bayta Darell, une jeune femme qui va sauver la galaxie, puis sa petite fille, Arcadia Darell, une adolescente de 14 ans à la langue bien pendue. Federico a trouvé que toutes-deux étaient comme un vent d’air frais dans le cycle.

Federico vous parle de la suite ici.

Fondation, (version originale parue 1951), Folio SF, 416 pages

Fondation et Empire, (version originale parue 1952), Folio SF, 432 pages

Seconde Fondation, (version originale parue 1953), Folio SF, 432 pages

03
Sep
13

La Horde du contrevent

Un roman d’Alain Damasio.

noté 4 sur 4

Waouw.

Federico n’est pas du genre flemmard et il ne vous fera pas l’affront de vous livrer, de but en blanc, une critique monosyllabique, qui plus est pour un livre à quatre carottes (si on commence comme ça, il n’y a plus qu’à transformer le Cac carotte en Cac honomatopée avec : Beurk, Aïe, Bof, Chouette et Waouw). Mais il faut dire que « Waouw », résume plutôt bien la lecture merveilleuse, bouleversante et profonde de La Horde du contrevent, et que notre ami lapin ne sait pas trop comment relever le challenge d’en parler sans être incomplet ou dithyrambique…

La Horde du contrevent, c’est le bouquin dont on n’a entendu que du bien, ouï par bouche à oreille, et dont on sait qu’il vaut un immense détour mais on ne prend pas le temps de charger son sac à dos pour partir à l’aventure. C’est vrai, c’est le cas de beaucoup de livres, mais dans ce cas les bouches et les oreilles sont tellement convaincantes et enthousiastes qu’on se lance forcément un jour. Et quel jour plus adéquat que celui du départ en vacances ? Mais trêve de blabla, parlons de ce qui importe.

© Folio, 2007Il a fallu un bon moment à Federico pour comprendre ce qu’il se passe dans ces pages. La construction narrative et l’écriture sont particulièrement… particulières, mais à aucun moment ne lui est venu l’idée d’abandonner. On sait que l’enjeu de cette étrange quête est bien trop important pour être délaissé. Et puis, au fur et à mesure des plongées dans le roman, on distingue, on apprivoise et on marche avec cette horde de vingt-trois loustics. Cela fait des dizaines d’années qu’ils avancent contre le vent afin d’en trouver et comprendre l’origine, à l’autre bout du monde en Extrême-Amont. La horde elle-même nous raconte son histoire, à travers les voix de presque tous les hordiers. C’est Sol, le scribe, qui prend le plus souvent la parole, ainsi que Pietro, le prince, Oroshi, l’aéromaîtresse, Caracole, le troubadour, Aoi, la sourcière, et Golgoth, le traceur, au caractère de sanglier rageur, celui qui mène et harangue sa troupe pour qu’elle avance, celui qui contre, tout devant, et trace la route à suivre. Tous se connaissent et vivent ensemble depuis leurs 11 ans, ils avancent à pied, en ligne droite jusqu’aux confins du monde connu, dans le seul but d’en connaître un peu plus sur ce qu’il y a derrière le prochain caillou, d’aller un peu plus loin que la horde précédente. Car celle-ci est la 34e, et, combative et fervente, elle sait qu’elle risque de se perdre et se disloquer de ses membres au grès des dangers de leur quête.

Est-ce de la science-fiction ? De la fantasy ? Notre lapin favori a décrété : pas de case pour La Horde, de toute façon, elle avance, elle est déjà loin. L’auteur ne cherche pas à faire un simple roman d’aventures avec des dragons et des guéguerres, non. L’univers est complet et difficile à saisir : avant la terre, l’eau et l’air, il y a le mouvement qui régit le monde de ses lois complexes et donne naissance aux plantes, aux animaux et aux hommes, ainsi qu’aux mystérieux chrones, sortes d’entités fluctuantes dont Federico est bien incapable de vous en dire plus…

C’est un beau texte, oh que oui ! Décousu au premier abord, le récit se révèle finement construit. L’auteur prend un plaisir évident à jouer avec le langage : on trouve des mots façonnés à sa guise, d’autres certainement inventés mais nous semblant si familiers, pour obtenir une résonance puissante à la lecture et intense dans notre souvenir.

Ce texte nous imprègne d’idées profondes qui s’étoffent tout au long de la lecture, car la Horde détient le secret des choses qui importent vraiment. Outre la vérité, l’amitié, l’effort, c’est avant tout le lien, entre les choses et entre les êtres, qui compte plus que tout et dont notre ami lapin a compris l’enjeu à la fin de son voyage.

Lorsque Federico s’est rendu compte que l’auteur l’avait convaincu de l’importance capitale du destin de la Horde (car ici le destin n’est pas aussi simplement défini que d’aller jeter une bague dans un volcan), il n’a pas lutté longtemps avant d’acquiescer du museau et de contrer avec eux (et c’est encore mieux sous la tente pendant un violent orage…).

A votre tour maintenant !

La Horde du contrevent, Alain Damasio, 2007, Folio (2004, La Volte pour l’édition grand format), 736 pages

17
Fév
13

La Brigade des crimes imaginaires

Un roman jeunesse de Daniel Nayeri.

noté 1 sur 4

Federico est très sceptique face à ce roman, certes atypique mais plutôt décevant. Face à la quatrième de couverture qui déploie des monceaux d’arguments commerciaux, notre ami lapin s’est senti vexé tant il a eu la désagréable impression d’être pris pour une huitre consumériste… « Toy Story, Matrix, Inception, The Watchmen », non seulement le roman s’approche très peu de ces références, mais c’est, selon lui, outrageusement déplacé de chercher à vendre un bouquin en ventant une culture populaire vaguement environnante plutôt que le livre en lui-même.

Bon, Federico descend de ses grands chevaux, oublie la couverture et entre dans le détail du roman.

En fait, il s’agit plutôt de quatre mini-romans, mais d’une qualité malheureusement inégale.

© Editions Hélium, 2012Fort d’un style narratif et d’un humour cynique bien marqué, l’auteur semble prendre plaisir à raconter ces histoires, il est vrai, étonnantes. Cependant, il est très difficile de rentrer dans chacune d’entre-elles, tant l’étrangeté des univers et la loufoquerie du ton de l’écriture déstabilisent et perdent les lapins. Il faut à chaque fois un petit moment avant de comprendre qui sont les personnages (nom, âge, mais aussi « race » car on trouve des djinns, des poissons, des jouets, des avatars de jeux vidéo, en plus d’humains plus ou moins normaux…) et dans quel univers tout ce beau monde évolue.

Par là-même, les histoires racontées ne parviennent pas à intéresser et captiver suffisamment pour prendre du plaisir à la lecture. Ceci est particulièrement vrai pour la seconde histoire : Duel à Toy Farm, dont le jeune héros est un épouvantail maladroit et patibulaire vivant dans une ferme qui cultive des jouets. L’histoire de La Brigade des crimes imaginaires (avec le concept des mauvais vœux qui se réalisent) et Notre-Dame-des-Traîtres (où le virtuel domine le monde) développent quant à elles des idées foisonnantes et inventives qui auraient méritées un roman à elles seules. Pour finir, Coco et Cloclo est une histoire d’amour de conte de fées racontée par la Mort en personne (un narrateur très cynique qui fait immanquablement penser au personnage de La Mort dans Les Annales du Disque-monde de Terry Pratchett) mais l’histoire est pourtant assez banale et longue à la détente…

Ainsi, les références à la culture populaire et geek mitraillées en quatrième de couverture ne sont pas au rendez-vous, et le tout se révèle assez brouillon, peu agréable à lire, maladroit, et parfois frustrant. On ne trouve presque aucun héros central à qui s’attacher, et un seul héros adolescent dont il faut un petit moment avant de déterminer s’il s’agit d’un garçon ou d’une fille…

Dommage : l’humour et les idées sont là, mais l’emballage est mal fait.

Daniel Nayeri, La Brigade des crimes imaginaires et autres histoires fantastiques et déglinguées, traduit par Valérie Le Plouhinec, Hélium, 2012, 372 pages

24
Mar
12

Hunger Games

Trois romans (ado) de Suzanne Collins.

Federico est un lapin tendance. Pour vous le prouver, il va consacrer un long article hyper structuré à ce grand succès de la littérature adolescente qu’est la trilogie Hunger Games.

L’adaptation cinématographique qui vient de sortir va-t-elle faire exploser les ventes pour faire place à un nouveau phénomène Twilight ? Lecteurs avides, vous vous ronger les patounes en vous demandant si OUI ou NON vous devez lire Hunger Games avant que le succès n’arrive, encore plus grand, encore plus médiatique. Mais n’ayez crainte ! Votre guide aux grandes oreilles est là pour trancher la question.

OUI ! Notre ami lapin vous conseille fortement la lecture de la trilogie best-seller, et il s’en va de ce pas vous expliquer pourquoi.

Introduction : La folle histoire

Federico voudrait vous parler des trois tomes de cette saga tout en rebondissements, mais il serait ainsi obligé de vous dévoiler des éléments clés des intrigues qui se nouent et se dénouent tout au long de l’histoire, et ça, il ne veut pas !

Pour résumé sans spoiler, Federico peut vous dire que l’histoire se situe à Panem, une société totalitaire construite sur les vestiges des États-Unis. Dirigée par le Capitole, elle organise chaque année des jeux de la faim, les Hunger Games, créés afin de punir et garder le contrôle sur les douze districts suite à leur rébellion 74 ans auparavant. Douze filles et douze garçons, âgés entre 12 et 18 ans, sont tirés au sort et jetés dans l’arène où ils se livrent un combat à mort sous l’œil des caméras et des juges. Toute la population de Panem est contrainte d’assister à cet abject spectacle.

Voilà pour le (joyeux) décor.

Alors que sa jeune sœur Prim est désignée pour participer aux prochains jeux, Katniss se porte volontaire pour la remplacer. Elle se retrouve projetée dans le cruel engrenage de cette arène où elle va devoir lutter pour sa survie et tenter de conserver son humanité.

Vous venez de faire connaissance avec l’effrontée et courageuse héroïne de la saga Hunger Games. Découvrez maintenant ce qui rend ces romans uniques.

Grand un, petit a : Une héroïne qui n’a rien demandé 😦

Contrairement aux univers de la fantasy ado, Katniss n’est pas l’élue-qui-sauvera-le monde-du-méchant-qui-veut-répandre-le-mal. Elle est, malgré elle, contrainte de se battre pour sa survie mais aussi pour échapper à ceux qui veulent l’utiliser. En effet, les Hunger Games ne sont rien d’autre qu’une émission de télé-réalité avec tout ce que cela implique : images chocs, candidats soumis au bon vouloir des juges, mise en scène, exacerbation des sentiments les plus vils, voyeurisme, etc. La seule différence avec les programmes qui existent dans la vraie vie, c’est que les candidats sont éliminés… définitivement. Federico a été interpellé par ce portrait acerbe de la société du spectacle qui dénonce la manipulation des images pour servir une cause ou contrôler une population, ainsi que les dérives de ces pratiques.

Grand un, petit b : Des thématiques vachement pas ordinaires

Hunger Games est une histoire de survie, de manipulation, de médias… et d’amooour. Aux yeux de Federico, elle peut trouver écho chez les adolescents et les inciter à s’intéresser, à comprendre, et éventuellement à remettre en question le monde dans lequel ils vivent. Notre ami lapin y a lu des messages de paix, de tolérance, et même de respect de l’environnement (des problématiques assez actuelles, non ?). L’ouverture au monde est essentielle dans ces livres, en opposition à l’égocentrisme des romans sentimentaux à la mode dont on abreuve la jeunesse… Mais rassurez-vous chers lecteurs, les héros et leurs aventures haletantes ne sont pas remisés au second plan au profit d’une morale : celle-ci demeure sous-jacente.

Grand deux, petit a : Une histoire qui envoie du lourd !

Au cours de sa lecture, Federico oscillait perpétuellement entre la peur et l’excitation de tourner la page, viscéralement scotché à l’histoire, comme si sa vie était également en jeu ! Suzanne Collins réussit à instaurer un suspense qui perdure en intensité et en qualité d’un bout à l’autre des romans.

Sa recette ? Une louche de dangers mortels, de drames et d’émotions confuses, une cuillère à soupe d’hémoglobine et une pincée de sadisme. Cela a beaucoup plu à notre gentil lapin ! Mais c’est surtout la complexité des personnages et leur rôle ambigu qui l’ont captivé, jusqu’à peupler son sommeil de mille interrogations… « Qui va mourir aujourd’hui ? »

Grand deux, petit b : Une narration au poil

Un autre ingrédient magique de l’auteur est de nous plonger dans la tête de Katniss avec perfection. Le lecteur se retrouve ainsi happé au cœur de l’action, au plus près des émotions de l’héroïne. Ce point de vue est fidèlement conservé d’un bout à l’autre du récit, quitte à parfois déstabiliser le lecteur (quand il partage la confusion de Katniss), mais lui offrant un récit plus authentique et plus cohérent.

L’écriture de Suzanne Collins sert à merveille cet efficace choix narratif. Son style élaboré évite toutefois les effets faciles ; les mots s’effacent au profit de l’action et de l’émotion, abattant toutes les barrières entre le lecteur et les personnages. L’auteur ne prend pas ses lecteurs pour des quiches, et ça, Federico approuve !

Conclusion : Quoi ?! Vous ne l’avez pas encore acheté ?

Vous l’avez compris, Federico a trouvé beaucoup de qualités à cette saga. Il est vrai que la violence est très présente, c’est pourquoi notre sage rongeur pense que ce livre n’est pas à placer entre de trop jeunes pattes. Cette exception faite, ces livres s’adressent à un large public et ont le mérite d’aborder des sujets très politiques en les mêlant à une intrigue passionnante. De plus, leur écriture fluide les rend encore plus accessibles et populaires.

N’hésitez plus à lire Hunger Games ! Vous ferez peut-être quelques cauchemars, mais Federico vous garantit qu’il seront plein de rebondissements et d’inventivité…

Hunger Games, Suzanne Collins, Pocket Jeunesse, 2009, 400 pages

Hunger Games : L’embrasement, Suzanne Collins, Pocket Jeunesse, 2010, 400 pages

Hunger Games : La révolte, Suzanne Collins, Pocket Jeunesse, 2011, 432 pages

13
Fév
12

Genesis

Un roman (ado) de Bernard Beckett.

La couverture de ce roman de science-fiction n’est pas passée inaperçue et avait de quoi attiser la curiosité de notre cher lapin. Le concept est prometteur : une jeune fille, Anaximandre, passe l’oral de l’examen d’entrée devant trois membres du jury de l’Académie. Son sujet d’étude : Adam Forde, l’homme qui, des années auparavant, a entraîné la fin du régime de la République de Platon. Résistant malgré lui, il sera condamné à converser avec le robot Art qui a l’apparence d’un orang-outan, et dont les capacités intellectuelles se développent lorsqu’il interagit avec des humains.

L’héroïne poursuit son exposé pendant les cinq heures qui lui sont imparties, elle doit faire preuve de son esprit d’analyse et tente parfois d’interpréter différemment les faits historiques. D’une manière étrange, toutes ses réactions émotionnelles sont scrutées par le jury qui l’entraîne dans des réflexions psychologiques et philosophiques sur la vie d’Adam Forde.

État totalitaire, révoltes, héros résistants, robots… l’univers dystopique est bien présent dans le livre, mais il se réfère à l’époque d’Adam Forde, des dizaines d’années avant le temps du récit. Des questions essentielles pour le lecteur sont sans réponse : si la République de Platon n’est plus, dans quelle société vit aujourd’hui Anax ? Quelle est cette Académie pour laquelle elle postule ? Ce manque de repères est perturbant pour le lecteur qui se plonge alors dans l’histoire d’Adam Forde, devinant que la clé du mystère s’y trouve.

L’énigme a donc de quoi tenir en haleine, et notre lapin a en effet été secoué par la révélation finale qui se dévoile à l’avant-dernière page… Mais, si c’est certes le moment logique pour donner la réponse qui explique tout le roman, c’est un peu trop tard : Federico était un peu perdu, sonné par les considérations philosophiques et les retors de la relation entre Adam et Art. De plus, l’histoire développe très peu de personnages : elle se déroule dans un huis clos entre Anaximandre et le jury, et relate principalement les échanges entre Adam Forde et Art. Federico a donc eu du mal à s’investir dans ce roman pourtant très bien construit et au dénouement, sinon brutal, efficace.

Bernard Beckett, Genesis, Gallimard Jeunesse, 192 pages, 11,50 €




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