Archive for the '2 carottes' Category

24
Oct
14

Le Clan suspendu

Un premier roman d’Étienne Guéreau.

noté 2 sur 4

Après avoir dévoré Les enfants sauvages, le premier ouvrage de la nouvelle collection « Y » de Denoël, Federico s’est laissé tenté par Le Clan suspendu, et ce malgré les bandeaux rouges qui ont davantage tendance à repousser plutôt qu’à attiser le désir d’achat/de lecture de notre ami lapin. Ces bandeaux proclament « Addictif » ainsi que l’argument tapageur « Quand Antigone rencontre Hunger Games » (encore une fois, Federico s’est senti rabaissé au rang d’huître consumériste).

Pour commencer, sachez que Federico n’a pas trouvé ce roman addictif (il a failli laisser tomber plusieurs fois), et que le parallèle avec Hunger Games est tout simplement mensonger. Quant à Antigone, la pauvre n’avait rien demandé…

Mais bon, 2 carottes tout de même, alors pourquoi ? Parce qu’on oublie pas si facilement cette histoire étonnante, enfin, surtout son dénouement… C’est ballot, parce que Federico ne va pas vous dévoiler la fin, donc il va broder autour pour vous donner une idée.

le-clan-suspendu-9782207118108_0Alors c’est l’histoire d’Ismène, 13 ans, qui habite avec quelques adultes et d’autres enfants dans des cabanes dans les arbres (appelé le Suspend). Ils sont contraints de vivre ainsi perché à cause d’un monstre, une ogresse, qui menace de les dévorer s’ils s’aventurent en bas. Leur vie est régie par des rituels, notamment celui de réciter la pièce de Sophocle, Antigone. L’équilibre de cette vie va être bouleversé par de nouvelles tensions au sein du Suspend : disparitions, luttes de pouvoir… Ismène quant à elle se pose beaucoup de questions, notamment liées à la puberté, et s’entiche d’un garçon, tout en attisant le désir d’un autre, cruel et dangereux.

Federico s’est ennuyé sévère tout au long des deux premiers tiers du bouquin (c’est beaucoup, deux tiers de 480 pages…). D’une part, l’ambiance et le contexte lui faisaient une très forte impression de déjà-vu : une communauté qui vit en vase clos, ne connaissant pas son passé et suivant des rites, des tensions qui excluent certains membres, des effets de foule panurgique… notre ami lapin a déjà lu ça dans un autre roman français pour ado, Lunerr, donc ça l’a un peu gavé. D’autre part, on s’embrouille dans les personnages au début, puis on ne s’attache pas à eux : ils sont trop naïfs, bêbêtes et sans volonté, se laissent mener par le bout du nez par un seul ado qui roule des mécaniques. L’héroïne semble plus maligne, mais elle fait preuve de très peu d’initiative, voire de jugeote, et tarde à prendre des décisions de survie. Et il ne se passe pas grand chose finalement, Federico n’avait qu’une hâte : qu’Ismène quitte le Suspend, on sait que c’est inévitable alors pourquoi tarder ?

Mais pour quelles raisons Federico a-t-il continué alors ? Parce qu’il est curieux tout de même, et qu’il voulait savoir d’où viennent ces gens, pourquoi ils sont là. Si notre ami lapin se doutait de la réponse, les derniers éléments révélés sont tout de même perturbant : on découvre un univers lubrique, fait de viol, d’inceste et de mort. Miam. Euuuh… il y a quand même un décalage entre le ton léger type roman ado et les actes des personnages, cruels, malsains… Ce que l’auteur nous décrit en fin d’ouvrage est tout de même terrifiant !

Voilà autre chose qui a gêné Federico : il y a une vision malsaine de la sexualité qui se développe dans ce livre, et si elle s’explique par leur vie reculée et étrangement primitive socialement (dans le Suspend, on ne sait pas trop ce qu’est le sexe et l’amour), cela a malgré tout horripilé notre ami lapin : les liens entre parents et enfants sont flous et arbitraires, donc peu crédibles, les personnages féminins, même non pubères, sont tous rapportés à un moment ou à un autre à leur fonction reproductive, les hommes sont des chasseurs-violeurs, etc., sans oublier la scène horripilante et inévitable des premières règles qui confèrent comme par magie du jour au lendemain le statut de femme…

Federico hésite à laisser les 2 carottes au Clan suspendu… Allez, bon prince, gardez-les ! Même s’il trouve beaucoup à redire, c’était quand même une histoire pas banale ! (Cette critique est pleine de contradictions, là on peut dire l’avis de notre ami lapin est partagé…)

(Vous l’aurez remarqué, Antigone est complètement passée à l’as dans la critique de Federico, mais c’est aussi le cas dans le bouquin.)

Étienne Guéreau, Le Clan suspendu, Denoël, « Y », 2014, 480 pages

23
Sep
14

Les adieux à la reine

Un roman de Chantal Thomas.

noté 2 sur 4

C’est rare chez Federico de chroniquer un livre moins de dix minutes après l’avoir fini. Comme ça, c’est fait !

Vous souvenez-vous de L’échange des princesses de Chantal Thomas et de Marie-Antoinette de Stefan Zweig ? Eh bien Federico a choisit de jumeler les deux et de lire un roman de Chantal Thomas parlant de Marie-Antoinette. Bim ! notre ami lapin a nommé : Les adieux à la reine.

En gros, c’est l’histoire d’Agathe-Sidonie, une groupie de M-A, qui ne vit que pour la croiser dans les couloirs et lui faire la lecture (quand il prend l’envie à Sa Majesté qu’on lui fasse la lecture, il y a les lectrices de la reine qui sont là pour ça, tout comme il y a la « porte-chaise d’affaires de la reine », pour quand elle a besoin de faire ses royaux besoins…) L’action se déroule du 14 au 16 juillet 1789, période un peu chahutée pour le royaume de France. Au terme de ces quelques jours d’incertitude, nombre de nobles prendront la fuite, et avec eux Agathe-Sidonie…

Alors que Federico avait kiffé L’échange des princesses, il a été un peu déçu par Les adieux à la reine. C’est peut-être une overdose marie-trotinettale ? Il n’en est pas si sûr, car les passages où apparait la reine sont ceux qu’il a préférés. En fait, c’est l’errance d’Agathe-Sidonie dans le château de Versailles, parmi la Cour en déroute, qui a ennuyé notre ami lapin. La narration lente et le caractère très effacé de l’héroïne l’ont empêché de véritablement trembler dans cette atmosphère pourtant pleine de doute et de panique ! Il faut dire que Federico ne craint pas pour sa tête, et Agathe-Sidonie non plus finalement, mais il n’est pas très fun d’y entrer dans la sienne, de tête, tant elle ne vit que pour M-A et Versailles. Attention, ne faites pas dire à notre ami lapin ce qu’il n’a pas dit ! L’héroïne est tout à fait crédible, tout comme la relation des prémices de la chute de la monarchie, mais Federico n’était pas super emballé et un peu endormi, voilà tout…

Chantal Thomas, Les adieux à la reine, 2002, Seuil (collection Points), 244 pages

(Ndl : Federico n’a pas vu le film de Benoît Jacquot adapté du roman, peut-être bientôt.)

30
Juil
14

Le secret

Un roman de Wilkie Collins, traduit par Émile Daurant-Forgue

noté 2 sur 4

Un soir de 1829, la maîtresse du manoir de Porthgenna se meurt. (Pause dramatique) Avant de passer de vie à trépas, elle fait jurer à sa femme de chambre de révéler un terrible secret à son mari. Malgré le serment prêté, la femme de chambre fuit le©Archipoche domaine la nuit même, emportant avec elle l’inavouable vérité qui pourrait détruire bien des vies.

Mais pourquoi ?

C’est un Federico assez déçu qui vous parle. En faisant l’acquisition de ce roman d’un des précurseurs du roman policier, notre ami lapin s’attendait à un livre formidable, qu’il pourrait ranger avec ses classiques anglais adorés.

Le début était pourtant très prometteur : humour à la Jane Austen, œil vif à la Elizabeth Gaskell (on fait avec les références qu’on a sous la main…) et une ambiance gothique gentiment moquée mais prenante. Mais bien vite, l’intrigue s’est dégonflée. Ayant deviné quel pouvait être le fameux secret, Federico a réalisé que sans cela l’histoire se résumait à pas grand chose, et ce étiré sur une trop longue distance, ce qui a émoussé son intérêt. Et puis au bout d’un moment, les femmes qui passent leur temps à s’évanouir et se mettre dans tous leurs états au moindre choc, c’est un peu agaçant. Federico a trouvé que l’histoire ne traversait pas aussi bien les siècles que d’autres écrites à la même époque. Il est difficile d’expliquer cette impression sans ruiner votre future lecture , mais disons que notre ami lapin ne s’est pas senti projeté dans le XIXe siècle et n’a pas pu s’empêcher de juger les évènements avec son regard de lapin du XXIe siècle.

En définitive, ce roman n’a pas emporté Federico aussi loin qu’il aurait aimé. Cela est bien dommage car l’auteur ne démérite pas dans sa manière de croquer les personnages avec mordant.

William Wilkie Collins, Le Secret, Archipoche, juillet 2012, 542 p.

19
Mai
14

L’emprise

Un roman de Marc Dugain

noté 2 sur 4

C’est toujours étrange de lire un livre plébiscité par la critique et les lecteurs, écrit par un auteur reconnu… et trouver que c’est totalement insipide. Ce genre de situation donne toujours l’impression à Federico d’avoir raté un truc dans l’histoire. ©Gallimard

L’emprise est un chassé croisé d’influences en politiciens, géants de l’industrie, agents du renseignements et simples maillons de la chaine industrielle. On y trouve pêle mêle un candidat à l’Élysée coincé entre sa femme dépressive et son concurrent un tantinet psychopathe ; une agent du renseignement qui couche avec les gens qu’elle doit surveiller et regarde des films en noir et blanc avec son fils autiste ; un syndicaliste qui s’ennuie tellement que l’idée de tuer sa famille le distrait étonnamment ; un chef de la DCRI ou de la DGSE (Federico n’a pas suivi) qui mange riche et fait de la moto dans sa Corse natale et enfin un vigile qui fait peur.

Voilà voilà, et tout ce petit monde se retrouve impliqué dans une affaire de soutiens politiques monnayables, financements occultes, de meurtres mystérieux et… et… Et en fait, une semaine après avoir fini sa lecture, force est de constater que Federico a déjà oublié de quoi ça parlait. Le roman a plein de choses à dire sur le pouvoir toussa toussa mais notre ami lapin n’a pas vraiment reçu le message. Il l’a lu sans déplaisir parce que c’est quand même bien écrit, mais à part son envie de baffer la moitié des protagonistes il ne lui reste pas grand chose de sa lecture.

Notre ami lapin se désintéresserait-il inconsciemment de la politique ? Ou plus largement des humains du XXIe siècle ? Ou juste des hommes et femmes de pouvoir qui pensent tenir les ficelles des autres et font des gros nœuds avec ? Une équipe de BFM tv prépare déjà une émission spéciale à ce sujet. Préparez le magnétoscope.

Marc Dugain, L’emprise, Gallimard, avril 2014, 312 p.

04
Avr
14

Le viking qui voulait épouser la fille de soie

Un roman de Katarina Mazetti, traduit par Lena Grumbach

noté 2 sur 4

Katarina Mazetti est une suédoise avec un nom d’italienne qui s’est fait connaître en France avec sa romance douce-amère Le mec de la tombe d’à côté. Malgré pas mal d’encouragements de la part de son entourage, Federico n’a jamais été tenté par la lecture de ce roman. Il a néanmoins décidé de se lancer dans l’aventure du froid avec Le Viking qui voulait épouser la fille de soie parce qu’il trouvait que ça fleurait bon l’aventure, l’amour et la baston.©Gaïa

L’histoire est celle d’une famille de Normands (les fameux Vikings du titre) au Xe siècle, installée dans ce qui est aujourd’hui le sud de la Suède. Le patriarche est un flamboyant constructeur de bateau, laissé inconsolable par la disparition mystérieuse de son épouse, Alfidis. Svarte et Käre, ses fils, s’entre-déchirent depuis leur plus tendre enfance. Arnlög, la soeur d’Alfidis, vit avec eux dans leur ferme et propose ses dons de devineresse à qui veut parler avec les dieux et connaître son avenir. Par le hasard des guerres et du commerce, cette famille va voir son destin mêlé de très près à celui de Milka (Oui, Federico a vu une vache violette à chaque apparition de ce nom, maudit marketing !) et Radoslav, orphelins d’un père marchande de soieries, nés à Kiev.

Si ce résumé manque un peu de conviction, c’est que Federico n’a pas été vraiment emballé par le récit de ce choc des civilisations. Pourtant, l’histoire a un très bon potentiel et beaucoup de qualités (c’est Didier Deschamps qui l’a dit, c’est pas nous !). On sent que Katarina Mazetti s’est bien amusée à l’écrire et sa plume est bien fluide. Mais il manque un je ne sais quoi d’implication dans le texte qui fait que Federico s’est toujours senti à l’écart de la vie des personnages et n’a jamais réussi à partager leurs émotions. Cette distance n’est pas compensée par l’écriture qui, même si elle est de qualité, reste ordinaire et n’apporte pas le petit truc épique qui aurait fait du bien au récit.

Notre ami lapin a été au bout de sa lecture parce que ça ne lui demandait pas un grand effort, mais il est resté de marbre face aux tribulation de ces Vikings là.

Katarina Mazetti, Le Viking qui voulait épouser la fille de soie, Gaïa, mars 2014, 256 pages.

24
Fév
14

Femen

Quand Federico a écrit cet article en avril 2013, juste après sa lecture, il a choisi de ne pas le publier car il ne souhaitait pas se mêler aux polémiques faisant rage autour du mouvement Femen. Aujourd’hui, réalisant que la grande majorité de ceux qui vouent Femen aux gémonies ne connaissent rien à leur parcours, notre ami lapin décide de se mouiller un peu et de défendre ces jeunes femmes, pas assez discrète aux yeux des bien-pensants.

noté 2 sur 4

Avant d’avoir ce livre entre les pattes, Federico avait très rapidement entendu parlé de ces féministes aux seins nus lors d’une de leur intervention en Italie, à l’occasion des dernières élections. C’est donc sans en savoir bien long sur ce mouvement que notre chroniqueur a entamé sa lecture.

La couverture a évidemment interpellé Federico : une jeune femme seins nus, coiffée d’une couronne de fleurs virginale et brandissant un poing déterminé, ça sort de l’ordinaire. Cette jeune fille est Inna Shevchenko, elle est Ukrainienne et ne s’est pas dit un matin, « tiens, et si je faisais sauter le haut pour défendre le féminisme ? ». Non, Femen, comme Rome, ne s’est pas faite en un jour.femen

Et c’est l’atout majeur de ce livre-manifeste (il est écrit par les membres du groupe et une journaliste) : nous raconter l’aventure de ce mouvement radical et très controversé depuis sa genèse et ce, dans l’ordre chronologique. L’ensemble est donc très didactique, manque un peu de relief, mais est très intéressant. Tout commence en Ukraine quand des jeunes femmes, désabusées par la politique menée dans leur pays, se rapprochent autour d’un sujet qui leur est cher : le féminisme. Pour situer le contexte en vitesse, disons que l’Ukraine est pas mal bloquée par la corruption et que la prostitution y fait l’objet d’un marché prospère, peu gêné par les autorités. Les premières actions médiatiques des Femen ont d’ailleurs été menées pour dénoncer le tourisme sexuel en Ukraine à la veille de la dernière coupe d’Europe de football.

Depuis, il semble que rien ne peut arrêter ces amazones. Leurs combats sont multiples et ont évolué en même temps que leur mouvement s’est internationalisé. Au départ c’était surtout le tourisme sexuel en Ukraine qui était dénoncé, puis elles ont dépassé les frontières pour lutter contre le patriarcat en Europe (attaque des institutions religieuses, protestation contre les malversations politiques, défense de femmes victimes de violences, etc). Aujourd’hui des antennes de Femen existent à Paris et au Brésil.

Quant aux moyens d’action, l’observation de leur évolution a passionné notre ami lapin. Les Femen ont commencé par des manifestations qu’elles voulaient originales, pacifistes et artistiques. Rapidement, elles ont compris que leur mouvement ne serait entendu qu’en utilisant des codes forts, tels que leur nudité. À mesure que les actions se sont radicalisées, les risques pris ont augmenté. On ne va pas manifester dans une bonne vieille dictature comme la Biélorussie sans s’attirer quelques problèmes avec les autorités locales. À force de coups, de séjours en prison et d’intimidations, les Femen ont appris à se défendre et forment à présent une véritable armée de révolutionnaires jusqu’auboutistes et très entraînées.

Aujourd’hui, les Femen gênent un peu tout le monde. Ceux contre qui elles luttent mais aussi ceux qu’elles défendent. Ainsi, de plus en plus de mouvements féministes leur reprochent de représenter un féminisme trop fermé sur les autres cultures, de partir en croisade contre des traditions qu’elles ne connaissent pas. C’est, selon notre ami lapin, leur principale limite et le point faible sur lequel se basent leurs détracteurs pour les descendre en flèche, sans se soucier de mieux connaître les origines de ce mouvement.

Ce que Federico retient de cet ouvrage totalement subjectif, c’est l’impressionnante détermination de ces jeunes femmes qui s’engagent corps et âme dans ce à quoi elles croient. Malgré certains discours loin de sa philosophie, notre ami lapin admire beaucoup le culot et l’énergie créatrice qui animent les Femen.

Galia Ackerman, Anna Houtsol, Inna Chevtchenko, Oksana Chatchko, Sacha Chevtchenko, Femen, Calmann-Levy, mars 2013, 260 p.

04
Fév
14

L’incroyable histoire de Wheeler Burden

Un roman de Selden Edwards, traduit par Hubert Tézenas

noté 2 sur 4

En lisant les premiers chapitres de ce roman, Federico s’est dit que ça sentait la critique à trois carottes. Mais en achevant sa lecture, notre ami lapin a du se rendre à l’évidence : L’incroyable histoire de Wheeler Burden a perdu une carotte en cours de route. Voici le récit de cette étonnante disparition.

En 1988, Wheeler Burden est une star internationale : ancien prodige du base-ball à l’université, idole d’une génération au sein de son groupe de rock et auteur reconnu de tous depuis la publication de son livre sur les pensées de son professeur d’histoire, Arnauld Esterhazy. Pourtant, dès le premier chapitre, Wheeler se réveille à Vienne… en 1897. Il n’a évidemment rien à faire là et pas la moindre idée de comment il y est arrivé. Pourtant, au lieu de paniquer et de se mettre à courir comme un poulet sans tête, notre héros prend les choses avec philosophie et profite de ce voyage dans le temps pour visiter cette ville qu’il connait bien sans jamais y avoir mis les pieds. Comment se fait-ce ? C’est grâce à son mentor, Arnauld Esterhazy, viennois d’origine, qui ne tarissait pas d’anecdotes sur cette ville témoin de grands événements en cette fin de XIXe siècle et au début du XXe. Résolument maître de lui-même, Wheeler dévalise un citoyen américain en voyage à Vienne et décide d’aller chercher de l’aide et une explication à sa présence ici chez… Sigmund Freud. Trop fastoche !

©Cherche MidiUn peu freiné au départ par l’écriture assez dense de l’auteur, Federico n’a mis que quelques chapitres à rentrer dans cette histoire déconcertante. La première partie du livre se consacre finalement assez peu au voyage de Wheeler, laissant la part belle au récit de son enfance, donnant ainsi lieu aux épisodes les plus intéressants du livre. Le jeune Wheeler a en effet eu un parcours haut en couleurs, grâce à son caractère et à son intelligence, mais également aux personnes formidables qui l’ont entourées. Notre ami lapin a tellement apprécié cet aspect biographique qu’il a commencé à décrocher quand le livre s’est recentré sur le voyage dans le temps. La narration y est toujours aussi agréable mais c’est plutôt l’histoire en elle-même qui a déçu Federico.

Déjà, soulignons que les révélations (genre, un parfait inconnu rencontré au hasard se révèle être un ancêtre de Wheeler) ne sont pas spécifiquement surprenantes, on les flaire à 15 pages de là. Mais cela est tellement récurrent dans le livre que Federico soupçonne l’auteur de l’avoir fait exprès. En revanche, ce que notre ami lapin n’a pas pu dépasser, c’est l’aberrante insouciance du héros. Môssieur fait un voyage dans le temps et, plutôt que de chercher à savoir comment il est arrivé là, il se fait fabriquer un frisbee (!) et fricote dangereusement avec une donzelle, sans se soucier des conséquences catastrophiques que ses actes peuvent avoir sur l’avenir. Trop occupé à fustiger l’inconscient égoïsme de Wheeler Burden, Federico ne s’est même pas rendu compte que le livre venait de changer de genre (au moins, sur ce plan, l’effet de surprise fut total). De roman d’apprentissage aventuro-fantastico-historique enthousiasmant, L’incroyable histoire de Wheeler Burden se transforme, vers le troisième tiers en conte philosophique déprimant. L’auteur y présente le temps comme un cycle immuable, à la volonté duquel les hommes sont soumis, sans aucune marge de manœuvre. Federico ne comprend pas pourquoi l’auteur a mis temps de temps à nous présenter ses personnages comme des êtres indépendants, aventureux et épris de liberté, pour au final les condamner à une absence totale de libre arbitre, les enfermer dans la fatalité.

En écrivant ces lignes, notre ami lapin prend du recul sur sa lecture et commence à voir ce livre comme une mise en abîme du travail de romancier et de l’empire qu’il exerce sur ses personnages. Mais Federico ne peut pas prétendre savoir ce que Selden Edwards avait derrière la tête pendant les trente années passées sur ce livre, il se contentera donc de dire qu’il a été fort déçu par la tournure de cette histoire.

En revanche, la ville de Vienne y est présentée de telle façon, qu’une petite excursion sera à prévoir dans les années à venir.

Selden Edwards, L’incroyable histoire de Wheeler Burden, Le Cherche Midi, janvier 2014, 650 p.




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