Archive pour février 2014

27
Fév
14

L’échange des princesses

Un roman de Chantal Thomas.

noté 3 sur 4

Vite vite, avant qu’il n’oublie, Federico doit vous parler de ce bouquin vraiment sympa !

Notre ami lapin aime l’Histoire. Parfois, il se perd sur Wikipédia à lire la vie du duc de Machin et de la comtesse Truc. Mais quoi de mieux que la vraie vie des princes et princesses sous la plume de Chantal Thomas ?

© Le Seuil, 2013Un jour, dans son bain trimestriel, Philippe d’Orléans, neveu de Louis XIV et Régent de France, a une chouette idée : pourquoi pas marier le jeune Louis XV avec l’infante d’Espagne, Marie Anne Victoire ? Et pourquoi pas en profiter aussi pour marier sa propre fille, Louise Élisabeth, avec l’héritier du trône d’Espagne ? Ça peut servir, et les tensions avec le Roi d’Espagne se calmeront un peu. Cette lumineuse idée donne lieu à un échange de princesses à la frontière franco-espagnole en 1721. Mais le plan du régent fera flop au bout de quelques années. D’un côté, malgré le charme des 4 ans de Marie Anne Victoire, Louis XV est trop vieux (11 ans) et la boude royalement (il peut, c’est le Roi !). De l’autre côté, Louise Élisabeth, 12 ans, reçoit un accueil glacial à Madrid où elle débarque malade comme un chien après son très long voyage en carrosse (contrairement à ce que les contes de fées veulent nous faire croire, voyager en carrosse n’est pas une promenade de santé).

Chantal Thomas ne nous fait pas du roman historique grandiloquent, elle nous plonge dans le quotidien à la fois morne et dangereux des princesses, ces toutes jeunes filles qui doivent plaire au peuple, à la cour et au Roi, dans le seul but d’enfanter un rejeton destiné à porter une couronne. Où est le vrai, où est le romancé ? On n’en sait trop rien, mais on croit à tout ce que nous raconte l’auteure. Très très bien écrit, le roman est enrichi des extraits de correspondances des princesses, des têtes couronnées, des gouvernantes, du Régent, tout en gardant un style linéaire, comme si la narration s’était adaptée au style de l’époque.

C’était quand même fou la vie de ces enfants qu’on mariait à tout bout de champ mais qui devaient somme toute s’ennuyer à mourir dans leurs palais ! Le passe-temps des princes ? La chasse. Celui des princesses ? Être agréable. La pauvre Louise Élisabeth avait décidé de ne pas être agréable, mal lui en pris. Quant à Marie Anne Victoire, elle avait tout pour plaire, sauf dix années supplémentaires….

Donc voilà, c’était le fun. Peut-être pas pour les princesses, mais au moins pour Federico !

L’échange des princesses, Chantal Thomas, Le Seuil, 2013, 348 pages

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24
Fév
14

Femen

Quand Federico a écrit cet article en avril 2013, juste après sa lecture, il a choisi de ne pas le publier car il ne souhaitait pas se mêler aux polémiques faisant rage autour du mouvement Femen. Aujourd’hui, réalisant que la grande majorité de ceux qui vouent Femen aux gémonies ne connaissent rien à leur parcours, notre ami lapin décide de se mouiller un peu et de défendre ces jeunes femmes, pas assez discrète aux yeux des bien-pensants.

noté 2 sur 4

Avant d’avoir ce livre entre les pattes, Federico avait très rapidement entendu parlé de ces féministes aux seins nus lors d’une de leur intervention en Italie, à l’occasion des dernières élections. C’est donc sans en savoir bien long sur ce mouvement que notre chroniqueur a entamé sa lecture.

La couverture a évidemment interpellé Federico : une jeune femme seins nus, coiffée d’une couronne de fleurs virginale et brandissant un poing déterminé, ça sort de l’ordinaire. Cette jeune fille est Inna Shevchenko, elle est Ukrainienne et ne s’est pas dit un matin, « tiens, et si je faisais sauter le haut pour défendre le féminisme ? ». Non, Femen, comme Rome, ne s’est pas faite en un jour.femen

Et c’est l’atout majeur de ce livre-manifeste (il est écrit par les membres du groupe et une journaliste) : nous raconter l’aventure de ce mouvement radical et très controversé depuis sa genèse et ce, dans l’ordre chronologique. L’ensemble est donc très didactique, manque un peu de relief, mais est très intéressant. Tout commence en Ukraine quand des jeunes femmes, désabusées par la politique menée dans leur pays, se rapprochent autour d’un sujet qui leur est cher : le féminisme. Pour situer le contexte en vitesse, disons que l’Ukraine est pas mal bloquée par la corruption et que la prostitution y fait l’objet d’un marché prospère, peu gêné par les autorités. Les premières actions médiatiques des Femen ont d’ailleurs été menées pour dénoncer le tourisme sexuel en Ukraine à la veille de la dernière coupe d’Europe de football.

Depuis, il semble que rien ne peut arrêter ces amazones. Leurs combats sont multiples et ont évolué en même temps que leur mouvement s’est internationalisé. Au départ c’était surtout le tourisme sexuel en Ukraine qui était dénoncé, puis elles ont dépassé les frontières pour lutter contre le patriarcat en Europe (attaque des institutions religieuses, protestation contre les malversations politiques, défense de femmes victimes de violences, etc). Aujourd’hui des antennes de Femen existent à Paris et au Brésil.

Quant aux moyens d’action, l’observation de leur évolution a passionné notre ami lapin. Les Femen ont commencé par des manifestations qu’elles voulaient originales, pacifistes et artistiques. Rapidement, elles ont compris que leur mouvement ne serait entendu qu’en utilisant des codes forts, tels que leur nudité. À mesure que les actions se sont radicalisées, les risques pris ont augmenté. On ne va pas manifester dans une bonne vieille dictature comme la Biélorussie sans s’attirer quelques problèmes avec les autorités locales. À force de coups, de séjours en prison et d’intimidations, les Femen ont appris à se défendre et forment à présent une véritable armée de révolutionnaires jusqu’auboutistes et très entraînées.

Aujourd’hui, les Femen gênent un peu tout le monde. Ceux contre qui elles luttent mais aussi ceux qu’elles défendent. Ainsi, de plus en plus de mouvements féministes leur reprochent de représenter un féminisme trop fermé sur les autres cultures, de partir en croisade contre des traditions qu’elles ne connaissent pas. C’est, selon notre ami lapin, leur principale limite et le point faible sur lequel se basent leurs détracteurs pour les descendre en flèche, sans se soucier de mieux connaître les origines de ce mouvement.

Ce que Federico retient de cet ouvrage totalement subjectif, c’est l’impressionnante détermination de ces jeunes femmes qui s’engagent corps et âme dans ce à quoi elles croient. Malgré certains discours loin de sa philosophie, notre ami lapin admire beaucoup le culot et l’énergie créatrice qui animent les Femen.

Galia Ackerman, Anna Houtsol, Inna Chevtchenko, Oksana Chatchko, Sacha Chevtchenko, Femen, Calmann-Levy, mars 2013, 260 p.

10
Fév
14

Marathon critique à la bourre

Federico a eu une fin d’année 2013 très riche en belles découvertes littéraires. Malheureusement, notre ami lapin a un peu trainé de la patte pour les chroniquer. Il est aujourd’hui bien décidé à réparer cette erreur, mais ces lectures datant un peu, il opte pour cette formule que vous connaissez bien : le marathon critique !

Après la salve de zéros carottes pour des bandes dessinées toutes nulles, voici une botte de trois, voire quatre carottes pour des romans, tous genres confondus, qui valent le détour !

Les chroniques de Wildwood

©Michel LafonPrue vit à Portland avec ses parents et son petit frère Mac. Tout va très bien jusqu’au jour où Mac est inexplicablement enlevé par un groupe de corneilles ! Ces dernières l’emmènent vers le territoire interdit, une partie de la ville recouverte d’une forêt où nul n’ose s’aventurer, de crainte de ne jamais en revenir. Se sentant terriblement coupable de cet enlèvement, Prue cache la vérité à ses parents et décide de braver le danger : elle part à la recherche de son frère, accompagnée par un camarade d’école, Curtis.

Ce roman est très rafraichissant, surtout pour un lapin qui a un peu perdu l’habitude de lire des romans jeunesse. L’imagination débordante de Colin Meloy a donné naissance à un univers plein d’aventures et de créatures étonnantes. L’auteur sait suivre les codes du roman d’apprentissage tout en s’éloignant des schémas vus et revus. Son histoire regorge de bonnes surprises. Les deux héros sont très crédibles, absolument normaux face aux dangers et aux responsabilités qu’ils doivent affronter. Les illustrations naïves de Carson Ellis complètent très bien le récit et renforcent le côté « bel objet » du livre. Federico a trouvé certains passages un peu simplistes, mais l’histoire est prenante et il a passé un excellent moment. Notre ami lapin lira très probablement la suite un jour (il disait la même chose avec Sublutetia, qui en compte déjà deux et qui n’ont toujours pas rejoint ses étagères !)

La terre fredonne en si bémol

Voici un très joli roman qui a entraîné Federico sur les terres galloises dans les années 1950. L’héroïn©10-18e, Gwenni, est une fille de 12 ans qui parvient à concilier une imagination débordante et une famille tristement terre à terre. Quand un homme disparaît, tout le petit village est en émoi et chacun y va de son commérage. Malgré les barrières qui se dressent devant elle – parmi elles, la folie grandissante de sa mère – Gwenni décide de mener l’enquête à sa façon, ce qui va l’amener à sonder les secrets de chacun.

Aussi rafraichissant qu’une promenade dans les vertes contrées galloises, ce roman est un petit bijou de simplicité narrative et de fantaisie, tout en étant emprunt d’une certaine complexité cachée dans les non-dits. Cette complexité est celle du monde des adultes et tout au long de sa lecture Federico espérait qu’elle n’affecte pas l’univers de Gwenni. Conte, roman d’apprentissage, chronique familiale, ce roman est un peu tout cela à la fois. Il est surtout un petit trésor de littérature qui est passé assez inaperçu. Courrez chez votre libraire pour réparer cette erreur !

Un intérêt particulier pour les morts

Ce roman vaut surtout pour son contexte – Londres en pleine ère victorienne –  et son héroïne – une jeune femme dont le manque de ressources financières est compensé par une grande vivacité d’esprit. Elizabeth Martin débarque à Londres pour y prendre la place de demoi©10-18selle de compagnie d’une veuve. Celle qu’elle remplace s’est honteusement enfuie avec un homme (gourgandine !), mais elle n’est pas allée bien loin puisqu’on retrouve bientôt son cadavre sur le chantier de la future gare de Saint Pancras. Sentant bien qu’elle vient d’arriver en terrain miné, Elizabeth décide d’anticiper sur de futurs ennuis en menant sa propre enquête. Inutile de préciser qu’elle va s’en attirer plein de nouveaux, des ennuis. Heureusement, Benjamin Ross, le sympathique commissaire de Scotland Yard chargé de l’enquête officielle garde un œil sur elle. Le lecteur suit parallèlement les investigations d’Elizabeth et Benjamin, narrées de leur point de vue, ce qui est une bonne façon de tenir en haleine car on a toujours une petite longueur d’avance sur les personnages.

L’enquête, menée avec les moyens de l’époque et dans le strict respect des convenances (ce qui limite pas mal la marge de manœuvre), se tient très bien, jusqu’à la résolution finale qui flirte un peu avec la facilité. Mais les personnages sont tellement charmant qu’au final, Federico n’en a pas tenu rigueur à l’auteur. La bourgeoisie hypocrite et coincée en prend pour son grade, plus préoccupée à sauver les apparences que par la résolution du crime. Heureusement, quelques personnages plus nuancés empêchent le récit de tomber dans la caricature. Notre ami lapin a pris beaucoup de plaisir à cette lecture. Un intérêt particulier pour les morts est un roman qu’on a pas envie de lâcher, moins grâce à l’intrigue policière qu’aux intrigues romantiques qui brouillent les pistes en filigrane et apportent un peu de piment à l’histoire.

La dernière fugitive

Federico a décidément un truc avec les héroïnes parties de rien qui bravent les dangers d’une nature sauvage et des hommes à peine moins sauvages. Après La veuve et Sous la terre, voici La dernière fugitive. Le dernier roman de Tracy Chevalier est le premier que notre ami lapin réussit à finir. Jamais vraiment attiré par La jeune fille à la perle il s’était cassé les incisives sur ©Quai VoltaireProdigieuses créatures.

Honor Bright, jeune quakeresse, quitte sa confortable Angleterre et le cocon familial pour suivre sa sœur vers l’Ohio pas complètement civilisé de cette moitié de XIXe siècle. Frappée de plein fouet par un drame à peine arrivée aux États-Unis, elle va apprendre à s’affirmer à contre courant du carcan de sa communauté, tout en respectant les valeurs égalitaristes de cette dernière. Ainsi, dans le pays de la liberté, elle va se mettre en danger pour venir en aide à des esclaves en fuite. Perpétuellement tiraillée entre ses convictions, ses émotions et sa peur d’une loi injuste, Honor (à ne pas confondre avec Hodor, du Trône de fer) va malgré tout prendre son existence en main, ce qui, pour une femme de cette époque était en soi un sacré défi. Cette quête est décrite de telle façon, en s’attachant aux détails et aux impressions de l’héroïne que Federico a été emporté dans son sillage. Honor est de ces personnages qu’il est passionnant de voir évoluer dans l’adversité. L’écriture de Tracy Chevalier est belle, et les ellipses sont très bien amenées grâce aux lettres échangées par les personnages. Un excellent roman dont on sort grandi… et avec une furieuse envie de faire du patchwork (le sport national quaker).

Sous la glace

Federico a adoré ce policier qui s’éloigne radicalement de la tendance actuelle des polars glauques et tourmentés. Sous la glace ne se consacre pas à disséquer les noirceurs de l’âme humaine mais plutôt à en extraire toute la lumière. Cette histoire – deuxième volet des enquêt©Actes Sudes d’Armand Gamache après Nature morte – nous emmène dans le village typiquement Québécois de Three Pines pour tenter d’élucider le mystérieux assassinat d’une femme mégalomaniaque détestée de tous. L’ambiance de Noël est extrêmement agréable : Federico avait envie de se blottir dans un plaid bien chaud et de ne jamais cesser sa lecture ! L’enquêteur est un homme charismatique, intuitif et très humain qui s’attache aux détails qui font des gens ce qu’ils sont.

L’enquête au cœur du roman ne nous plonge pas dans un insoutenable suspens mais donne lieu à une trame plus classique, proche du whodunit, axée sur l’observation attentive des personnages et des interrogatoires plein d’empathie, plutôt que sur la crainte liée à la présence du criminel dans les parages. Louise Penny relie ses romans entre eux grâce à une menace qu’elle fait planer sur Armand Gamache depuis Nature Morte et qui, à la fin de Sous la glace semble encore plus présente. Le mystère qui entoure les collègues de l’enquêteur semble encore plus opaque. Pour Federico, qui n’a pas lu le premier opus, l’absence de certains éléments a quelque peu manqué à la compréhension totale de la situation, mais Louise Penny a su construire son roman de façon à ce que le lecteur qui prend la série en cours de route ne soit pas du tout perdu. Ce côté flou renforce au contraire l’aura très particulière qui se dégage d’un livre dans lequel il est beaucoup question de poésie, d’art, de mysticisme et de degrés en dessous de zéro. Intrigant et unique !

Récap’ :

Collin Meloy, Carson Ellis, trad. Jean-Noël Chatain, Les chroniques de Wildwood, Michel Lafon, novembre 2012, 520 p.

Mari Strachan, trad. Aline Azoulay-Pacvon, La terre fredonne en si bémol, 10/18, décembre 2013, 357 p.

Ann Granger, trad. Delphine Rivet, Un intérêt particulier pour les morts, 10/18, juin 2013, 379 p.

Tracy Chevalier, trad. Anouk Neuhoff, La dernière fugitive, Quai Voltaire, octobre 2013, 373 p.

Louise Penny, trad. Michel Saint-Germain, Sous la glace, Actes Sud, septembre 2013, 455 p. [Collection Babel Noir]

04
Fév
14

L’incroyable histoire de Wheeler Burden

Un roman de Selden Edwards, traduit par Hubert Tézenas

noté 2 sur 4

En lisant les premiers chapitres de ce roman, Federico s’est dit que ça sentait la critique à trois carottes. Mais en achevant sa lecture, notre ami lapin a du se rendre à l’évidence : L’incroyable histoire de Wheeler Burden a perdu une carotte en cours de route. Voici le récit de cette étonnante disparition.

En 1988, Wheeler Burden est une star internationale : ancien prodige du base-ball à l’université, idole d’une génération au sein de son groupe de rock et auteur reconnu de tous depuis la publication de son livre sur les pensées de son professeur d’histoire, Arnauld Esterhazy. Pourtant, dès le premier chapitre, Wheeler se réveille à Vienne… en 1897. Il n’a évidemment rien à faire là et pas la moindre idée de comment il y est arrivé. Pourtant, au lieu de paniquer et de se mettre à courir comme un poulet sans tête, notre héros prend les choses avec philosophie et profite de ce voyage dans le temps pour visiter cette ville qu’il connait bien sans jamais y avoir mis les pieds. Comment se fait-ce ? C’est grâce à son mentor, Arnauld Esterhazy, viennois d’origine, qui ne tarissait pas d’anecdotes sur cette ville témoin de grands événements en cette fin de XIXe siècle et au début du XXe. Résolument maître de lui-même, Wheeler dévalise un citoyen américain en voyage à Vienne et décide d’aller chercher de l’aide et une explication à sa présence ici chez… Sigmund Freud. Trop fastoche !

©Cherche MidiUn peu freiné au départ par l’écriture assez dense de l’auteur, Federico n’a mis que quelques chapitres à rentrer dans cette histoire déconcertante. La première partie du livre se consacre finalement assez peu au voyage de Wheeler, laissant la part belle au récit de son enfance, donnant ainsi lieu aux épisodes les plus intéressants du livre. Le jeune Wheeler a en effet eu un parcours haut en couleurs, grâce à son caractère et à son intelligence, mais également aux personnes formidables qui l’ont entourées. Notre ami lapin a tellement apprécié cet aspect biographique qu’il a commencé à décrocher quand le livre s’est recentré sur le voyage dans le temps. La narration y est toujours aussi agréable mais c’est plutôt l’histoire en elle-même qui a déçu Federico.

Déjà, soulignons que les révélations (genre, un parfait inconnu rencontré au hasard se révèle être un ancêtre de Wheeler) ne sont pas spécifiquement surprenantes, on les flaire à 15 pages de là. Mais cela est tellement récurrent dans le livre que Federico soupçonne l’auteur de l’avoir fait exprès. En revanche, ce que notre ami lapin n’a pas pu dépasser, c’est l’aberrante insouciance du héros. Môssieur fait un voyage dans le temps et, plutôt que de chercher à savoir comment il est arrivé là, il se fait fabriquer un frisbee (!) et fricote dangereusement avec une donzelle, sans se soucier des conséquences catastrophiques que ses actes peuvent avoir sur l’avenir. Trop occupé à fustiger l’inconscient égoïsme de Wheeler Burden, Federico ne s’est même pas rendu compte que le livre venait de changer de genre (au moins, sur ce plan, l’effet de surprise fut total). De roman d’apprentissage aventuro-fantastico-historique enthousiasmant, L’incroyable histoire de Wheeler Burden se transforme, vers le troisième tiers en conte philosophique déprimant. L’auteur y présente le temps comme un cycle immuable, à la volonté duquel les hommes sont soumis, sans aucune marge de manœuvre. Federico ne comprend pas pourquoi l’auteur a mis temps de temps à nous présenter ses personnages comme des êtres indépendants, aventureux et épris de liberté, pour au final les condamner à une absence totale de libre arbitre, les enfermer dans la fatalité.

En écrivant ces lignes, notre ami lapin prend du recul sur sa lecture et commence à voir ce livre comme une mise en abîme du travail de romancier et de l’empire qu’il exerce sur ses personnages. Mais Federico ne peut pas prétendre savoir ce que Selden Edwards avait derrière la tête pendant les trente années passées sur ce livre, il se contentera donc de dire qu’il a été fort déçu par la tournure de cette histoire.

En revanche, la ville de Vienne y est présentée de telle façon, qu’une petite excursion sera à prévoir dans les années à venir.

Selden Edwards, L’incroyable histoire de Wheeler Burden, Le Cherche Midi, janvier 2014, 650 p.

03
Fév
14

Les Orphelines d’Abbey Road

Une série jeunesse d’Audren.

noté 2 sur 4

C’est parce qu’il est un amoureux fou de Jane Austen et des sœurs Brontë que Federico a été attiré par les couvertures de la série Les Orphelines d’Abbey Road. Les orphelinats, les robes grises, les cols en dentelle, toussa… Les Orphelines, c’est un peu ça, mais avec d’autres choses encore ! Notre ami lapin a donc été positivement surpris par ces romans qui prennent une tournure inattendue, mais il s’est un peu ennuyé ensuite…

© L'école des loisirs, 2012Au final, quelle est l’histoire ?

Pensionnaire de l’orphelinat d’Abbey Road, Joy conserve l’espoir de revoir un jour ses parents, disparus dans un naufrage. Cela fait pourtant des années qu’elle y réside, obéissant à l’éducation stricte des sœurs et se liant d’amitié avec Margarita, June, Prudence et les autres (jeune orpheline triste, éducation sévère et amitiés de dortoirs, check ! Pour le moment, on n’est pas loin de Jane Eyre). Lorsqu’elles découvrent le souterrain sous l’abbatiale, les jeunes filles ne se doutent pas des choses étranges et dangereuses qu’elles pourront y dénicher. Depuis leur dernière excursion, Prudence est comme possédée d’un mal étrange causé par le Diable Vert (ah tiens, du surnaturel, là on se sent plus chez Mary Shelley ou sur les hauts de Hurlevent !). C’est pour la guérir que Joy, accompagnée de l’espiègle Ginger aux pouvoirs étonnants, fera connaissance avec le mystérieux monde d’Alvénir (qui ressemble beaucoup au pays des merveilles d’Alice !).

On ne sait pas trop à quelle époque se déroulent les aventures de Joy, mais on situe tout de même vers la fin du XIXe siècle. Quoi qu’il en soit, on est inévitablement marqué par les références de la littérature anglaise, celle du vent sur les landes et des jeunes filles ballotées par la vie. Les Orphelines d’Abbey Road mêle donc le roman d’époque, le merveilleux et le surnaturel. Certains passages inquiétants peuvent donner le frisson, tout comme l’univers d’Alvénir amuse et éveille la curiosité. Mais c’est aussi une histoire sur la construction des liens : l’autorité, la famille, l’amitié voire l’amour. Alors qu’elles rêvent tout simplement d’être des enfants aimés et écoutés, les orphelines seront conduites à se rebeller face à la déraisonnable rigidité des adultes.

Joy réfléchi beaucoup à ce qu’elle est et à ce qu’elle apprend au fil de ses aventures. Notre ami lapin l’associe à une Alice plus mature et perspicace que l’héroïne de Lewis Carroll. Quant à l’univers d’Alvénir, fluctuant et absurde, c’est un Pays des merveilles revisité et approfondi. Les dialogues sont l’occasion de jeux de mots et de réflexions sensées face aux incongruités, et ce non sans rappeler avec plaisir l’autre côté du miroir…

Tout allait bien, donc, avec une préférence pour le deuxième tome.

Mais la lecture du troisième tome a été plus mitigée. Bon, Federico n’avait pas de grandes attentes, étant prêt à se laisser emporter n’importe où ! Mais cet opus, Les lumières du passé, est assez redondant vis-à-vis du deuxième : les orphelines retournent une seconde fois dans le monde d’Alvénir pour y chercher quelque chose (Federico ne sait plus quoi). Et ça cause, et ça marche, et ça cogite… Comme ça arrive souvent dans les univers parallèles, leurs habitants ont l’air moins consistants et plus neuneus que ceux du vrai monde, ce qui est assez dommage et ennuyant à la longue. Ajoutez à ça l’héroïne qui vire fleur bleue, et vous gagnez un lapin pas fâché de terminer sa lecture pour passer à autre chose !

Les orphelines d’Abbey Road, tome 1 : Le diable vert, Audren, 2012, L’école des loisirs, 288 pages

Les orphelines d’Abbey Road, tome 2 : Le monde d’Alvénir, Audren, 2013, L’école des loisirs, 304 pages

Les orphelines d’Abbey Road, tome 3 : Les lumières du passé, Audren, 2013, L’école des loisirs,




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