Archive pour mai 2013

24
Mai
13

Cranford

Un roman d’Elizabeth Gaskell

noté 3 sur 4

Il y a peu de temps, Federico vous avait parlé avec un enthousiasme exubérant de Nord et Sud. Cette lecture a marqué le début d’une histoire d’amour entre Federico et Elizabeth Gaskell. Bon, techniquement, c’est une relation à sens unique puisque Federico ne l’a jamais rencontrée et qu’en plus elle est sacrément décédée. Mais qui s’en soucie avec des romans aussi délicieux ?

Nord et Sud avait donné lieu à une séance de dévoration livresque : Federico a l’a lu presque d’une traite, au mépris des lois du sommeil et du réveil matin. Point de ce genre d’excès pour Cranford, et pour cause : ce livre n’est pas emprunt de la même passion que son prédécesseur.©Points

Cranford est une petite ville d’Angleterre où les femmes sont largement majoritaires. Veuves ou demoiselles, elles partagent – en plus de leur goût pour les ragots – deux caractéristiques : leurs jeunes années sont derrières elles et elles sont toutes plus ou moins fauchées. C’était le lot de bien des femmes au XIXe siècle : l’absence de mari allait de pair avec l’absence d’un revenu conséquent. Heureusement pour elles et le lecteur, nos héroïnes savent ménager les apparences et s’accommodent avec beaucoup d’imagination de leur situation. L’important c’est que ça ne se voie pas trop et es ruses déployées pour y parvenir sont toutes plus amusantes les unes que les autres.

Federico a adoré picorer ce livre fait de micro événements – tel que l’arrivée d’un nouveau voisin et ses filles – et de délicieux moments de quotidien. Il a découvert une autre facette de la plume d’Elizabeth Gaskell : malicieuse et pleine d’une tendre ironie. On est tenté de se moquer de ces personnages aux manies risibles mais l’auteur est suffisamment maître de son sujet pour nous éviter cet écueil. On s’attache à ces héroïnes loin des modèles romanesques que sont Margaret Hale ou Elizabeth Bennet. Pour elles point d’émois amoureux ni de longues marches sous la pluie. À Cranford, l’aventure c’est d’aller voir un théâtre ambulant et le cœur est tourné vers les amis et la famille.

De cette chronique de la vie à Cranford, Federico ne garde qu’un seul regret et il concerne la narratrice. Celle-ci, au petits soins pour ses vieilles amies est trop discrète et reste une inconnue pour le lecteur. Notre ami lapin a été assez frustré de ne pas en savoir plus sur cette femme extrêmement sympathique. Pourtant elle aussi aurait mérité son heure de gloire : c’est à travers son regard amusé et indulgent qu’Elizabteh Gaskell nous fait entrer dans ces maisons bien rangées et nous régale de très très bons moments de lecture.

03
Mai
13

La liste

Un roman (ado) de Siobhan Vivian

noté 3 sur 4

L’auteur dont Federico va vous parler a eu la très bonne idée d’aller mettre son nez dans les affaires d’un lycée américain et de ne pas se contenter de gratter en surface. Elle y est allée au tractopelle et c’est tant mieux.

Tous les ans, le début d’année au lycée de Mount Washington est l’occasion de la publication d’une liste des plus déconcertantes : elle désigne la plus moche et la plus belle des filles de chaque niveau. En plus d’être un acte de pure méchanceté gratuite, cette liste n’est bien évidemment pas signée. Une semaine avant le bal de début d’année, le couperet tombe et les huit lauréates n’ont plus qu’à en subir les conséquences.©Nathan

C’est cette semaine cruciale entre la parution de la liste et le sacro-saint bal que l’auteur nous propose de vivre aux côtés de ces filles qui se retrouvent du jour au lendemain obligées de se justifier d’être belle ou moche. Là ou Siobhan Vivian pourrait nous servir une histoire mièvre centrée sur « l’importance de la beauté intérieure » (à prononcer avec une voix de mijaurée) avec transformation des moches en bombasses (il n’y a que dans les fictions que calque photoshop a remplacé le maquillage), elle nous épargne la guimauve. Ses héroïnes sont très humaines, sans exception. Chacune avance avec ses casseroles et lutte comme elle le peut. Que l’on soit désignée belle ou moche, la problème est le même : le regard des autres est radicalement modifié par la liste. Entre celles qui se retrouvent subitement entourées d’amies toutes neuves et celles qui luttent pour garder la tête haute, une constante demeure : il faut reprendre le contrôle de son image.

Cette étrange tradition a surtout été l’occasion de partager le quotidien de ces jeunes filles qui évoluent dans un univers où les apparences sont reines. Il ne s’agit pas de dire si c’est bien ou si c’est trop méchant, bouh. C’est pas drôle mais c’est comme ça, voyons comment le vivent ces huit là. Plus qu’une histoire avec un début et une fin, La liste est un petit instantané dans la vie de ces adolescentes dont le seul point commun est d’être placées sur le devant de la scène. La liste est une épreuve parmi d’autres : la famille, les copines, les notes, le sport, l’amour, etc, sont finalement bien plus importantes dans leur vie et c’est ce que l’auteur nous montre avec beaucoup de talent.

L’écriture est ultra basique, comme souvent en roman ado mais sa neutralité renforce l’empathie que le lecteur peut ressentir pour ses filles : on n’est pas là pour juger. L’auteur jongle entre la personnalité unique de chacune de ses héroïnes et le côté universel de leur réaction. En assemblant ces huit voix, elle compose un texte sensible plein de lucidité, mais aussi d’optimisme.

Et puis n’oublions pas la petite interrogation qui a titillé les moustaches de Federico : qui se cache derrière la liste ?




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