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05
Mar
14

Mon ami Dahmer

Une bande dessinée de Derf Backderf.

noté 3 sur 4

Certains ont des amis d’enfance qui deviennent policier ou prof, d’autres ont des potos qui aiment le risque et choisissent libraire ou bibliothécaire… Mais vous en avez déjà eu un qui est devenu serial killer ? Non ? Eh bien l’auteur de cette bande dessinée, oui !

© Ça et là, 2013Voici donc Mon ami Dahmer, le biopic troublant et fascinant de Jeffrey Dahmer, tueur en série américain ayant « œuvré » autour des années 1980. Mais c’est de son adolescence dont nous parle le journaliste et dessinateur Derf Backderf.

Dahmer était un ado bizarre et réservé, mais il fréquentera tout de même la bande d’ami de Derf pendant plusieurs années, dans le lycée d’une petite ville du côté de Cleveland, dans l’Ohio. Son environnement familial était plutôt instable : sa mère était assez rigide en plus d’avoir parfois des crises de démence, son père (un chimiste, ce qui permit au petit Dahmer de jouer à dissoudre des animaux dans divers bocaux…) semblait souvent absent, et le divorce final a été particulièrement violent. C’est au moment de la séparation de ses parents et la fin de ses études secondaires (donc vers ses 18 ans) que Dahmer commet son premier meurtre, le premier sur 17.

Se basant sur ses souvenirs et ceux de ces anciens camarades, en plus d’un tas d’autres sources, l’auteur nous fait le triste portrait de Dahmer, un adolescent avant tout solitaire et décalé, mortifié par ses pulsions sexuelles, qui devint de plus en plus imprévisible, morbide et alcoolique au fil des ans…

Certes, notre ami lapin reconnait que le dessin n’est pas des plus ravissant, mais on s’habitue très vite au style de Backderf, et on se passionne pour le personnage flippant qu’était celui qui deviendra « le cannibale de Milwaukee », condamné à 957 ans de prison ! (il n’en fera que 3 ans car il est assassiné par un autre pensionnaire pas très fréquentable)

À défaut d’êtres humains, Federico a véritablement dévoré cette bande dessinée soutenue par des appendices (préface et notes) vraiment passionnantes pour tout savoir sur la genèse d’un serial killer.

Mon ami Dahmer, Derf Backderf, 2013, Ça et là, 224 pages

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03
Mai
13

La liste

Un roman (ado) de Siobhan Vivian

noté 3 sur 4

L’auteur dont Federico va vous parler a eu la très bonne idée d’aller mettre son nez dans les affaires d’un lycée américain et de ne pas se contenter de gratter en surface. Elle y est allée au tractopelle et c’est tant mieux.

Tous les ans, le début d’année au lycée de Mount Washington est l’occasion de la publication d’une liste des plus déconcertantes : elle désigne la plus moche et la plus belle des filles de chaque niveau. En plus d’être un acte de pure méchanceté gratuite, cette liste n’est bien évidemment pas signée. Une semaine avant le bal de début d’année, le couperet tombe et les huit lauréates n’ont plus qu’à en subir les conséquences.©Nathan

C’est cette semaine cruciale entre la parution de la liste et le sacro-saint bal que l’auteur nous propose de vivre aux côtés de ces filles qui se retrouvent du jour au lendemain obligées de se justifier d’être belle ou moche. Là ou Siobhan Vivian pourrait nous servir une histoire mièvre centrée sur « l’importance de la beauté intérieure » (à prononcer avec une voix de mijaurée) avec transformation des moches en bombasses (il n’y a que dans les fictions que calque photoshop a remplacé le maquillage), elle nous épargne la guimauve. Ses héroïnes sont très humaines, sans exception. Chacune avance avec ses casseroles et lutte comme elle le peut. Que l’on soit désignée belle ou moche, la problème est le même : le regard des autres est radicalement modifié par la liste. Entre celles qui se retrouvent subitement entourées d’amies toutes neuves et celles qui luttent pour garder la tête haute, une constante demeure : il faut reprendre le contrôle de son image.

Cette étrange tradition a surtout été l’occasion de partager le quotidien de ces jeunes filles qui évoluent dans un univers où les apparences sont reines. Il ne s’agit pas de dire si c’est bien ou si c’est trop méchant, bouh. C’est pas drôle mais c’est comme ça, voyons comment le vivent ces huit là. Plus qu’une histoire avec un début et une fin, La liste est un petit instantané dans la vie de ces adolescentes dont le seul point commun est d’être placées sur le devant de la scène. La liste est une épreuve parmi d’autres : la famille, les copines, les notes, le sport, l’amour, etc, sont finalement bien plus importantes dans leur vie et c’est ce que l’auteur nous montre avec beaucoup de talent.

L’écriture est ultra basique, comme souvent en roman ado mais sa neutralité renforce l’empathie que le lecteur peut ressentir pour ses filles : on n’est pas là pour juger. L’auteur jongle entre la personnalité unique de chacune de ses héroïnes et le côté universel de leur réaction. En assemblant ces huit voix, elle compose un texte sensible plein de lucidité, mais aussi d’optimisme.

Et puis n’oublions pas la petite interrogation qui a titillé les moustaches de Federico : qui se cache derrière la liste ?




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