Archives de février 2013

27
Fév
13

Marathon critique, encore

Pas à la hauteur, pas passionnant, pas assez long, pas courageux… Voici les diverses raisons pour lesquelles Federico n’a pas écrit un vrai article pour les ouvrages suivants. Ce n’est pas grave, un petit marathon critique, c’est bien aussi !

Indigo, Catherine Cusset, Gallimard, janvier 2013, 320 p.

noté 2 sur 4

indigoAprès avoir entendu les meilleures choses sur cette auteure, Federico s’est avidement jeté sur son nouvel ouvrage. Le fait que l’action ait lieu en Inde, pays qui intéresse plutôt notre ami lapin, participait à son enthousiasme. Malheureusement, celui-ci s’est évanoui dès les premières pages. Non pas que le livre soit mal écrit, les personnages mal dépeints ou l’histoire pas intéressante. Au contraire, cette parenthèse indienne dans le quotidien de héros bien différents qui arrivent tous avec leurs failles et repartent changés à jamais est bien menée. Mais jamais Federico n’a réussi a aimer ce livre autant qu’il aurait voulu. Pire, la lecture fut longue et un peu forcée, en attendant une étincelle qui n’est jamais venue.

Un sentiment plus fort que la peur, Marc Levy, Robert Lafon, février 2013, 440 p.

noté 1 sur 4

Parce qu’il ne faut pas mourir idiot, Federico a lu son premier Marc Levy. De part sa réputation d’auteur utilisant les même ficelles depuis 14 livres, Marc Levy n’avait jamais fait les yeux doux à notre rongeur. Après une lecture outrageusement rapide, ce n’est toujours pas le cas. L’écriture est très fluide, c’est un bon point à noter : Marc Levy sait choisir les mots sur lesquels le cerveau ne butera pas. Alors oui, c’est super méga trop facile à lire, mais ce n’est pas ce que cherche Federico quand il attaque un bouquin. Que dire du contenu ? L’histoire, qui mêle espionnage et questions poltico-éologiques actuelles, tient la route mais tout sonne creux, aucune émotion n’a germé dans le petit corps de Federico aux moments cruciaux de l’intrigue… ni aux autres d’ailleurs.

La guerre des saints, Michela Murgia, Seuil, janvier 2013, 115 p. 

noté 3 sur 4

murgiaVoici un roman qui aurait mérité quelques pages de plus. L’auteur nous embarque en Sicile, à Crabas plus précisément, petit village qui va brusquement se retrouver secoué par une querelle de clochers. Au sens propre du terme puisque l’objet de la discorde est la création d’une nouvelle paroisse au sein de la commune. Au cœur de cette truculente histoire, c’est surtout l’amitié qui est célébrée à travers les liens de trois enfants. Ce roman plein de soleil et de gaieté est un peu comme les vacances : on est à peine dedans que c’est déjà fini !

17
Fév
13

La Brigade des crimes imaginaires

Un roman jeunesse de Daniel Nayeri.

noté 1 sur 4

Federico est très sceptique face à ce roman, certes atypique mais plutôt décevant. Face à la quatrième de couverture qui déploie des monceaux d’arguments commerciaux, notre ami lapin s’est senti vexé tant il a eu la désagréable impression d’être pris pour une huitre consumériste… « Toy Story, Matrix, Inception, The Watchmen », non seulement le roman s’approche très peu de ces références, mais c’est, selon lui, outrageusement déplacé de chercher à vendre un bouquin en ventant une culture populaire vaguement environnante plutôt que le livre en lui-même.

Bon, Federico descend de ses grands chevaux, oublie la couverture et entre dans le détail du roman.

En fait, il s’agit plutôt de quatre mini-romans, mais d’une qualité malheureusement inégale.

© Editions Hélium, 2012Fort d’un style narratif et d’un humour cynique bien marqué, l’auteur semble prendre plaisir à raconter ces histoires, il est vrai, étonnantes. Cependant, il est très difficile de rentrer dans chacune d’entre-elles, tant l’étrangeté des univers et la loufoquerie du ton de l’écriture déstabilisent et perdent les lapins. Il faut à chaque fois un petit moment avant de comprendre qui sont les personnages (nom, âge, mais aussi « race » car on trouve des djinns, des poissons, des jouets, des avatars de jeux vidéo, en plus d’humains plus ou moins normaux…) et dans quel univers tout ce beau monde évolue.

Par là-même, les histoires racontées ne parviennent pas à intéresser et captiver suffisamment pour prendre du plaisir à la lecture. Ceci est particulièrement vrai pour la seconde histoire : Duel à Toy Farm, dont le jeune héros est un épouvantail maladroit et patibulaire vivant dans une ferme qui cultive des jouets. L’histoire de La Brigade des crimes imaginaires (avec le concept des mauvais vœux qui se réalisent) et Notre-Dame-des-Traîtres (où le virtuel domine le monde) développent quant à elles des idées foisonnantes et inventives qui auraient méritées un roman à elles seules. Pour finir, Coco et Cloclo est une histoire d’amour de conte de fées racontée par la Mort en personne (un narrateur très cynique qui fait immanquablement penser au personnage de La Mort dans Les Annales du Disque-monde de Terry Pratchett) mais l’histoire est pourtant assez banale et longue à la détente…

Ainsi, les références à la culture populaire et geek mitraillées en quatrième de couverture ne sont pas au rendez-vous, et le tout se révèle assez brouillon, peu agréable à lire, maladroit, et parfois frustrant. On ne trouve presque aucun héros central à qui s’attacher, et un seul héros adolescent dont il faut un petit moment avant de déterminer s’il s’agit d’un garçon ou d’une fille…

Dommage : l’humour et les idées sont là, mais l’emballage est mal fait.

Daniel Nayeri, La Brigade des crimes imaginaires et autres histoires fantastiques et déglinguées, traduit par Valérie Le Plouhinec, Hélium, 2012, 372 pages

12
Fév
13

Une femme aimée

Un roman d’Andreï Makine

noté 3 sur 4

Avec ce roman, Federico a fait trois découvertes :

    • Andrei Makine et sa remarquable plume ;
    • Catherine II ou la passion sous toutes ses définitions ;
    • que l’histoire avec un grand h ne se laisse pas apprivoiser facilement.

C’est d’ailleurs tout le problème d’Oleg Erdmann, cinéaste russe d’origine allemande (tout comme cette chère Catherine). Pendant plusieurs décennies, il sera obsédé par l’idée de faire un film racontant une autre Catherine, derrière la violence et les frasques sexuelles que l’histoire a retenu parce que ça l’arrangeait bien.

À travers Erdmann et son projet fou, ce sont deux Russie que notre ami lapin a visité.©Seuil

La première est celle du réalisateur, qui connaît l’émiettement inexorable du bloc soviétique puis l’après-chute du Mur de Berlin et l’arrivée (trop) brutale du capitalisme. Dans ces deux périodes, Erdmann devra renoncer à son projet de départ et multiplier les concessions qui l’éloigneront du mystère qu’il veut percer. Sous la dictature soviétique, c’est la censure qui ne veut pas voir une autre Catherine que celle qui a été construite par la propagande. Dans l’ère de la nouvelle Russie, il faut obéir aux lois du marché qui veulent du clinquant et du choquant.

La deuxième, c’est la Russie de Catherine. Cette tsarine aux multiples amants, amie des philosophes français et commanditaire de l’assassinat de son mari. Erdmann a recueilli une foultitude d’informations au sujet de Catherine et pourtant, plus il avance, plus elle semble lui échapper, plus le mystère s’épaissit. C’est là que l’écriture de Makine fait des merveilles : Federico a vécu à fond cette quête et avait lui même l’impression de poursuivre une chimère. Plus que d’essayer de démêler le vrai du faux avant de s’y perdre, Oleg veut répondre a une question toute simple : parmi tous les hommes qui ont entouré Catherine, y en a-t-il un qui l’ait aimé ? Quelques indices aussi minuscules que vaporeux incitent Oleg à répondre que oui. Oui, dans le tourbillon de violences et de passions qu’a traversé cette femme prisonnière de son destin, un amour lui a permis de s’évader, ne serait-ce qu’en rêve. Oleg veut y croire et il s’y raccroche parce que c’est ce même rêve qui le fait tenir dans ce monde qui lui échappe.

En tissant une infinité de fils entre Oleg, Catherine et leurs époques respectives, Andreï Makine crée une histoire passionnante et instructive où violence et liberté cohabitent. Il nous rappelle que l’histoire est une matière vivante et qu’il ne tient qu’à nous de lui donner un nouveau souffle.

Un grand roman que Federico, féru de grands destins et de petits détails, n’est pas près d’oublier.

Andreï Makine, Une femme aimée, Seuil, janvier 2013, 372 p.

02
Fév
13

Heureux les heureux

noté 2 sur 4

Le dernier roman de Yasmina Reza est encensé par la critique, plébiscité par les lecteurs et talonne Fifty Shades Of Grey en tête des meilleures ventes. C’est bien. N’empêche que, quinze jours après l’avoir lu, Federico n’a toujours pas trouvé d’intérêt à cet ouvrage.©Flammarion

Pour notre ami lapin, Heureux les heureux n’est qu’une succession de plaintes émises par quelques bourgeois insatisfaits, égoïstes et gravement aigris. Le tout rarement éclairé par quelques moments de complicité salvatrice. Par ailleurs, les personnage sont tous liés par le sang, l’amour ou l’amitié. Il est donc parfois difficile de s’y retrouver sans avoir, à proximité, un petit schéma récapitulant les différentes connexions. Certes, l’auteur excelle dans l’art de mettre en scène les frustrations, les vexations et autres guerres froides du quotidien. L’écriture est assez percutante, très bien adaptée au propos et suffisamment emballante pour vous emmener au bout de ce roman. C’est cela qui a aidé Federico a supporter les jérémiades de ces exaspérants personnages. Jusqu’au bout notre chroniqueur a espéré un élément perturbateur qui viendrait enrayer l’écrasante monotonie de leur quotidien et les sortir du schéma ma femme/mon mari est rasoir et ma maîtresse/mon amant est chiant. C’est caricaturé certes, mais Federico n’a pas envie de faire d’efforts, pas plus que ceux qui sont pris dans la comédie humaine dépeinte par Yasmina Reza.

En résumé, un roman très bien écrit mais victime de ses personnages. C’est pas de bol.

Yasmina Reza, Heureux les heureux, Flammarion, janvier 2013, 220 p.




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