Archive pour mars 2014

28
Mar
14

Souvenirs retrouvés

Les mémoires de Kiki de Montparnasse.

noté 3 sur 4

Ah, Kiki, Kiki… Federico aime beaucoup Kiki, la fameuse reine de Montparnasse. Aussi, lorsqu’il a appris qu’elle avait écrit ses mémoires, il s’est rué chez le libraire d’à côté pour les y débusquer !

© José Corti, 2005Notre ami lapin avait découvert Kiki il y a quelques années avec la bande dessinée de Catel et Bocquet. On y suivait la vie de Kiki dans les grandes lignes, avec moultes anecdotes et rencontres artistiques. Mais quoi de mieux pour connaître un tel personnage que de lire ses mémoires ? Il y a un gouffre entre la perception extérieure que l’on a d’une personne, et son ressenti intérieur. La Kiki des Souvenirs retrouvés n’a pas l’air aussi délurée ni aussi dévergondée que ce que l’histoire veut retenir d’elle.

Kiki était avant tout une jeune femme optimiste et sentimentale, qui a véritablement galéré tout au long de sa vie pour se sortir de la misère. Bâtarde crottée de la campagne bourguignonne, Alice Prin débarque à Paris à 13 ans où elle ne suivra qu’une année de scolarité avant d’être mise au travail. Délaissée et mal aimée par sa mère, elle était vouée à la prostitution mais y échappa de justesse grâce à un de ses principes majeurs : l’amour ne se vend pas ! C’est grâce à son attirance pour les artistes fauchés qui peuplent les cafés de Montparnasse que Alice s’en sort, en devenant modèle et chanteuse de cabaret. En devenant Kiki.

C’est là la partie la plus passionnante de ses souvenirs : comment une jeune fille sans le sou peut se sortir de la misère parisienne des années 1910 ? Kiki nous raconte ses galères, la faim, le froid, mais aussi la quête assez drolatique de la perte de sa virginité ; son ton est toujours enjoué, malgré la tristesse de certains de ses propos. Car les difficultés de la vie ne sont jamais loin, après la belle vie des cabarets pendant les années 1920, Kiki devra affronter la drogue, son surpoids et son alcoolisme, mais aussi la perte de ses proches : sa mère, son amant, des amis…

Souvenirs retrouvés est agrémenté de photos (notamment de Man Ray, qui fut son compagnon) mais aussi de reproductions des toiles réalisées par Kiki, car le modèle s’essaya lui aussi à la peinture.

Sous la machine à écrire libre de Kiki, on découvre le Paris nocturne des années folles, entre misère de la rue et joyeuses festivités, entre excès et convivialité, pas si différent de celui d’aujourd’hui…

Souvenirs retrouvés, Kiki de Montparnasse, José Corti, 2005, 256 pages

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21
Mar
14

Les enfants sauvages

Un roman de Louis Nowra, traduit par Arnaud Baignot et Perrine Chambon, lu dans le cadre de Masse critique de Babelio.

noté 4 sur 4

Voilà un roman qui a chamboulé notre ami lapin, à tel point qu’il lui a fallu des semaines avant de parvenir à mettre des mots sur cette lecture !

Mais voici les mots qu’il a trouvé : intense, sauvage, viande, mélancolie…

Avant, lorsqu’il entendait « enfant sauvage », Federico voyait tout de suite débouler Victor et le docteur Itard, Truffaut et même Gotlib. À cause de ses cours de philo. Désormais, notre ami lapin aura en tête la Tasmanie, les tigres, Hannah et Becky, et ce n’est pas plus mal.

© Denoël, 2014Au XIXe siècle, Hannah a 6 ans et vit en Tasmanie avec sa mère et son père qui passe de longs mois en mer sur un baleinier. Un jour, le voisin (qui n’habite pas non plus la porte à côté), veuf, part en vadrouille en leur laissant sa fille de 7 ans, Becky. La petite famille et son invitée partent en barque pique-niquer dans le bush. Une tempête se lève, la barque se retourne, les parents se noient, les fillettes se retrouvent complètement seules… Mais des yeux les observent, et c’est là qu’elles trouveront leur salut.

Pour survivre dans la nature, les fillettes vont tout simplement vivre comme les tigres qui les ont recueillies : marcher à quatre pattes, vivre la nuit, nues, chasser leur nourriture et la manger sur place, dormir au chaud dans la tanière, migrer avec les saisons… pendant quatre année, jusqu’à ce qu’on les retrouve. Mais sont-elles des petites filles ou bien des tigres ?

Si Federico est un rongeur de carotte, il n’en a pas moins ressenti le goût du sang dans les pages de ce bouquin : lorsque les fillettes se jettent sur leur proies qu’elles dévorent goulument, faisant fi des convenances, ce qui ne donne plus trop envie de manger du steack, même hâché. Le lien entre les deux enfants est également surprenant : de camarades de jeu, Becky devient plus qu’une sœur pour Hannah, un membre de sa meute. Quant aux tigres de Tasmanie, *point wikipédia* sachez que l’espèce est considérée comme éteinte depuis 1936, donc bonne chance pour survivre si un jour vous vous perdez dans le bush, ne comptez pas sur les diables de Tasmanie. Il est aussi question de baleines dans ce livre (pas encore décimées celles-ci), ainsi que de l’ambre gris, ce qui rajoute un goût de sel à celui du sang, un régal.

Mais surtout, l’histoire de Hannah et Becky nous ramène aux fondamentaux de la vie. On se demande pourquoi on se prend la tête avec le métro, les rolex et la béchamel, alors que vivre c’est avant tout manger ce qu’on trouve et dormir où on peut. L’histoire des fillettes est tellement puissante et en dehors de tout repère qu’elle n’a pas laissé notre ami lapin indifférent, loin de là. Pour dire, avec ce livre, Federico a atteint des niveaux de questionnements comme « l’être humain est un animal comme les autres », « qu’est-ce que la vie ? », « dans quel état j’erre ? » (finalement la philo n’est pas très loin, nature/culture, toussa). Une réponse qui est certaine, c’est que Les enfants sauvages va y rester sur l’étagère de Federico !

Les enfants sauvages, Louis Nowra, Denoël, mars 2014, 176 pages

11
Mar
14

Le royaume de Tobin

Un roman de Lynn Flewelling, traduit par Jean Sola

noté 4 sur 4

Notre ami lapin s’est récemment retrouvé dans une situation que les humains appellent un arrêt de travail et s’est vu contraint de rester dans son terrier, sur son canapé, à lire des livres. Ouh le pauvre. Bon, il avait quand même un peu mal aux dents. C’est le moment que Lynn Flewelling a choisi pour entrer dans son existence, et ce, pour le meilleur.

Avant de nous égarer dans les superlatifs, résumons, résumons.

Le Royaume de Tobin se tient dans un royaume (et oui, étonnant non ?), Skala, petit pays ©J'ai Luparcouru par toutes sortes de magiciens. Une prophétie veut que tant qu’une femme en sera reine, le territoire sera en sécurité. Heureusement pour le lecteur, l’antagoniste, en la personne du roi Erius, s’empare du trône après la mort de sa mère, la folle Agnalain, et se lance dans une croisade sanglante contre les héritières potentielles. Renonçant à ses prétentions, sa sœur Ariani est épargnée. Malgré les efforts d’Erius pour supprimer les opposants et réduire l’influence des magiciens, ces derniers continuent de croire en la prophétie. L’une d’elle, Iya a une vision : Ariani est enceinte de jumeaux et sa fille doit devenir la reine qui sauvera Skala de la maladie, de la famine et des envahisseurs. Pour empêcher l’assassinat de l’enfant, elle recrute une sorcière qui va utiliser une magie interdite afin de la transformer en garçon. Le prix à payer est la mort du frère jumeau de celle qui va grandir sous le nom de Tobin, dans un corps de petit garçon. Mais au fil des années, les conséquences de cette transformation vont s’avérer plus graves et dangereuses que prévu.

Trop parler de la structure du livre exposerait Federico à des fuites d’informations capitales. Disons simplement que le récit se concentre sur l’adolescence de Tobin, jeune noble appelé à devenir un chevalier membre de la prestigieuse garde du r©J'ai Luoi. À une époque où Erius a interdit aux femmes le droit de prendre les armes, on devine le problème que pourra poser la révélation de la vraie nature de Tobin. Son enfance nous est contée dans les moindres détails et ses émois nous sont tous révélés. Malgré l’apparente insignifiance de certains moments, décrits aussi longuement de les évènements les plus cruciaux, Federico n’a jamais cessé d’être captivé par l’histoire. Au contraire, cela crée une grande proximité entre ce personnage, ses compagnons, et le lecteur. Dans le même temps, la construction du récit donne parfois d’être plongé dans un roman de chevalerie écrit pour rendre compte de l’histoire légendaire de Skala. En effet, grâce à une habile insertion de textes ultérieurs à l’histoire en cours, l’auteur nous fixe rapidement sur le destin de Tobin. Ainsi, l’important n’est plus de savoir ce qu’il va advenir d’elle/de lui, mais comment il/elle va y parvenir et de quelle façon son entourage va se comporter. Avec les chapitres consacrés à Iya et son élève Arkoniel, la magie se trouve placée au centre du récit, ce qui n’a eu de cesse de titiller l’imagination et la curiosité de notre ami lapin. La présence d’un démon vindicatif tapi dans l’ombre de Tobin apporte son grain de mystère et de suspens, particulièrement dans le tome un. Quant aux batailles offertes par les tomes deux et trois, elles ont laissé notre ami lapin sur le p©J'ai Luompon ! Bien d’autres choses ont fait vibrer notre Federico dans cette histoire, mais on ne va quand même pas tout vous raconter !

Le Royaume de Tobin est rapidement devenu le genre de livre qu’on ne laisse de côté qu’à regret et qui vous fait passer l’envie de travailler, manger, dormir, se laver… Bref, Federico y aurait bien passé ses journées et au moment de lire la dernière phrase du dernier chapitre du dernier tome, notre ami lapin a bien failli tomber dans la déprime. Comme il aurait aimé rester à Skala encore quelques tomes ! Quelques semaines après sa lecture, il s’en émeut encore.

Si comme Federico vous ne savez plus quoi inventer pour vous distraire en attendant que George R. R. Martin écrive le tome 6 du Trône de Fer (et accessoirement que les comptables de chez Pygmalion le déchiquettent en trois tomes), lisez donc Le Royaume de Tobin. C’est un peu moins génial certes et il n’y a pas de gros dragons, mais c’est surtout moins éprouvant car il y a moins de personnages, moins de complots, moins de morts brutales et moins d’inceste.

Lynn Flewelling, Le Royaume de Tobin, L’intégrale 1, J’ai Lu, septembre 2011, 704 p.

Lynn Flewelling, Le Royaume de Tobin, L’intégrale 2, J’ai Lu, mars 2012, 698 p.

Lynn Flewelling, Le Royaume de Tobin, L’intégrale 3, J’ai Lu, septembre 2013, 695 p.

06
Mar
14

La séance

Un roman de John Harwood, traduit par Danièle Mazingarbe

noté 1 sur 4

Quand Federico emprunte un livre et qu’il sent que la lecture ne va pas aboutir à grand chose, il l’interrompt rapidement. En revanche, quand notre ami lapin investit dans le papier, il se dit que quitte à avoir un livre dans sa bibliothèque, autant l’avoir lu jusqu’au bout. Avec l’indiscutable qualité de l’écriture, c’est la seule raison que Federico invoquera pour avoir lu cet étrange ouvrage en entier.

Encore une fois, on se demande ce qui a traversé l’esprit de la personne en charge du résumé de quatrième de couverture. Voyez plutôt :

©Pocket« Wraxford Hall, dans le Suffolk… Le vieux manoir anglais surplombe un pays noir et sinistre qu’aucun braconnier n’approche. Qui y croise le fantôme du moine, dit-on, ne vivra pas pour le raconter. Comme Cornélius, l’alchimiste, et son neveu Magnus, morts tous deux en d’étranges circonstances. Ou Eleanor Unwin et sa fille, qui ont mystérieusement disparu.
Janvier 1889. Constance Langton, jeune orpheline londonienne, est contactée par un avocat. Des parents éloignés lui ont laissé un héritage inattendu : Wraxford Hall. Charge à elle d’en dissiper les brumes et d’en lever les mystères… »

Bon, jusque là, tout va bien. En lisant cela, Federico s’attendait à suivre la jeune Constance dans cette mystérieuse demeure et découvrir avec elle ses affreux secrets. Et bien non, pas du tout. Si Cornélius Waxford disparaît dans la première partie de l’ouvrage, il faut attendre la page 250 pour que Eleanor, Magnus et la petite Clara se décident à faire de même. Quand à Constance, elle ne prend le chemin de Wraxford Hall que vers la page 320 de ce livre qui en compte… 416 ! Un grand merci au rédacteur de ce résumé qui nous permet de connaître les trois quart du livre avant d’en commencer la lecture. Super. Gé-nial !

Il faut néanmoins reconnaître que le résumé ne peut pas être le seul coupable dans cette entreprise littéraire ratée. Pourtant, Federico était plutôt bien parti, emballé qu’il était par la fluidité du style et par le récit de l’enfance de Constance. Délaissée par sa mère qui ressasse en permanence le décès de son autre fille, la jeune femme décide de la conduire à une séance de spiritisme afin de l’aider à faire son deuil. Malheureusement, le récit délaisse bien vite cette piste intéressante pour nous conduire sur les traces de Cornélius, Magnus et Eleanor et nous raconter leur vie par le menu jusqu’à leur mystérieuse disparition. En résultent des passages sans intérêt aucun, qui sèment des vraies fausses pistes et qui, au lieu de captiver notre ami lapin, l’ont plongé dans un état assez proche de l’ennui. La quatrième de couverture (encore elle), s’appuie sur les critiques d’éminent magazines pour nous assurer d’une lecture délicieuse, ensorcelante et pleine d’énigmes. Federico a surtout eu l’impression d’être totalement laissé pour compte dans cette affaire, comme si ce n’était pas à lui que l’histoire était racontée et qu’il n’en était qu’un lointain spectateur. À aucun moment il ne s’est senti concerné par le destin des personnages.

Federico a été au bout de ce livre car il espérait que les ressorts de l’intrigue, quand ils seraient révélés, apporteraient du sel à cette lecture sans saveur. Nenni. C’est un quidam sorti de nulle part qui révèle une bonne partie du pot aux roses lors d’une excursion fantaisiste et bâclée au manoir. Le reste, ce sont les certitudes hasardeuses de Constance qui en viennent à bout.

Quel était le but de tout cela ? Nous divertir ? Dans le cas de notre ami lapin, c’est raté.

John Harwood, La Séance, Pocket, octobre 2013, 416 pages

05
Mar
14

Mon ami Dahmer

Une bande dessinée de Derf Backderf.

noté 3 sur 4

Certains ont des amis d’enfance qui deviennent policier ou prof, d’autres ont des potos qui aiment le risque et choisissent libraire ou bibliothécaire… Mais vous en avez déjà eu un qui est devenu serial killer ? Non ? Eh bien l’auteur de cette bande dessinée, oui !

© Ça et là, 2013Voici donc Mon ami Dahmer, le biopic troublant et fascinant de Jeffrey Dahmer, tueur en série américain ayant « œuvré » autour des années 1980. Mais c’est de son adolescence dont nous parle le journaliste et dessinateur Derf Backderf.

Dahmer était un ado bizarre et réservé, mais il fréquentera tout de même la bande d’ami de Derf pendant plusieurs années, dans le lycée d’une petite ville du côté de Cleveland, dans l’Ohio. Son environnement familial était plutôt instable : sa mère était assez rigide en plus d’avoir parfois des crises de démence, son père (un chimiste, ce qui permit au petit Dahmer de jouer à dissoudre des animaux dans divers bocaux…) semblait souvent absent, et le divorce final a été particulièrement violent. C’est au moment de la séparation de ses parents et la fin de ses études secondaires (donc vers ses 18 ans) que Dahmer commet son premier meurtre, le premier sur 17.

Se basant sur ses souvenirs et ceux de ces anciens camarades, en plus d’un tas d’autres sources, l’auteur nous fait le triste portrait de Dahmer, un adolescent avant tout solitaire et décalé, mortifié par ses pulsions sexuelles, qui devint de plus en plus imprévisible, morbide et alcoolique au fil des ans…

Certes, notre ami lapin reconnait que le dessin n’est pas des plus ravissant, mais on s’habitue très vite au style de Backderf, et on se passionne pour le personnage flippant qu’était celui qui deviendra « le cannibale de Milwaukee », condamné à 957 ans de prison ! (il n’en fera que 3 ans car il est assassiné par un autre pensionnaire pas très fréquentable)

À défaut d’êtres humains, Federico a véritablement dévoré cette bande dessinée soutenue par des appendices (préface et notes) vraiment passionnantes pour tout savoir sur la genèse d’un serial killer.

Mon ami Dahmer, Derf Backderf, 2013, Ça et là, 224 pages




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