Archive pour mai 2011

22
Mai
11

L’oiseau Canadèche

Roman de Jim Dodge

Un roman centré sur un canard, c’est suffisamment intriguant pour que Federico y mette son museau. Ses petites moustaches ont frémi à la lecture de ce court roman qui sent bon l’ouest Étasunien. Pour rendre hommage à ce texte assez court (dévoré en deux jours par notre ami lapin), soyons brefs.

Déjà, commençons par préciser que ce roman est une suite de moments choisis dans la vie de trois personnages. Le grand père. Le petit fils. Le grand père et le petit fils. Le grand père, le petit fils et le canard. Dans chaque partie, l’auteur nous raconte ces moments qui on l’air insignifiants mais qui construisent ses héros. Il ne s’étale jamais sur la psychologie des personnages mais son récit fait que, l’air de rien, on apprend à connaître Pépé Jake, Titou et Canadèche. On apprend surtout à les aimer. Et ça n’a pas manqué : en à peine 110 pages, Federico s’est pris d’affection pour ces trois personnages hauts en couleurs chahutés par la vie, animés par une même volonté de s’en sortir et un farouche goût de vivre.

Federico recommande donc cet ouvrage à tout ceux qui veulent : de la générosité, de l’immortalité, un sanglier, un canard routinier, des clôtures, découvrir les éditions Cambourakis, du whisky qui pique les yeux, des émotions qui arrivent à pas feutrés, des répliques sauvages comme un western, un traducteur qui s’implique etc.

L’oiseau Canadèche, Jim Dodge, Cambourakis, novembre 2010, 106 p., 10 €.

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20
Mai
11

De la beauté

« De la beauté » sont certainement les meilleurs mots qui soient pour débuter cet article. Federico a lu ce livre voilà déjà un petit bout de temps, mais il devait absolument en parler, tant les souvenirs qu’il en conserve réussissent à l’émouvoir encore.

Commençons par l’histoire. C’est celle d’un universitaire britannique, Howard Belsey, qui enseigne l’art du 17e siècle dans la ville américaine de Wellington ; spécialiste de Rembrandt, il planche depuis des années sur sa thèse sur le peintre flamand. Marié à Kiki, ils ont trois enfants métis : Jerome, Zora et Levi. L’aîné est à Londres et loge chez le rival d’Howard, Monty Kipps dont il s’est entiché de la très jolie fille, la sulfureuse Victoria, mais appelez-là Vee.

C’est là que commence l’histoire, et il se passe ensuite plein de choses, vraiment plein de choses.

Et justement, c’est  là l’un des points forts de ce livre : l’histoire ne tourne pas autour d’une seule intrigue, d’un seul personnage, elle fourmille de péripéties inattendues, d’anecdotes, de descriptions, de rencontres imprévisibles… La narration omnisciente bascule d’un personnage à l’autre, sans encrage trop persistant chez l’un ou l’autre, et sans souci d’égalité en temps de parole. L’univers est alors tellement foisonnant et prolifique que tout ne peut être détaillé. Les non-dits et les ellipses font le charme de l’histoire qui ne s’attarde pas à tout dévoiler de chaque personnage, des conséquences de chaque événement. Si l’on peut être parfois déçu de ne pas en savoir davantage, on réalise après-coup combien le texte se révèle dense et suffisamment complexe.

Paradoxalement, de très nombreux passages a priori sans importance pour l’intrigue sont relatés minutes par minutes, et Federico pense là à l’interminable réunion de la faculté avec les discours à rallonge des universitaires sur tel ou tel problème de leur département dont on a cure. Sur ce plan d’ailleurs, on ne peut s’empêcher de penser à David Lodge et à l’academic novel, un genre littéraire dont pourrait faire partie le roman de Zadie Smith si l’intrigue se centrait sur les personnages d’Howard et Monty. Mais, justement, le lecteur se fiche quand même un peu de la querelle des deux loustics, on préfère suivre (entre autre) les pas de Zora et son caractère de cochon, de Levi et sa révolte identitaire, et surtout de Kiki, merveilleuse battante tour à tour épouse, mère et amie.

Parce que dans ce livre, il n’est pas vraiment question d’histoire de l’art, pas du tout même, mais de chassé-croisé amicaux et amoureux, de désir et de sanction, de culture et d’identité, de conflits raciaux et de luttes des classes. Nourries d’une écriture à la fois dense et fine, savamment rythmée par la musique des dialogues, les émotions et les sensations des personnages s’imposent à nous, nous dérangent et nous ravissent.

Federico a donc adoré cette lecture en raison de l’aisance avec laquelle on y plonge et la richesse qu’on y trouve, et ce malgré l’apparente complexité du récit et l’épaisseur de l’ouvrage… Aucun regret, donc.

Zadie Smith, De la beauté, Gallimard, 2007 (pour la traduction française), 592 pages, « Folio »

04
Mai
11

Eugénia et la bouche de la vérité

roman (dès 12 ans) de Emmanuelle Caron

On peut dire que notre ami lapin aura été de surprise en surprise dans ce roman, dont le titre et la couverture annoncent des aventures assez rocambolesques et novatrices. En effet, avec une telle appellation, on s’attend à une image représentant le personnage principal – valeureux héros – aux prises avec des super méchants dans un décor très mystérieux. Au lieu de ça, on trouve des points qui font loucher et une jeune fille affalée qui regarde fixement son chat. Ca vous éveille la curiosité de n’importe quel lapin un peu aventureux.

Après avoir lu le résumé Federico était sûr de deux choses. Primo, il allait certainement rigoler un peu en lisant ce livre. Secundo, il allait fort probablement tomber dans un univers assez barré.

Et c’est là le point faible de cet excellent roman (évacuons dès maintenant les choses fâcheuses). Le petit monde parallèle dans lequel sont propulsés Eugénia et le lecteur est tellement original et mystérieux que, comme l’héroïne, on a souvent du mal a joindre les deux bouts. Au début, Federico a adoré se faire balader, mais c’était avec l’espoir que sa témérité serait récompensée par des réponses à ses questions. Mais elles n’arrivent pas toutes et on referme le livre avec la vague impression d’avoir raté un épisode, voir d’avoir été laissé sur le bord de la route.

Bien, maintenant que vous êtes bien dégoûtés de la lecture de ce livre, essayons de vous prouver qu’il vaut malgré tout son pesant de carottes râpées. Le sens de la répartie de ce roman est son atout majeur selon notre rongeur. En effet, certaines phrases sortent de nulle part et la plupart des descriptions sont totalement originales. Vous connaissiez, vous, le « look de vautour amoureux » ? Le livre est plein d’inventions de ce genre, et ce n’est pas gratuit. C’est un style d’écriture à part entière qui montre qu’on peut faire ce qu’on veut avec les mots. À condition de savoir s’en servir. C’est le cas d’Emmanuelle Caron qui sert sont étonnant récit avec une écriture pleine de surprises.

Un style débridé, une histoire rocambolesque qui file à cent à l’heure, il ne manque plus que les personnages biens spéciaux et uniques en leur genre pour que la potion aboutisse à un roman assez drôle. En effet, les zygomatiques sont régulièrement sollicitées au cours de cette lecture.

Dernier argument : si comme Federico vous n’avez pas peur de partir dans du grand n’importe quoi, quitte à ne pas tout capter, lisez ce livre. Vous ferez une belle découverte, vous passerez un bon moment et vous vous poserez des tas de questions après !

Emmanuelle Caron, Eugénia et la bouche de la vérité, École des loisirs, Collection Médium, 181 p.

9,50 €




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