04
Fév
14

L’incroyable histoire de Wheeler Burden

Un roman de Selden Edwards, traduit par Hubert Tézenas

noté 2 sur 4

En lisant les premiers chapitres de ce roman, Federico s’est dit que ça sentait la critique à trois carottes. Mais en achevant sa lecture, notre ami lapin a du se rendre à l’évidence : L’incroyable histoire de Wheeler Burden a perdu une carotte en cours de route. Voici le récit de cette étonnante disparition.

En 1988, Wheeler Burden est une star internationale : ancien prodige du base-ball à l’université, idole d’une génération au sein de son groupe de rock et auteur reconnu de tous depuis la publication de son livre sur les pensées de son professeur d’histoire, Arnauld Esterhazy. Pourtant, dès le premier chapitre, Wheeler se réveille à Vienne… en 1897. Il n’a évidemment rien à faire là et pas la moindre idée de comment il y est arrivé. Pourtant, au lieu de paniquer et de se mettre à courir comme un poulet sans tête, notre héros prend les choses avec philosophie et profite de ce voyage dans le temps pour visiter cette ville qu’il connait bien sans jamais y avoir mis les pieds. Comment se fait-ce ? C’est grâce à son mentor, Arnauld Esterhazy, viennois d’origine, qui ne tarissait pas d’anecdotes sur cette ville témoin de grands événements en cette fin de XIXe siècle et au début du XXe. Résolument maître de lui-même, Wheeler dévalise un citoyen américain en voyage à Vienne et décide d’aller chercher de l’aide et une explication à sa présence ici chez… Sigmund Freud. Trop fastoche !

©Cherche MidiUn peu freiné au départ par l’écriture assez dense de l’auteur, Federico n’a mis que quelques chapitres à rentrer dans cette histoire déconcertante. La première partie du livre se consacre finalement assez peu au voyage de Wheeler, laissant la part belle au récit de son enfance, donnant ainsi lieu aux épisodes les plus intéressants du livre. Le jeune Wheeler a en effet eu un parcours haut en couleurs, grâce à son caractère et à son intelligence, mais également aux personnes formidables qui l’ont entourées. Notre ami lapin a tellement apprécié cet aspect biographique qu’il a commencé à décrocher quand le livre s’est recentré sur le voyage dans le temps. La narration y est toujours aussi agréable mais c’est plutôt l’histoire en elle-même qui a déçu Federico.

Déjà, soulignons que les révélations (genre, un parfait inconnu rencontré au hasard se révèle être un ancêtre de Wheeler) ne sont pas spécifiquement surprenantes, on les flaire à 15 pages de là. Mais cela est tellement récurrent dans le livre que Federico soupçonne l’auteur de l’avoir fait exprès. En revanche, ce que notre ami lapin n’a pas pu dépasser, c’est l’aberrante insouciance du héros. Môssieur fait un voyage dans le temps et, plutôt que de chercher à savoir comment il est arrivé là, il se fait fabriquer un frisbee (!) et fricote dangereusement avec une donzelle, sans se soucier des conséquences catastrophiques que ses actes peuvent avoir sur l’avenir. Trop occupé à fustiger l’inconscient égoïsme de Wheeler Burden, Federico ne s’est même pas rendu compte que le livre venait de changer de genre (au moins, sur ce plan, l’effet de surprise fut total). De roman d’apprentissage aventuro-fantastico-historique enthousiasmant, L’incroyable histoire de Wheeler Burden se transforme, vers le troisième tiers en conte philosophique déprimant. L’auteur y présente le temps comme un cycle immuable, à la volonté duquel les hommes sont soumis, sans aucune marge de manœuvre. Federico ne comprend pas pourquoi l’auteur a mis temps de temps à nous présenter ses personnages comme des êtres indépendants, aventureux et épris de liberté, pour au final les condamner à une absence totale de libre arbitre, les enfermer dans la fatalité.

En écrivant ces lignes, notre ami lapin prend du recul sur sa lecture et commence à voir ce livre comme une mise en abîme du travail de romancier et de l’empire qu’il exerce sur ses personnages. Mais Federico ne peut pas prétendre savoir ce que Selden Edwards avait derrière la tête pendant les trente années passées sur ce livre, il se contentera donc de dire qu’il a été fort déçu par la tournure de cette histoire.

En revanche, la ville de Vienne y est présentée de telle façon, qu’une petite excursion sera à prévoir dans les années à venir.

Selden Edwards, L’incroyable histoire de Wheeler Burden, Le Cherche Midi, janvier 2014, 650 p.

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