12
Fév
13

Une femme aimée

Un roman d’Andreï Makine

noté 3 sur 4

Avec ce roman, Federico a fait trois découvertes :

    • Andrei Makine et sa remarquable plume ;
    • Catherine II ou la passion sous toutes ses définitions ;
    • que l’histoire avec un grand h ne se laisse pas apprivoiser facilement.

C’est d’ailleurs tout le problème d’Oleg Erdmann, cinéaste russe d’origine allemande (tout comme cette chère Catherine). Pendant plusieurs décennies, il sera obsédé par l’idée de faire un film racontant une autre Catherine, derrière la violence et les frasques sexuelles que l’histoire a retenu parce que ça l’arrangeait bien.

À travers Erdmann et son projet fou, ce sont deux Russie que notre ami lapin a visité.©Seuil

La première est celle du réalisateur, qui connaît l’émiettement inexorable du bloc soviétique puis l’après-chute du Mur de Berlin et l’arrivée (trop) brutale du capitalisme. Dans ces deux périodes, Erdmann devra renoncer à son projet de départ et multiplier les concessions qui l’éloigneront du mystère qu’il veut percer. Sous la dictature soviétique, c’est la censure qui ne veut pas voir une autre Catherine que celle qui a été construite par la propagande. Dans l’ère de la nouvelle Russie, il faut obéir aux lois du marché qui veulent du clinquant et du choquant.

La deuxième, c’est la Russie de Catherine. Cette tsarine aux multiples amants, amie des philosophes français et commanditaire de l’assassinat de son mari. Erdmann a recueilli une foultitude d’informations au sujet de Catherine et pourtant, plus il avance, plus elle semble lui échapper, plus le mystère s’épaissit. C’est là que l’écriture de Makine fait des merveilles : Federico a vécu à fond cette quête et avait lui même l’impression de poursuivre une chimère. Plus que d’essayer de démêler le vrai du faux avant de s’y perdre, Oleg veut répondre a une question toute simple : parmi tous les hommes qui ont entouré Catherine, y en a-t-il un qui l’ait aimé ? Quelques indices aussi minuscules que vaporeux incitent Oleg à répondre que oui. Oui, dans le tourbillon de violences et de passions qu’a traversé cette femme prisonnière de son destin, un amour lui a permis de s’évader, ne serait-ce qu’en rêve. Oleg veut y croire et il s’y raccroche parce que c’est ce même rêve qui le fait tenir dans ce monde qui lui échappe.

En tissant une infinité de fils entre Oleg, Catherine et leurs époques respectives, Andreï Makine crée une histoire passionnante et instructive où violence et liberté cohabitent. Il nous rappelle que l’histoire est une matière vivante et qu’il ne tient qu’à nous de lui donner un nouveau souffle.

Un grand roman que Federico, féru de grands destins et de petits détails, n’est pas près d’oublier.

Andreï Makine, Une femme aimée, Seuil, janvier 2013, 372 p.

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