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03
Oct
14

Nos jours heureux

noté 3 sur 4

En commençant ce livre, Federico a senti que c’était mal parti. La faute revient à l’héroïne de ce roman Coréen : Yujeong. Cette jeune fille issue d’un milieu aisé vient de faire une tentative de suicide, se sent incomprise et très malheureuse. Aux yeux de notre ami lapin, c’est surtout une jeune égoïste qui se nourrit d’une colère vaine.

Quand sa tante Monica, une religieuse, l’oblige à l’accompagner dans ses visites de prisonniers condamnés à mort, elle y va à reculons. Dans la prison, elle va rencontrer un homme condamné pour le meurtre d’une femme et le viol d’une jeune fille. Deux crimes qui révulsent Yujeong.©Philippe Picquier

Mais les apparences sont bien trompeuses et notre ami lapin a rapidement découvert que ces deux personnages très différents sont bien plus que ce qu’ils ne laissent transparaître. Comme il est plaisant de se prendre d’affection pour des personnages qu’on trouvait antipathiques dans les premières pages ! C’est ainsi que se créée une relation unique avec un roman. Cette belle construction des personnages et la découverte progressive et pudique de leurs blessures respectives accompagne à merveille le propos principal du livre : la peine de mort.

Cette dernière, toujours appliquée en Corée du Sud, est évidemment au cœur du roman d’une auteure particulièrement engagée sur la question. Par sa dimension universelle, Nos jours heureux a souvent évoqué Le dernier jour d’un condamné de Victor Hugo, car il est dépouillé de propos juridique ou politique (même si c’est un sujet inévitablement politique) et se concentre sur les sentiments profonds des personnages.

Au delà de la réflexion sur la peine de mort, Gong Ji-Young propose un beau questionnement sur la mort en général, le bien, le mal et la religion, le tout appuyé par des citations qui en font un roman plein d’érudition.

À travers le personnage de Monica, la religion chrétienne est très présente mais ne se fait pas pesante. Ce sont ses messages d’amour et de pardon qui sont mis au centre, et ce sont des aspects que le monde semble un peu oublier.

Malgré un sujet difficile et la présence constante de la mort sous toutes ses formes (le suicide, l’exécution, la maladie, la vieillesse, le meurtre, etc), notre chroniqueur aux longues oreilles garde une sensation de douceur et de paix émanant de ce très beau livre.

Pour en savoir plus sur son auteure très engagée, c’est par ici.

GONG Ji-Young, trad. Choi Kyungran et Isabelle Boudon, Nos jours heureux, Éditions Philippe Picquier, août 2014, 332 p.




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