04
Juil
13

Lettre à Hergé

Un essai de Jean-Marie Apostolidès, lu dans le cadre de Masse critique de Babelio.

noté 2 sur 4

Encore un ouvrage sur Tintin… Apostolidès n’en est pas à sa première réflexion sur l’œuvre d’Hergé, qu’est-ce qui distingue Lettre à Hergé des très nombreux autres ouvrages du genre ?

Ayant un lapinpapa tintinophile (vous savez, ces personnes dont les livres sur Tintin prennent plus de place dans la bibliothèque que les BD des aventures de Tintin ?), le sujet n’est pas inconnu à Federico et capte son intérêt. Autant le dire tout de suite, cet ouvrage pourrait difficilement constituer une première approche de réflexion sur le mythe de Tintin, notamment parce qu’il plonge d’emblée dans une réflexion peu captivante sur un obscur héros pour enfant du début du siècle dernier… Il s’agit néanmoins d’une chouette lecture qui met en relation le héros et son lecteur pour déceler les causes et les aléas du succès des aventures de Tintin.

© Les Impressions Nouvelles, 2013Mais avant tout, la principale réserve de notre ami lapin sur ce livre (qui lui a coûté une carotte) réside malheureusement dans sa forme générale, dans son identité même… En effet, le titre est inadapté, ne reflétant ni le sujet ni la forme de l’ouvrage, la « lettre » adressée à Hergé ne constituant que quelques pages en préface. Le vrai sujet est celui, surprenant car inattendu au vu du titre et de la quatrième de couv, de la thèse des trois Tintin : le Tintin reporter, créé par Hergé, le Tintin de Spielberg, et un tout premier Tintin, Tintin-Lutin, héros d’illustrés du début XXe dessinés par Benjamin Rabier. Et c’est là que ce trouve la seconde réserve de Federico (et paf, une autre carotte !) : l’auteur se lance pendant le premier tiers de l’ouvrage dans une analyse poussée argumentant que ce personnage aurait nourri l’inspiration du jeune Georges Remi. Certes, pourquoi pas… mais c’est somme toute une étude un peu trop éloignée des Aventures, voire anecdotique, pour être véritablement passionnante (exception faite des parallèles avec Au pays des Soviets, où l’on se souvient avec plaisir d’un Tintin espiègle et vitaminé, un garnement avant qu’il ne devienne le garçon mature que l’on connaît mieux). Mais surtout, la mise en relation de Tintin-Lutin avec le mythe de Tintin développé dans le reste de l’ouvrage est plutôt tirée par les moustaches… on se demande ce que cela vient faire là (comme une moustache dans la soupe pour rester dans les expressions capillaires).

Ceci étant dit, l’analyse de l’auteur reste toutefois agréable à lire, en particulier son regard sur la création et l’évolution du mythe de Tintin par ses lecteurs, la différence entre les héritiers d’une œuvre et ses ayants droits (sujet houleux dans le cas de Tintin), la valeur à accorder au Tintin de Steven Spielberg, un nouveau héros qui a son propre univers, pour enfin conclure sur un très juste : « Tintin est mort, vive Tintin ! »

Savant et foisonnant, Lettre à Hergé nous montre une nouvelle fois que l’univers d’Hergé est une source intarissable, et les livres sur le sujet ont toujours le gout particulier de nous donner qu’une envie : relire Tintin !

Lettre à Hergé, Jean-Marie Apostolidès, 2013, Les Impressions Nouvelles, 176 pages

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