02
Déc
11

Baguettes chinoises

Un roman chinois de Xinran

La Chine est un pays tellement grand qu’il contient plusieurs époques : plusieurs décennies séparent le mode de vie des campagnards et celui des citadins. Rassurez-vous, Federico ne compte pas développer les raisons économiques, politiques et culturelles d’un tel décalage. Une fois n’est pas coutume, il va vous parler d’une de ses dernières lectures : Baguettes chinoises de Xinran.

L’auteur conte l’histoire de trois sœurs issues d’une fratrie de six filles. Tout irait bien dans le meilleur des mondes si dans la campagne chinoise le fait de ne pas avoir de fils était considéré comme un véritable déshonneur. En effet, on considère que les hommes sont les poutres du foyer tandis que les filles ne servent à rien (en gros) : elle sont de simples baguettes. Dans le livre le concept est poussé jusqu’au bout : les parents n’ont pas jugé utile de donner de véritable prénoms à leurs filles. Elles portent donc le numéro de leur ordre de naissance. Malgré tout, Trois, Cinq et Six sont bien décidées à montrer qu’elles peuvent subvenir aux besoins de leur famille et faire la fierté de leurs parents. Elles quittent donc leur campagne natale pour Nankin, la ville la plus proche, afin de tenter leur chance. Passé le choc des cultures, les trois sœurs vont chacune suivre leur voie vers l’indépendance ; quête plus ou moins couronnée de succès.

Xinran a longtemps animé une émission de radio chinoise dans laquelle elle recueillait les confidences de ses auditrices. Grâce au matériau accumulé elle a construit les personnages de Trois, Cinq et Six qui, grâce à l’anonymat de leur prénom, représentent toutes ces femmes chinoises privées d’une éducation digne de ce nom et réduite à un rôle de reproduction. Ce livre est donc une sorte d’hommage rendu à leur courage. C’est aussi une déclaration d’amour à la ville natale de l’auteur, Nankin, qui a jailli du livre sous les yeux dépaysés de notre ami lapin. La faiblesse de ce livre réside d’ailleurs dans l’aspect trop documentaire du livre qui instaure une distance entre le lecteur et les personnages.

Néanmoins, Xinran a réussi à créer des héroïnes de fiction très crédibles. Elles ont chacune leur caractère propre et savent exploiter leurs forces et faiblesses pour atteindre leur objectif. Ce sont également des modèles d’humilité. Cependant, leur ingénuité et leur résignation face à certains aspects de leur condition ont parfois hérissé les poils de Federico qui ne comprend évidemment pas comment des êtres humains peuvent encore être traités ainsi. Notre rongeur est donc sorti de sa lecture avec un sentiment d’amertume malgré la nette volonté de l’auteur de véhiculer un message d’optimisme. Cette dernière en profite d’ailleurs pour faire la promotion de l’association qu’elle a fondé afin, entre autres, de venir en aide aux enfants chinois qui n’ont pas accès à l’éducation, Mother’s Bridge of Love.

Xinran, Baguettes Chinoises, Philippe Picquier, 2008.

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