12
Août
10

Les hommes couleurs

Roman de Cloé Korman

Voici le problème que traîne Federico depuis quelques jours : comment rendre justice au magnifique premier roman de cette talentueuse auteur.

La solution, il ne l’a pas trouvée… Il a lu beaucoup de choses sur le lauréat du Prix du Livre Inter et ne veux pas répéter, il voudrait faire aussi original que le livre qu’il a lu. Il va essayer quand même, alors place à un article certainement maladroit mais surement dithyrambique.

Commençons par l’histoire. Un résumé s’impose ? Certainement pas celui que les éditeurs du Seuil ont placardé au dos de l’ouvrage. Plus indigeste tu meurs. Résolument flemmard, Federico est parti en quête du résumé le plus respectueux. Bonne pioche sur le site teleobs.nouvelobs.com, où, en quelques lignes claires, le décor est planté :

« Les hommes-couleurs, c’est l’histoire d’un couple, employé d’une multinationale, qui dirige les travaux d’un tunnel destiné à livrer du pétrole mexicain vers les Etats-Unis, au mépris des lois du pays. Le tunnel devient la voie de passage des émigrants mexicains.

Pour la présidente du jury*, Catherine Clément ce roman est emprunt de “beaucoup de fraîcheur”, tout en mettant en perspective un problème majeur de notre temps : celui du passage des frontières. Un livre où se mêlent l’histoire d’une famille et l’épopée des migrations modernes. »

*Le jury en question est celui du Livre Inter, prix décerné par des lecteurs comme Federico et vous.

Voilà pour le résumé. Cloé Korman nous fait traverser le temps, entre le Mexique des années 50 – époque des premiers coups de pioche dans le sol – et les États-Unis des années 80, où un ingénieur part sur les traces de ce chantier mystérieux. Ce voyage est organisé avec précision et talent. En effet, Cloé Korman fait partie de ces auteurs qui savent manier la langue et qui ne le font qu’à bon escient. Loin de nous en mettre plein la vue avec des effets de style qui ne servent à rien, elle modèle la langue en toute humilité et fait naître des images inédites.

L’histoire racontée est complexe et Federico ne peut que vous inviter à aller la découvrir vous même. Pour vous convaincre d’affronter ce demi-pavé, il va donc essayer de vous parler de cette fameuse qualité d’écriture.

Les détails fourmillent, rien n’est laissé au hasard. Ici, pas de longue description mais une découverte des lieux traversés par les personnages comme ces derniers les ressentent. Le désert est omniprésent dans ce roman, car c’est cette surface aride et inhospitalière que doivent traverser les migrants. Voyez plutôt :

« Tu crois que dix millions d’êtres humains sont visibles à l’œil nu ? Le voyage qui ramène Georges et Florence à Minas Blancas traverse les sentiers innombrables de l’immigration, sans pourtant que la foule et les bruits ne leur parviennent. À dos de désert on ne voit rien du paysage. Il est nu, aussi lisse et brillant qu’un silex – si on se penche et le ramasse il ne dira rien du foyer qu’il a engendré ou de la bête qu’il a saignée, il se taira comme un autre caillou. »

Federico, conquis,  a peut-être le regard faussé, mais ces phrases sont pour lui des trésors d’écriture. Elles ajoutent à la texture de ce roman déjà riche d’une histoire et de personnages complexes,  liés les uns aux autres. Tout est en sons, en odeurs et en couleurs, surtout là où on ne les attends pas.

Plusieurs fois, Federico a arrêté sa lecture au détour d’un paragraphe si bien ficelé que pleins de sensations venaient lui titiller les moustaches. Arrêter de lire un instant, relire le passage pour s’en imprégner et surtout pour vérifier que le miracle des mots n’était pas une illusion d’optique, mais bien une prouesse d’auteur.

Goûtez cette dernière citation sans commentaires : « Il y a des êtres qui résistent, qui restent convaincus de la valeur de leur vie même quand l’air se dessèche autour d’eux. Même si la terre entière se changeait en pierre, ils continueraient de se savoir humain, et seront sauvés. »

Cloé Korman, Les hommes couleurs, éd. du Seuil, janvier 2010, 318 p.

19,50 €

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