07
Juin
10

Tranchecaille

De Patrick Pécherot

Vous n’êtes pas sans l’ignorer, les lapins dans leur milieu naturel habitent dans des terriers, sorte de conduits creusés sous terre où il fait bon vivre. Quand Federico a appris que certains hommes avaient vécu sous terre, il s’y est intéressé de très près. Mais il a vite été déçu. Il a en effet découvert que cela n’avait été qu’une passade (entre 1915 et 1918) et que les hommes vivaient semi enterrés dans ce qu’ils appelaient des tranchées. Les rares fois où ils étaient vraiment sous terre, en général c’est qu’un truc avais explosé. Dans ce cas, de la terre ils en avaient aussi dans la bouche et dans le nez.

Perturbé par la découverte de cet absurde mode de vie, Federico n’a depuis eu de cesse d’en savoir plus sur cette tragique et avortée révolution du mode d’habitat des humains. Il a entre autre appris qu’il s’agissait en réalité d’une guerre et que ça ne faisait rire que l’état major.

En lisant Tranchecaille, notre ami rongeur a été violemment propulsé dans le quotidien boueux de ces poilus, plus particulièrement dans leur tête. Le livre vous parle avec le langage des tranchées : l’auteur ne s’écoute pas parler, il laisse entendre la voix des soldats, leur ras-le-bol de patauger dans la boue  et  de côtoyer la mort de trop près. Il est difficile pour Federico de trouver les mots justes pour décrire un livre si particulier dans lequel s’expriment des choses que seules ceux qui les ont vécues peuvent comprendre.

Les scènes de vie quotidienne au front, dans les hôpitaux de fortune et à l’arrière se suivent sans paraître être liées. Ce qui autorise l’auteur à donner la parole à tant de personnage, c’est l’enquête qui est menée par le capitaine Duparc et qui rend le tout diablement cohérent. Ce n’est pas un capitaine de la police, mais bien un militaire qui doit défendre le soldat qu’on surnomme Tranchecaille face à une cour martiale bien décidée à le condamner pour l’exemple. De quoi l’accuse-t-on ? Vous allez rire. Il aurait tué son lieutenant lors d’un assaut. Federico a failli avaler sa carotte de travers. On envoie à la mort des milliers d’hommes et on a le temps d’examiner chaque cadavre pour savoir de quel bord était celui qui l’a occis ? Comme dans tout le livre, ce sont différents détails remarqués par différents protagonistes qui ont permis d’aboutir à la thèse du meurtre et qui rendent possible l’enquête que mène Duparc.

Ce livre passionnant sur le plan historique réclame une lecture attentive : les indices de l’enquête sont partout, surtout là où on ne les attend pas. Trois carottes.

Pourquoi pas quatre ? Federico ne peut pas vous le dire sans révéler les clés de l’intrigue. À vos livres donc !

Tranchecaille, Patrick Pécherot, Gallimard, 2008, 294 p., 17,50 € ou pour les petits budgets : Folio Policier, 2010, 312 p., 7,10 €.

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