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Jan
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Le divertissement kleenex

Lorsque Federico sort le nez de ses livres, il va au cinéma.
Enjoint par ses compatriotes, il va voir un film à gros-budget américain où il faut porter des lunettes qui glissent pour voir un marine physiquement intelligent maquillé en bleu sauter dans les arbres. Mais Federico ne vous parlera pas de ce film intimiste au scénario original, non, Federico souhaite vous parler des gens qui vont au cinéma.

Quand les gens vont au cinéma, c’est la sortie du mois.
Alors on emmène la marmaille, pépé et mémé, on y retrouve tonton et tata, on y rencontre le collègue Jean-Jacques et la copine Muriel. C’est un événement tellement important et inhabituel qu’on s’y rend une heure à l’avance et on paie une fortune des cochonneries sucrées pour que ça vaille vraiment le déplacement.

Quand les gens vont au cinéma, c’est comme s’ils étaient sur leur canapé.
Alors on s’étale, on se vautre, on parle fort et on mange. On se lève, on se rassoie, on tape des pieds sur le siège devant soi.

Quand les gens vont au cinéma, après tout ils ne sont pas chez eux.
Alors à quoi bon s’embêter à « laisser cet endroit dans l’état dans lequel ils aimeraient le trouver » puisqu’il y a des gens payés pour nettoyer la salle ? Ce n’est pas grave si Kévin n’a pas terminé son pop-corn, on n’a qu’à tout laisser là. Mégane a tout renversé sur son siège et par terre ? On n’a pas que ça à faire, faut y aller.
(Est-ce la foule qui incite et excuse de tels comportements non-civilisés ? se demande Federico.)

Quand les gens vont au cinéma, ils zappent dès que c’est terminé.
Dès la dernière image, à peine les lumières de la salle rallumées, ils se lèvent, enfilent leur manteau et se cassent. Parce qu’ils n’ont pas de temps à perdre, ils ont payé pour 2 heures de film, pas pour 5 minutes de générique. Si pour la plupart leur précipitation à quitter la salle est le besoin d’en griller une juste à la sortie, cette nécessité à rentrer chez soi le plus rapidement possible donne l’impression qu’ils ont déjà oublié le film qu’ils viennent de voir.

C’est à consommer sur place et non à emporter. C’est le syndrome du kleenex, le divertissement jeté une fois utilisé.

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1 Response to “Le divertissement kleenex”


  1. 10 mai 2010 à 14 h 55 mi

    Ca s’appelle de la consommation culturelle. Il y a une industrie pour cela et elle brasse beaucoup, beaucoup d’argent.
    Oui, les films sont des produits. Et un produit, une fois consommé, on passe à autre chose.

    Pour celles et ceux que le sujet intéresse — ça peut être passionnant, si, si — lire le bouquin de Frédéric Martel : http://www.precisement.org/blog/Bataille-planetaire-pour-la.html


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