22
Nov
09

Johnny Chien Méchant

Un roman d’Emmanuel Dongala

noté  4 sur 4

Vous vous êtes déjà fait frapper par un livre ? Federico, lui, il a pris une grosse mandale dans son museau. Bien calé dans son fauteuil, au chaud dans un terrier creusé sur un territoire où la vie est plutôt calme, notre ami rongeur a reçu un uppercut venu tout droit du Congo, pays où il fait vachement moins bon vivre. En effet, la guerre civile qui y fait rage donne lieux à des viols, des pillages, des exécutions sommaires et autre réjouissances.

C’est dans ce décor que Federico a suivi le quotidien de Chien Méchant et de Laokolé. Ils ont tous les deux 16 ans et sont pris dans la folie guerrière des hommes. Voici leurs seuls points communs. Le premier, milicien, commet les pires exactions avec la certitude qu’il rend la justice, sentiment appuyé par les armes qu’il brandit et utilise contre ceux qui ont le malheur de lui résister. La deuxième, jeune femme aux études prometteuses interrompues par la guerre, fuit la violence avec sa mère grièvement blessée et son petit frère. À travers elle, l’expression « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort » prend chair. Ballotée dans le flot des réfugiés, puis confrontée aux pires bassesses de l’âme humaine, Laokolé encaisse les drames qui l’assaillent et reprend peu à peu le contrôle de son destin,. Déterminée à se sortir de cette mouise et à apporter la lumière autour d’elle, elle contraste avec la noirceur que Chien Méchant répand consciencieusement à la tête de son groupe de miliciens. Ils se croisent tout au long du roman, jouant ainsi avec les nerfs du lecteur qui appréhende la confrontation entre ces deux forces opposées. C’est bien connu les contraires s’attirent.

Federico, passionné par les humains et leur comportement a été soufflé par le talent d’Emmanuel Dongala lorsqu’il s’agit de montrer sans complaisances l’âme de ses personnages. Chaque chapitre est le point de vue de l’un ou l’autre des protagonistes, narré à la première personne et c’est là que réside une partie de la force de ce roman. En nous faisant voir une même scène à travers leur deux regards, il nous confronte à la dualité de la réalité. La culture n’échappe pas à ce traitement. Pour Chien Méchant, qui se considère comme un intellectuel sous prétexte qu’il a été jusqu’au cours élémentaire, elle est un moyen de se mettre en avant et de justifier se actes. Entre deux viols, il vole des livres dans le but de se faire une belle bibliothèque : ça fait riche et intelligent. Pendant ce temps, Laokolé improvise une école dans un camp de réfugiés pour redonner un peu d’espoir et d’humanité à des familles disloquées et abaissées plus bas que terre.

Et les occidentaux dans tout ça ? Ils prennent plusieurs visages, et jamais très glorieux, à part peut-être certains membres du Haut Comité aux Réfugiés qui se battent contre des moulins à vent. Pour les autres, entre les ressortissants qui se carapatent, les écolos qui sauvent les gorilles mais pas les humains (bah oui, les gorilles ils sont tellement innocents) et les pontes qui tirent les ficelles de ce carnage, Federico s’est demandé comment ils osaient encore sortir de chez eux.

Notre ami rongeur, lui, est resté prostré comme un idiot sur son fauteuil en se disant qu’au moment où il lisait, tout cela avait lieu pour de vrai et qu’il ne faisait rien pour que ça change. Et ça, ça vous calme quatre carottes.

Emmanuel Dongala, Johnny Chien Méchant, Paris, Le Serpent à Plumes, 2002, 456 p.

9 €

Publicités

0 Responses to “Johnny Chien Méchant”



  1. Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


pause carotte
Pause carotte

%d blogueurs aiment cette page :